ARNAQUE

Ces apparts sont spacieux, design, pas chers… et bidon

Par LAURENT ANTONOFF le 13.03.2010 à 00:07

Ils sont inconcevables tant ils semblent parfaits. Normal: ils n’existent pas. Ces objets lausannois sont proposés sur la Toile par des escrocs, localisés en Afrique par la police.

L’arnaque n’est pas nouvelle dans le canton de Vaud. Dénoncée durant l’été 2009 par la police cantonale, elle refleurit pourtant ces jours-ci sur les sites internet spécialisés dans l’immobilier. Et, crise du logement oblige, ces appâts de tout premier ordre attirent toujours de potentiels «pigeons» en mal de toit. Deux d’entre eux dénoncent.

«Avec la crise du logement actuelle à Lausanne, il faut se précipiter quand on trouve une offre intéressante. Dimanche dernier, j’ai vu une annonce incroyable sur immoscout24.ch: un 3?pièces de 80?m2 situé dans un quartier calme entre Lausanne et Pully était à louer pour 900?francs, toutes charges comprises», témoigne Karin. L’affaire est trop belle. Sans trop croire en ses chances, cette employée de l’organisation non gouvernementale Medair répond à l’annonce. La réplique ne se fait pas attendre. «A mon grand étonnement, j’ai reçu une réponse le lendemain. Un homme louait son appartement au chemin du Vanil, à Lausanne, depuis Liverpool. Pour la procédure, on allait passer par le site moneybookers pour que je puisse visiter l’appartement. Il m’enverrait les clés au travers de cet organisme et, en échange, je verserais une garantie de 900?francs sur un compte bloqué.» Mais le doute s’installe. Karin appelle les responsables de moneybookers. Le nom du loueur leur est inconnu. Et le mail qu’elle reçoit finalement pour virer les 900?francs convenus ne provient pas de leur entreprise, dont l’adresse a été usurpée.

Mêmes photos alléchantes et même arnaque, cette fois encore sur immoscout.ch, pour un appartement censé se situer à l’avenue de Cour, à Lausanne. La location est fixée à 875?francs par mois, charges comprises. Le loueur affirme lui aussi habiter Liverpool. Il a 44?ans, il est chercheur pour un grand groupe pharmaceutique. Là encore, une garantie doit être versée via le site moneybookers, qui se chargera également de remettre les clés aux futurs locataires. Comme pour mieux rassurer les «pigeons», le loueur assure que si au bout de quatorze jours le client devait se rétracter, il n’aurait qu’à rendre les clés et il récupérerait son argent. Pris d’un sérieux doute, le père de la future locataire se rend sur place. Il croise la concierge et découvre la supercherie. «Elle m’a dit qu’elle ne connaissait pas la personne en question et que, de toute façon, dans cet immeuble, il n’y avait aucun appartement en dessous de 2000?francs par mois.»

La police cantonale connaît bien ces arnaques. «Arguant un départ de Suisse, la fin des études de leurs enfants ou tout autre prétexte fallacieux, les escrocs mettent en location des appartements dont ils prétendent être les propriétaires ou leurs représentants. Ces arnaqueurs sont basés en Afrique.» Et de donner ce conseil en cas d’annonce douteuse: prendre contact avec l’hébergeur internet afin que celui-ci effectue les contrôles nécessaires et supprime l’annonce s’il s’avère qu’elle est frauduleuse.


Comment flairer l’arnaque?

CONSEILS
Ces logements sont généralement meublés avec goût et avec un standing moderne. Les loyers sont anormalement modérés pour de tels objets.

Les escrocs vont jusqu’à demander les disponibilités des personnes intéressées pour une visite et sollicitent passablement d’informations par retour de courriel (copie de pièce d’identité, revenu mensuel, etc.).

Les auteurs utilisent souvent des terminologies françaises afin de détailler le logement (F2, F3 en lieu et place de 2 pièces, 3 pièces).

De nombreuses fautes d’orthographe et de syntaxe sont présentes dans les descriptifs.

Les escrocs exigent un versement par avance du montant d’un loyer, à titre de réservation. Cette opération est demandée via des sociétés de transfert de fonds.

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