Celle-ci a affirmé tardivement avoir vu deux des trois victimes à une heure où elles étaient censées être mortes, selon le jugement veveysan de 2008 qui s’était soldé par une condamnation à vie.
18:35
Me de Preux fait remarquer au témoin qu’il fonctionne sur une mise en oeuvre de la partie civile. Il interpelle le témoin: n’aurait-il pas été utile de prendre contact avec Me Assaël et moi-même? Pensez-vous que votre expertise peut être considérée comme indépendante?
Le président: vous n’aviez en effet qu’un seul son de cloche…
Le témoin: je me suis fondé sur la base du dossier pénal.
Me de Preux s’adresse encore au témoin: je ne veux pas vous malmener davantage sur la procédure. Mais vous avez dit que vous n’aviez qu’un son de cloche limité sur la famille. Considérez-vous que les choses qui vous ont été dites procèdent d’un récit impartial?
Me de Preux enchaîne: incluez-vous, dans les comportements violents évoqués, les homicides qu’on reproche à F.L.?
Le témoin est embarrassé: c’est quelqu’un qui présente un risque important.
Me de Preux: dans un chapitre de votre rapport, vous parlez de l’orphelin F.L. N’est-ce pas la malheureuse banalité de tous les orphelins?
Le témoin: les enfants orphelins présentent, à l’évidence, des fragilités plus grandes que les autres.
F.L. ne bronche pas et reste toujours impassible, il n’a quasi pas touché aux deux bouteilles de Coca posées devant lui. Le témoin s’en va.
L’audience touche à sa fin. Elle reprendra demain matin à 9h00. Les plaidoiries des parties civiles devraient avoir lieu dans l’après-midi.
18:10
Le psychologue de Neuchâtel continue son analyse: F.L. a connu un début d’adolescence assez difficile.
Me Heider: pouvez-vous en déduire que F.L. est un manipulateur?
Le témoin: c’est quand même quelqu’un qui a l’habitude de s’arranger pour tirer les ficelles, entrer dans des relations pour tirer des avantages. Il s’est passé quelque chose d’important dans ce registre-là avec Ruth Légeret. Avec elle, il s’est passé une sorte de mainmise affective, de chantage, dans lequel Mme Légeret s’est embarquée. Elle lui a fait confiance, tout allait bien jusqu’au moment où quelqu’un est intervenu pour lui faire remarquer que quelque chose ne jouait pas. C’est à ce moment-là que Mme Légeret a été forcée d’ouvrir les yeux. Il s’agit d’un processus qui s’est déroulé très lentement et qu’on retrouve assez fréquemment dans certaines situations.
F.L. reste impassible. Il prend des notes et discute à voix basse avec Me Assaël.
Me Heider: vous avez visionné le DVD de la reconstitution du drame. Pouvez-vous dire à la cour ce qui vous a frappé dans cette reconstitution?
Le témoin: le caractère très impersonnel des réponses de F.L. J’ai eu le sentiment qu’il était en train de dire, à sa façon, que c’était la faute de sa soeur Marie-José. Ce qui m’a aussi beaucoup frappé, c’est la très grande retenue de F.L. dans cette situation. Il agissait comme une sorte de robot, sans états d’âme. C’était comme s’il improvisait une sorte de mise en scène. F.L. se contrôlait à l’extrême en faisant très attention de se montrer comme quelqu’un de totalement lisse.
Me Heider: avez-vous ainsi constaté un mécanisme de clivage?
Le témoin: j’ai l’impression qu’on a, l’un à côté de l’autre, deux personnages différents. Un qu’on rencontre en jouant au tennis ou en buvant un verre, et l’autre personnage qui peut apparaître dès le moment où F.L. est engagé dans une relation avec un enjeu affectif.
Le président prend la parole et rappelle que le témoin n’a jamais eu l’occasion de rencontrer F.L. et qu’il n’est pas l’expert psychiatre «officiel» de cette affaire.
Le président évoque l’expertise psychiatrique officielle et demande au témoin ce qu’il en a pensé.
Le témoin: je trouve cette expertise très insuffisante.
Me Heider: avez-vous pu examiner le procès-verbal officiel de la déclaration de l’ancienne employée de boulangerie de Vevey?
Me de Preux intervient et s’oppose à la question. Le président lui donne raison.
Au tour du procureur Cottier de poser une question. Le témoin, un peu dur d’oreille, n’entend pas bien. Le procureur, qui n’a, d’habitude, pas de peine à se faire entendre, empoigne son micro.
Le procureur: les experts psychiatriques, au moment de rédiger leur rapport, n’ont pas eu connaissance de la reconstitution. Et contrairement à vous, ils ne savaient pas que F.L. était revenu sur ses déclarations au sujet du drame. Cela tempère-t-il votre jugement critique du rapport officiel?
Le témoin: je modère un tout petit peu ma critique, mais je la maintiens.
17:30
Reprise de l’audience. Un nouveau témoin grimpe sur l’estrade, il est psychologue dans le canton de Neuchâtel. La salle s’est passablement dégarnie, la journée a été dense.
Me Heider: est-il exact qu’à la demande de Simon, vous avez établi un rapport sur F.L.?
Le témoin: oui, c’est exact, à la lumière de plusieurs documents, dont l’expertise psychiatrique. Je me suis demandé si je pouvais apporter quelque chose dans cette affaire douloureuse. J’ai rédigé un rapport pour cerner l’organisation psychologique du prévenu. Je me suis, par le passé, déjà occupé d’autres délinquants.
Me Heider: comment voyez-vous l’organisation psychologique de F.L.?
Le témoin: il y a eu toute une période où il s’est retrouvé dans un orphelinat en Inde. Il y a eu beaucoup de lacunes et un déficit important de la capacité à développer un lien stable avec une personne de confiance. Un manque important dans «l’établissement des fondations de la maison». D’où une grande difficulté à assumer ce qu’il est, son vécu, son expérience intérieure. Cette fragilité est apparue assez rapidement quand il est arrivé dans sa famille d’adoption. Il a éprouvé des difficultés à se situer, à établir des rapports avec les gens.
17:10
L’audience est suspendue jusqu’à 17h30
16:50
La mère de l’ancienne amie de F.L. témoigne: elle ne veut manifestement pas regarder en direction de l’accusé et de Me Assaël qui lui pose des questions en lien avec Noël 2005.
Me Assaël: au début de sa relation avec votre fille, F.L. vous parlait-il souvent de sa mère?
La témoin: oui, il en parlait souvent.
Le procureur: vous souvenez-vous d’une blessure que F.L. avait sous l’oeil le 24 décembre 2005?
La témoin: oui, très bien. Une griffure sous l’oeil, à cause de sa chienne. Moi, ça m’a étonnée. Ça ne ressemblait pas à une blessure faite par un chien.
Me Heider: quelle était l’attitude courante de F.L.?
La témoin: il était très ouvert, mais pouvait être têtu parfois.
Me Heider: confirmez-vous qu’au début de la relation, il parlait beaucoup de sa mère, mais qu’à la fin de la relation avec votre fille, il n’en parlait plus?
La témoin: oui, je le confirme.
Une autre témoin est appelée. Elle raconte avoir eu l’impression que Marie-José Légeret était dépressive à la fin de son activité de médecin.
Me Assaël: Marie-José était assez seule?
La témoin: oui.
Me Assaël: vous avez dit que F.L, que vous avez rencontré plusieurs fois, était «soucieux de bien faire».
La témoin: oui, c’est exact.
16:35
La témoin au chapeau, qui avait été soignée par Marie-José Légeret, poursuit: Marie-Jo était croyante, mais je n’ai jamais entendu parler de superstition. A ce titre, l’article publié dans «l’illustré» en 2006 m’a beaucoup étonné. En 2003, elle s’est dite complètement débordée par tout. En septembre, j’ai appris que son cabinet était définitivement fermé. Elle a coupé toute relation avec tout le monde. Au sein du corps médical, on la disait gravement malade. Je n’ai pas repris contact avec elle.
Me Assaël: elle rêvait de finir ses jours en Birmanie?
La témoin: oui, elle avait une admiration sans borne pour Aung San Suu Kyi.
Le procureur l’interroge: Marie-José entretenait-il une relation conflictuelle avec Simon?
La témoin: oui, elle rechignait à prononcer son nom, elle l’appelait «l’autre».
Le procureur lit alors une lettre particulièrement accusatrice écrite par Marie-José à F.L. en septembre 2005.
La témoin: Marie-José pouvait être très agressive en paroles. Elle supportait ces problèmes de famille depuis très longtemps.
Le président: où est Marie-José selon vous aujourd’hui?
La témoin: mon intuition me dit qu’elle n’est pas décédée. Elle pourrait m’appeler d’un moment à l’autre.
16:15
Un cousin de F.L., urbaniste dans le canton de Berne, est appelé. Il paraît extrêmement tendu et parle avec un fort accent alémanique.
Me Assaël: vous avez dit que Ruth était généreuse et avait du caractère. Mais qu’elle était influencée par sa fille Marie-José qui était toujours avec elle.
Le témoin: oui, je l’ai vu.
Me Assaël: en mai 2005, vous avez rendu visite à Ruth Légeret. Vous avez remarqué que Marie-José avait un air sombre et lui avez demandé si elle avait consulté un guérisseur?
Le témoin: elle a mentionné une messe de guérison dans la région parisienne.
Le président: Ruth et Marie-José étaient-elles fortement intéressées par la spiritualité?
Le témoin: oui. Nous avons eu des discussions fréquentes à ce sujet entre 1993 et 1996.
Le président: sont-elles allées voir monseigneur Milingo à Rome?
Le témoin: oui, à l’époque il était cardinal à Rome.
Le président: il y aurait eu trois voyages à Rome?
Le témoin: je n’en ai pas le souvenir.
Me Assaël: donc la messe de guérison a bien eu lieu en 2005?
Le témoin: oui, en 2005.
Me Assaël s’adresse aux inspecteurs: avez-vous trouvé dans la maison du drame des objets en lien avec Monseigneur Miligo?
L’inspecteur: oui, mais des choses anciennes. Rien en lien avec 2005.
Le ton monte entre l’avocat Pierre de Preux et le procureur Eric Cottier autour du déroulement d’une messe de guérison. Le président les rappelle à l’ordre.
Le procureur interroge le témoin sur un ton sec: y avait-il des conflits dans la famille à votre connaissance?
Le témoin: oui.
Une ancienne patiente de Marie-José Légeret, coiffée d’un chapeau, évoque «quelqu’un de très discret, de chaleureux et de très sombre parfois. Fidèle, elle se souciait beaucoup des autres et elle était très secrète.»
Me Assaël: elle avait un fort ego?
La témoin: c’est vrai. Je voudrais absolument prononcer devant la cour une phrase que ma confiée Marie-Jo: «Simon veut mettre ma mère sous tutelle, il sait qu’elle est cardiaque. Si elle meurt, ça l’arrangerait bien. Et ça l’arrangerait bien que je meure aussi.»
15:45
Une dame âgée arrive. D’origine anglaise, elle porte un foulard sur les cheveux.
Me Assaël: vous avez dit que F.L a un grand respect des personnes âgées, c’est vrai?
La témoin: c’est tout à fait juste.
Me Assaël: vous avez aussi dit qu’il était «typique de sa race», très simple, très courtois, calme. Et qu’il avait de la sympathie pour vous, car vous deviez être de la même génération que sa mère.
La témoin: oui, tout à fait.
Me Heider interroge à son tour la témoin: combien de fois avez-vous rencontré F.L.?
La témoin: trois fois
L’audition des témoins se poursuit à un rythme soutenu. Il commence à faire chaud dans la salle.
Une médecin-psychiatre de Châtel-Saint-Denis est appelée. Il s’agit de la psychiatre de l’ancienne amie de F.L.
Me Heider: depuis combien de temps soignez-vous l’ancienne amie de F.L.?
La témoin: plusieurs années.
Me Heider: vous a-t-elle parlé des problèmes qu’elle rencontrait avec F.L.?
La témoin: oui. Je confirme qu’au travers des dialogues que j’avais avec elle, F.L. apparaissait comme un manipulateur pervers.
Me Heider: l’avez-vous donc incitée à rompre la relation avec lui?
La témoin: oui.
Me Heider: votre patiente vous a-t-elle dit qu’elle avait terriblement peur de F.L.?
La témoin: oui. Et j’ajoute qu’elle a toujours peur. Mais je tiens à préciser que je n’ai jamais rencontré F.L. Dès lors, tous les propos tenus à son sujet proviennent d’éléments recueillis auprès de tiers.
Me Assaël l’interroge à son tour: trouvez-vous raisonnable de parler de «manipulateur pervers» au sujet de quelqu’un que vous n’avez pas rencontré?
La témoin: je ne peux pas défendre ce diagnostic en qualité de psychiatre, je concède volontiers que ce que j’ai dit au sujet de F.L., à savoir qu’il est un manipulateur pervers, n’est absolument pas étayé sur le plan scientifique. Je répète que je ne l’ai jamais rencontré.
L’accusé paraît pensif. Il appuie son menton sur la paume de sa main. Le jury, composé de quatre hommes, deux femmes, et deux jurés suppléants, écoute avec attention.
15:15
Une des meilleures amies de la femme de F.L. témoigne.
Me Heider: vous avez dit que F.L. faisait tout pour sa maman, dans le but d’obtenir de l’argent.
La témoin: oui, c’est vrai.
La témoin raconte ensuite que F.L. n’a jamais voulu que son amie se retrouve seule avec Ruth Légeret. Et que son amie s’est beaucoup plainte pendant le mariage. «Une fois que la bague est au doigt, la véritable personnalité ressort», sourit la témoin, très calme.
Me Heider: vous avez dit que F.L. doit tout le temps tout contrôler et peut se mettre dans un état second s’il se fâche. Vous confirmez? Peut-on le qualifier de manipulateur pervers?
La témoin: oui.
Au tour d’une ancienne patiente de Marie-José d’être appelée.
Me Heider: Marie-José vous a-t-elle dit que son frère F.L. revenait tout le temps à la charge pour obtenir de l’argent?
La témoin: c’est tout ce que je sais.
Le procureur: avez-vous été choquée par l’annonce de la fermeture du cabinet?
La témoin: oui.
Visiblement affectée, la témoin chute dans l’escalier qui mène à l’estrade en sortant de la salle.
15:00
Un commerçant des Monts-de-Corsier est appelé.
Me Heider: comment connaissez-vous F.L.?
Le témoin: je le connais comme voisin et client.
Le président: vous vous êtes parlé au téléphone peu après que le drame a été annoncé à la télévision. Comment était F.L.?
Le témoin: je l’ai trouvé comme d’habitude, il était calme.
Me Heider: vous a-t-il demandé, entre Noël et Nouvel An, de lui prêter votre voiture?
Le témoin: oui, mais je n’ai pas accepté.
Selon le procès-verbal cité par Me Heider, F.L. a demandé à emprunter la voiture du témoin car il voulait inviter une amie à sortir et que sa propre voiture était «pleine de poils de chiens».
14:45
Une voisine de F.L. aux Monts-de-Corsier témoigne. Elle évoque un petit litige au sujet d’une source.
Me Heider: F.L. recherchait-il le contact?
La témoin: non, mais il était toujours très poli.
Me Heider: vous avez dit qu’il vous avait menti. Pouvez-vous développer?
La témoin: on n’avait pas la même opinion au sujet de ce problème de captage d’eau. Dans les discussions qu’on avait, il était plutôt obstiné. Mais c’était pour des petits détails, des questions de tuyaux.
Une autre femme est entendue, une coiffeuse lausannoise de 40?ans. Elle raconte les relations entre F.L. et son ancienne amie.
Me Heider: en décembre 2005, vous avez eu une discussion avec l’ex-amie de F.L.
La témoin: oui. Elle était angoissée.
Me Heider: à cette époque, F.L. était censé passer Noël dans sa famille?
La témoin: oui, c’est en tout cas ce que son ex-amie m’avait dit.
Me Heider: vous a-t-elle dit aussi que ça n’allait plus du tout avec F.L.?
La témoin: oui.
Le procureur prend la parole et rappelle alors que selon la déposition de la témoin, celle-ci a mangé le 1er janvier 2006 avec F.L., son ex-amie, et son mari. «C’est l’angoisse totale», a confié l’ex-amie à la témoin, avant de parler «d’histoires d’argent». La témoin confirme.
14:00
Reprise de l’audience, un cousin de F.L. est entendu.
Me Heider, l’avocat de Simon: êtes-vous allé à la villa du drame fin décembre 2005?
Le témoin: oui. Je suis passé le 25 décembre avec un bouquet de fleurs, c’est resté sans réponse.
Me Heider: êtes-vous sûr que c’était le 25?
Le témoin: c’était entre Noël et Nouvel An
Me Assaël: vous dites avoir été étonné par une enveloppe en carton sur le perron devant la porte…
Le témoin: oui, j’ai pensé que comme personne ne répondait, ma tante et ma soeur devaient être sorties. Il faisait très froid, j’ai repris les fleurs.
Me Assaël: la dispute entre F.L. et Simon, c’était il y a très longtemps?
Le témoin: oui
Le président: vous connaissiez bien Marie-José?
Le témoin: oui. Il y avait beaucoup de soucis dans la famille. Je crois qu’elle a connu certains soucis de l’ordre de la dépression après avoir arrêté son travail.
Le président: faisait-elle des voyages d’agrément?
Le témoin: oui.
Etait-elle croyante?
Le témoin: oui, mais moins que ma tante.
Le procureur: saviez-vous si Marie-José parlait italien?
Le témoin: je l’ai entendue parler allemand.
Le témoin ajoute que quelque chose le travaille par rapport au témoignage de la boulangère. Il s’étonne que sa tante et sa cousine ont fait le trajet entre le centre commercial Manor et la boulangerie - situés à 800?mètres de distance environ - à pied. Ce ne serait pas dans leurs habitudes. Il s’étonne aussi qu’elles ont fait leurs courses de Noël le 24 décembre.
13:15
L’oncle de F.L., 79?ans, est entendu comme témoin: Mon frère Charles a toujours refusé d’adopter deux enfants. C’est sa femme Ruth qui l’a eu à l’usure.
Maître Heider, l’avocat de Simon: est-il vrai que Charles vous a dit avant de mourir qu’à cause de F.L. et de son frère, il ne dormait plus la nuit? Et qu’il éprouvait tellement d’animosité à l’encontre de F.L. que quand celui-ci venait au salon, il s’en allait?
Le témoin: oui, tout à fait.
L’avocat: F.L s’est-il tout de suite intéressé à l’héritage familial?
Le témoin: une semaine après le décès de Charles, il a demandé 20?000?francs à sa mère Ruth.
L’oncle de F.L. raconte encore une dispute qui a éclaté le jour de l’enterrement du frère de F.L, en 1992. Il s’emballe, fixe l’accusé d’un oeil accusateur. Le président le remet à l’ordre. «Il ment comme il respire», ajoute encore le témoin pour décrire son neveu. Je lui ai aussi dit: «Pour moi, tu n’es plus un Légeret»!
Il veut s’adresser à Simon, le président le coupe.
L’audience est suspendue jusqu’à 14h.
13:00
Un ancien partenaire de squash de F.L. est appelé à témoigner. Il a joué avec l’accusé plusieurs fois par an et l’a connu en 2003 ou 2004 dans ce cadre privé. Notaire, il a aussi instrumenté plusieurs actes et s’est notamment occupé de l’achat de la propriété des Monts-de-Corsier.
Le procureur: Courant décembre 2005, F.L. vous a, à titre personnel, demandé de vous prêter 50?000?francs. A-t-il évoqué, à ce moment-là, des difficultés avec sa mère et sa soeur?
Le témoin: Non, je n’en ai pas le souvenir. Je n’ai pas demandé d’explications particulières.
Le procureur: Avez-vous accepté?
Le témoin: Non, j’ai refusé.
Robert Assaël: comment qualifieriez-vous votre relation avec F.L.?
Le témoin: c’est un personnage attachant, je peux difficilement imaginer qu’il a commis ce qui lui est reproché. C’est quelqu’un de calme et de fidèle en amitié.
12:30
Un nouveau témoin arrive: il travaille dans une fiduciaire et s’est chargé des déclarations d’impôt de F.L. jusqu’à fin 2004.
L’avocat de Simon: Ruth et Marie-José ont-elles évoqué des détournements d’argent lorsqu’elles sont venues vous voir?
Le témoin: elles avaient émis des doutes sur la gestion financière de F.L.
Le témoin confirme ensuite que les revenus de F.L. consistaient en 6000?francs mensuels, versés par l’hoirie, et les revenus locatifs des immeubles que F.L. possédait à Rue, dans le canton de Fribourg.
Le défilé des témoins se poursuit. La cour creuse encore les volets financier et immobilier de l’affaire. Au tour d’un notaire d’intervenir. Il parle de «désaccords au sein de l’hoirie».
Le procureur: c’est un euphémisme de dire que votre mandat n’était pas un long fleuve tranquille.
Le témoin: oui, c’est vrai.
Le procureur: y a-t-il eu plainte pénale contre vous et par qui?
Le témoin: de mémoire, c’étaient Ruth Légeret, F.L. et Marie-José Légeret. Ou certains d’entre eux. Je ne suis plus sûr.
Le procureur: comment cette plainte s’est-elle terminée?
Le témoin: par un non-lieu.
Le procureur: F.L. jouait-il le rôle de représentant pour sa soeur et sa mère?
Le témoin: Oui. Les relations ont très rapidement été difficiles avec tous les membres de l’hoirie.
L’avocat de Simon: F.L. ne s’était-il pas emparé d’un sèche-linge dans un des immeubles de l’hoirie, emporté sans autorisation? N’avez-vous pas dû déposer une plainte suite à cela?
Le témoin: j’avais pris l’initiative de remplacer un lave-linge par un appareil qui faisait office de «lave-linge-sèche-linge». Cette décision a contrarié F.L. qui a pris l’initiative d’aller chercher cet objet. Je ne me souviens plus comment ça s’était terminé.
L’avocat: votre tâche a-t-elle été compliquée par F.L.?
Le témoin: oui.
L’avocat: avez-vous éprouvé certaines craintes face à ce personnage?
Le témoin: même si les relations étaient difficiles, je n’irais pas jusque-là.
12:00
Le patron de la régie qui gère une partie des immeubles appartenant à la famille Légeret s’assied à son tour sur le fauteuil du témoin.
Le témoin: ma première impression quand j’ai rencontré F.L., qui était accompagné par sa mère et sa soeur, était celle d’un homme extrêmement affable et courtois. Je ne m’imaginais pas que les choses se dégraderaient à une telle vitesse. Par la suite, il nous a reproché de soutenir son frère. Nous avons donc rapidement résilié notre mandat. Il était alors extrêmement désagréable à notre endroit, et c’est un euphémisme.
L’avocat de Simon, le frère de F.L.: A un moment donné avez-vous même craint pour votre vie suite au comportement de F.L.?
Le témoin: oui. Il réglait la plupart des choses lui-même sur le terrain en ce qui concernait ses immeubles. Fin janvier 2006, il a surgi de nuit des caves d’un immeuble. J’ai envoyé un courrier à tous nos collaborateurs pour les mettre en garde.
Pierre de Preux, 2e avocat de F.L.: connaissez-vous bien Simon?
Le témoin: oui, depuis les années 90.
L’avocat: Vous avez été entendu par la police le 18 juillet 2006, saviez-vous alors si des soupçons pesaient sur F.L.?
Le témoin: je m’imaginais qu’il y avait des soupçons
L’avocat: pourquoi la police s’est-elle intéressée à votre témoignage?
Le témoin: suite à l’apparition nocturne de F.L., j’ai téléphoné à la police de la sûreté vaudoise.
L’avocat: Vous aviez signalé dans une déposition que F.L. avait un air jubilatoire après avoir abattu des arbres. Avez-vous relu cette déposition avant de venir ici?
Le témoin: non.
F.L. se lève et veut poser une question. Le président l’interrompt: vous n’avez pas à poser de questions au témoin. Mais vous pouvez vous exprimer.
F.L.: je souhaite juste que le témoin confirme qu’il m’a vu en janvier 2006. Car en janvier 2006, j’étais sous surveillance policière.
Un inspecteur: Oui, il s’agissait d’une surveillance particulière, mais pas permanente.
11:45
F.L avait besoin de liquidités pour payer les hypothèques de sa maison des Monts-de-Corsier. Une amie a proposé de verser 400?000?francs pendant sa détention. Sans suite.
11:30
Il est toujours question de la succession de la famille Légeret. Le débat devient particulièrement ardu pour les profanes. Les jurés ont d’ailleurs cessé de prendre des notes et quelques spectateurs quittent la salle. La cour en perd une partie de son latin.
11:00
On continue à parler de la situation financière de F.L., qui s’entretient à voix basse avec son avocat. Plusieurs courriers bancaires sont ajoutés au dossier. Face à l’accusé, les six jurés restent impassibles. Certains prennent des notes, d’autres fixent F.L. pour observer ses réactions.
10:45
Le procureur: de quoi vous a parlé F.L. en décembre 2005?
Le témoin: Le 8 décembre 2005, il a affirmé qu’il n’avait plus de contact avec sa mère et sa soeur qui avaient pris un avocat à Genève. Il a évoqué la difficulté qu’il éprouvait à payer ses intérêts.
Le procureur: il décrivait donc une situation de litige financier?
Le témoin: Oui. Je lui ai suggéré de reprendre contact avec sa mère et sa soeur ou de vendre ses propriétés de Rue (FR) pour retrouver des liquidités.
F.L. écoute les débats avec un intérêt soutenu.
Un nouveau témoin arrive, il travaille également dans le milieu bancaire et demande à être libéré du secret bancaire, ce qui lui est accordé.
10:30
L’avocat de Simon Me Haider prend la parole et interroge la témoin: F.L. faisait-il le siège de sa mère pour obtenir quelque chose à partir du moment où elle avait décidé qu’elle ne lui octroyait pas 100?000?francs?
La témoin: je ne souhaite pas prononcer sur ces qualificatifs. Il faut s’en rapporter aux faits.
Le président du tribunal: la dernière fois que vous avez vu les dames Légeret, c’était le 7 décembre 2005. Dans quel état de santé physique et psychique étaient-elles?
La témoin: Ruth Légeret était en bonne santé, si ce n’était la faiblesse due à son âge. Quant à sa fille, elle était en relativement bonne santé.
La témoin sort, le président reprend la parole. Et enjoint chacun à faire preuve de rigueur et de discipline pour ne pas allonger inutilement la durée de l’audience.
Un nouveau témoin est interrogé. On évoque à nouveau, et en détail, la situation financière de l’accusé pour cerner le mobile des homicides.
Le procureur: Par qui ont été fournis les fonds propres pour l’achat de la propriété de F.L. aux Monts-de-Corsier?
Le témoin: par sa mère, Ruth Légeret.
10:15
Robert Assaël: Qu’était-il prévu pour la suite?
La témoin: Il était prévu lors des derniers contacts que les négociations se poursuivent pour discuter du sort de la succession et du statut de F.L. En particulier de savoir s’il continuerait à superviser la gestion du parc immobilier.
Robert Assaël: Monsieur le président, merci de protocoler ces citations.
10:00
Le procureur: F.L. vous a-t-il dit qu’il avait le couteau sous la gorge?
La témoin: Si je ne me trompe pas, oui.
Le procureur: Et dans un courrier, vous a-t-il dit qu’il serait bientôt à court de liquidités?
La témoin: Il me semble, oui.
Le procureur: Au moment où vous êtes intervenue, y avait-il un litige important entre F.L. et sa mère?
La témoin: Je ne me prononce pas sur le terme «important». Disons plutôt qu’il y avait un contentieux.
Au tour de l’avocat de F.L. d’interroger la témoin:
Robert Assaël: Ruth Légeret vous a-t-elle parlé de difficultés avec son fils Simon le 18 octobre 2005?
La témoin: oui, elle a évoqué ses difficultés avec son fils Simon, de même qu’elle a évoqué ses difficultés avec F.L.
Robert Assaël: lors d’une séance familiale le 7 novembre, l’ambiance était bonne, avez-vous affirmé. Vous confirmez ne pas avoir senti de tensions entre F.L., sa mère et sa soeur?
La témoin: je le confirme.
Robert Assaël: Ruth Légeret, dans son esprit, il s’agissait de rétablir une certaine équité. Les aînés de la famille avaient bénéficié de certaines largesses de la part du père, de son vivant. Et elle voulait rétablir cette équité par rapport à F.L.
La témoin: Oui. Et cette équité n’était pas contestée par sa soeur Marie-José.
Robert Assaël: avez-vous entendu parler de malversations de la part de F.L.?
La témoin: Non
Robert Assaël: Vous affirmez ne jamais avoir senti d’animosité de la part de Ruth envers F.L. Mais au contraire de l’affection.
La témoin: Oui, je le confirme.
9:45
L’audition des témoins continue. Une avocate, citée comme témoin, affirme avoir été consultée par Ruth Légeret, mère de l’accusé, en 2005 pour traiter de la succession de son mari. Pour mémoire, les biens immobiliers de la famille sont estimés à près de 40 millions de francs.
Le procureur Eric Cottier: A partir de quand est-il apparu que Ruth n’était pas entièrement d’accord avec F.L.?
La témoin: dès ce premier entretien, mais pas en détail, le temps était compté. La rencontre suivante a eu lieu avec F.L.
Le procureur: par la suite, qui a suggéré la liquidation de l’hoirie?
La témoin: F.L. Et Marie-José, si je ne me trompe pas, semblait aller dans cette direction aussi.
Le procureur: Ruth Légeret avait-elle des doutes sur la bonne gestion de F.L.?
La témoin: elle avait effectivement des doutes.
Le procureur: aviez-vous le sentiment qu’elle était la banquière privée de F.L.?
La témoin: oui mais elle n’avait pas pris de décision sur le devenir de la succession.
F.L. m’a téléphoné le matin du 16 décembre 2005 au sujet d’une demande d’avance de 100?000?francs. J’ai dû lui répondre que la réponse de sa mère était négative. Il m’a demandé si c’était une décision de sa mère, ou dictée par sa soeur. Je lui ai répondu que c’était bien sa mère. Par la suite, il m’a rappelé. Il était au côté de sa mère, dans un salon de coiffure. Il me l’a passée, elle m’a alors dit qu’elle était d’accord d’octroyer cette avance, mais sous la forme d’un prêt.
9:20
L’audience reprend. Le public est à nouveau venu en nombre. Hier après-midi, pour écouter le témoignage de l’ancienne employée de boulangerie, la salle était archicomble. L’huissier avait même dû refuser des spectateurs et l’audience s’était terminée à 20h30 après une journée marathon. Le bureau de Robert Assaël, l’avocat de F.L., déborde de documents.
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