LAUSANNE

Affaire Légeret: le procès heure par heure, 2e?jour

Par PASCALE BURNIER le 02.03.2010 à 08:15

Au deuxième jour du procès, le témoignage de la boulangère est très attendu. Il pourrait en effet venir chambouler la thèse des crimes retenue lors de la première condamnation de F.L.

Hier, le Tribunal d’arrondissement de Lausanne a remis les compteurs à zéro dans l’affaire Légeret. Après une matinée dédiée à la lecture du rapport de police, la reprise d’audience a enfin permis une brève interrogation de l’accusé, F.L.

Ce dernier a, une fois de plus, clamé son innocence. S’il a affirmé être présent dans la villa de sa mère le jour du drame, c’est parce qu’il subissait des pressions de la police, a-t-il expliqué aux juges. Sur conseil de son avocat, il aurait ensuite préféré garder la même version des faits.

20:40

Fin de l’audience.

 

20:10

Témoignage d’une coiffeuse. Elle travaillait dans un hôpital de Vevey. Avant le drame, elle avait coiffé Ruth et avait rencontré sa fille Marie-José qui était venue régler la facture.

Elle explique avoir téléphoné à la police en janvier 2006. «J’avais l’habitude manger au nord du lac et début janvier j’ai vu Marie-José passer devant moi. Elle était au téléphone et parlait italien. Ensuite quelques jours après, j’ai entendu aux infos qu’on la recherchait.»

Président: «Avant Ce jour de décembre 2005 où vous avez rencontré Marie-José, vous ne l’aviez jamais vue?»

La témoin: «Non»

Président: «Ensuite vous l’avez revue au bord du lac..»

La témoin: «Oui, nos yeux se sont croisés, je ne sais pas si elle m’a reconnue.»

Le président demande à l’inspecteur pourquoi il n’a pas auditionné cette dame.

L’inspecteur: «Car à cette période d’autres gens nous appelaient. Elle parlait d’un téléphone portable et on savait que Marie-José utilisait très peu le téléphone.»

Le président insiste lourdement auprès de la témoin. «Mais pourquoi lorsqu’il y a eu le procès et que F.L. a été condamné, vous n’avez pas contacté le tribunal…?»

La témoin: «Mais je ne comprends pas pourquoi vous insistez et luttez contre moi. Moi, j’ai fait mon devoir de citoyenne. J’ai vu Marie-José début janvier 2006 et j’ai directement appelé la police. Maintenant, j’ai compris. La prochaine fois, je ne verrai rien et je ne dirai rien!»

 

19:30

Témoin, généticien. Entendu comme témoin, expert à la demande du Ministère public. Il a travailler sur des échantillons liés à cette affaire.

E.Cottier. «Au sujet de la traces d’ADN sur la chemise de nuit, peux-ton dire si cet ADN a été laissé par du sang frais ou par de l’ADN de contact?»

L’expert: «Selon la quantité d’ADN qui a été mesuré sur la trace de la chemise de nuit, nous pouvons conclure qu’il ne s’agissait pas d’une quantité importante de sang, cela peut venir d’un ADN de contact»

19:00

La meilleure amie de Ruth est entendue. Elle connait Ruth depuis l’enfance et a toujours fréquenté la famille.

Président: «Vous a-t-elle parlé des problèmes financiers?» La témoin: «Oui, j’ai su. Charles m’avait parlé des problèmes avec F.L. car il avait un caractère difficile. (..) Après le décès de Charles, les choses se sont gâtées encore.»

Président: «Les dernières années, comment ça allait entre la mère et F.L?»

La témoin: «Très bien, elle était enthousiaste.»

La témoin explique qu’elle voulait aller rendre visite à Ruth dans les derniers mois 2005. Ruth lui avait dit que ce n’était pas le moment.

Puis, elle rappelle et tombe sur Marie-José:

«Marie José m’a dit qu’elle et sa mère avaient beaucoup de problèmes avec F.L. Elle a dit: C’est un menteur, un menteur, un menteur. Il a fait le vide autour de nous. On ne voit plus personne.»

 

18:53

Autre témoin, l’ancienne femme de ménage de la mère de F.L, Ruth.

Elle venait trois fois par semaine. Elle confirme qu’elle a dit que F.L. était quelqu’un de gentil, calme et pas en conflit avec sa mère. Elle n’a pas observé de changements dans la famille avant le drame.

R. Assaël: «La police vous a présenté une paire de lunettes et ont vous a demandé à qui elle appartenait, vous vous souvenez?»

La femme peine à comprendre, elle entend très mal.

L’avocat puis le procureur renonce à l’auditionner.

 

18:30

Arrivée du témoin suivant, un retraité. Il affirme avoir vu Marie-José en mai 2006.

«Oui, j’ai un chien. J’allais le promener. Devant moi, je rattrape deux personnes qui marchaient. La première avait de la peine à marcher. La deuxième, c’était une armoire. Je me suis dit y a un problème. La dame en noire était maigre, blanche. Les traits tirés. J’ai tout de suite reconnu la fille, Marie-José. L’autre personne justement avait une telle carrure que je ne sais pas si c’était une femme ou un homme…»

Il explique qu’il l’a reconnue grâce aux photos qui avaient été publiées dans les journaux.

Le jour de la reconstitution du drame, il promène à nouveau son chien dans le quartier et dit à un journaliste qui est présent pour la fameuse reconstitution qu’il a vu Marie-José.

Le témoin se mélange sur la personne qu’il aurait croisé en premier, Marie-José ou l’autre personne qui l’accompagnait.

Le président hausse le ton et rappelle au témoin qu’il s’agit d’une affaire sérieuse.

 

18:00

Le témoin suivant entendu est le détective privé.

L’avocat du frère de F.L, Simon, l’interroge: «Quelle était la mission qui vous a été confiée?» Le détective: «Prendre des renseignements sur Mme Albanesi. J’ai donc enquêté et parlé avec des personnes qui la connaissaient. J’ai aussi fait une enquête de voisinage sur elle.»

Avocat de Simon: «Avez-vous procédé à des filatures?» Détective: «Aucune»

Président: «Les seuls éléments que vous avez collectés étaient en rapport avec le passé de Mme Alabanesi»

Détective: «Oui»

Le détective part sur une explication du passé de la boulangère. Une histoire complexe. Le président l’arrête en disant avec ironie qu’il a tout suivi…

Président: «Mais avez-vous trouvé sur cette dame des anciennes condamnations pénales ou des problèmes avec la justice?» Détective: «Non»

L’avocat du frère continue avec ces questions en lui demandant si certaines personnes interrogées considéraient cette dame comme peu crédible.

Pierre de Preux demande au détective s’il a vérifié les allégations d’une dame qu’il a interrogée et qui n’a pas dit beaucoup de bien de la boulangère.

Détective: «Non, pas du tout…»

Pierre de Preux: «Vous a-t-on aussi dit du bien de Mme Albanesi?»

Détective: «Oui, tout à fait.»

E.Cottier: «Est-ce que ça vous est déjà arrivé de faire des enquêtes sur des témoins?»

Détective: «J’effectue très souvent des enquêtes de moralité. Autant dans des affaires pour l’engagement d’une personne au sein d’une société. (…) Oui, je l’ai déjà fait pour des témoins cités au tribunal.»

 

17:50

La boulangère Jacqueline est toujours en interrogatoire. Le président relève le manque de précisions qu’elle a.

Président: «Comment se fait-il que vous vous passionnez pour cette affaire. Comment se fait-il qu’à part répondre à un contact à la TSR, vous n’avez jamais appelé la police. Il y a eu des appels à témoins, des avis de disparition.

Jacqueline A: «Je connaissais pas l’heure des meurtres. Je ne savais pas quand elles étaient mortes… et je n’avais jamais eu affaire à la police.

Président: «Si vous êtes témoin, vous ne dites rien?» Jacqueline A: «Ah, c’est sûr que si m’arrivait d’être témoin, je ne dirais plus rien!»

Le président ne lâche pas. Et continue à l’interroger pour savoir pourquoi en juin 2008 à la fin du premier procès, elle n’appelle pas le tribunal ou la police.

Jacqueline A: «J’ai contacté un avocat, il ne m’a pas rappelé… Et la journaliste m’a contacté derrière, c’est tout»

Le président lui explique qu’elle a fait une «monumentale erreur» judiciaire, qu’elle aurait dû écrire au tribunal, appeler la police.

L’avocat du frère Simon lui demande quel médicament elle prend. Des voix de désapprobation s’élèvent dans l’assistance…

Fin de son audition.

 

16:40

Les témoins se succèdent. La boulangère arrive enfin à la barre.

Jacqueline Albanesi, née en 1944, vendeuse aujourd’hui à la retraite.

Eric Cottier: «Par rapport à la certitude d’avoir vu Ruth et Marie-José le 24 décembre 2005 en fin d’après-midi, entre 16h30 et 17h00 dans la boulangerie où vous travailliez à l’époque, vous restez sûr vos affirmations?»

Jacqueline A: «Rien ne peut me faire changer d’avis»

E.Cottier: «A qui et quand avez-vous dit que vous les aviez vues dans la boulangerie? Jacqueline A: «A une personne de la TSR qui faisait une enquête de voisinage.»

Président: «Donc ce n’est pas vous qui avez contacté la TSR?» Jacqueline A: «Non, la journaliste faisait une enquête.»

Président: «Qu’est-ce qui a fait qu’elle s’est adressée à vous. Vous n’êtes pas une voisine de Ruth, beaucoup de gens habitent Vevey…»

Jacqueline A.: «Je ne sais pas, mais cette dame de la TSR est venue me voir.»

E.Cottier: «A qui et quand avez-vous dit que vous aviez vu Ruth et sa fille?»

Jacqueline: «A une collègue. Je lui ai dit je suis probablement la dernière à les avoir vue.»

Président: «Comment pouvez-vous dire que vous êtes une des dernières à les avoir vues. Début janvier 2006, vous apprenez par la presse et on ne sait pas encore quand elles sont mortes…»

Elle ne comprend pas, le président insiste.

Jacqueline A: «J’ai dit que j’étais sûrement l’une des dernières personnes à les avoir vues.»

E.Cottier: «En janvier dans les journaux, il y a eu plusieurs articles où on signalait la date depuis laquelle Marie-José avait disparu.»

Jacqueline: «…»

E Cottier: «On est en juin 2008, le procès a lieu et vous avez lu dans les journaux ce qu’il se passait? Vous avez lu assidûment les journaux?» Jacqueline A.: «Oui»

E.Cottier: «C’est au moment oÙ F.L. a été condamné que vous vous êtes dit que c’était impossible?»

Jacqueline A: «oui, je me suis dit c’est incroyable à 14h00 elles étaient froides alors que je les ai servies vers 16h30…»

Président: «Dans les comptes rendus d’audience des journalistes, vous avez attentivement lu les articles et les médias ont déjà fait allusion à l’heure du crime. Ça ne vous a pas fait penser aux problèmes d’heures?»

Jacqueline A.: «Je ne lisais pas les journaux tous les jours. Mais quand j’ai réalisé l’heure, je me suis dit qu’il y avait quelque chose qui ne jouait pas.»

E.Cottier: «Qu’avez-vous fait quand vous avez vu que l’heure ne correspondait pas?» Jacqueline A.: «J’ai appelé l’avocat de F.L., Monsieur Dubuis. Ils ne m’ont pas rappelé.»

E.Cottier: «Avez-vous une bonne mémoire?»

Jacqueline: «Oui, je pense avoir une bonne mémoire.»

E.Cottier: «Quand a eu lieu votre audition?»

Jacqueline: «… Je pense en août ou septembre de l’an passé.»

Le procureur demande que ces propos soient notés.

E.Cottier: «Est-ce que d’autres journalistes ont eu des contacts avec vous?» Jacqueline A: «Oui, surtout 24heures.»

E.Cottier: Après la diffusion de l’émission zone d’ombre de la TSR, vous avez été contactée par 24heures?»

Jacqueline A.: «Oui, après la diffusion, 24heures m’a contacté.»

Le procureur demande à nouveau de protocoler les propos.

Robert Assaël: «Quel effet cela a eu sur vous de savoir qu’un détective privé enquêtait sur vous?» Jacqueline A.: «J’ai appris cela vendredi soir passé, il y a dix jours. J’ai rien de spécial à cacher ni à dire. Ça m’a tellement perturbé que ca m’a donné une extinction de voix.»

R. Assaël: «Vous vous êtes senti sous pression?»

Jacqueline A: «Oui.»

R.Assaël: «Vous vous sentez toujours sous pression aujourd’hui?»

Jacqueline A.: «Ça va, mais ça ira mieux après… (…) J’ai eu l’impression que le détective ne cherchait que des trucs négatifs sur moi, comme s’il me faisait passer pour une alcoolique. Je précise que je ne bois pas une goutte d’alcool.»

Le président demande à Robert Assaël s’il va poser des questions sur un autre sujet que l’histoire du détective.

R. Assaël: «Oui, je m’étonne d’ailleurs que le procureur se soit évertué à décrédibiliser le témoin et n’a pas posé de question sur le 24 décembre…»

Jacqueline A explique que d’habitude elle ne travaille pas le vendredi et le samedi mais que cette fois-là oui.

R.Assaël: «Marie-José vous la connaissiez car vous aviez été sa patiente?» Jacqueline A: «Oui, j’ai été sa patiente et mon mari aussi.»

R.Assaël: «Le 24 décembre, entre 16h30 et 17h, vous voyez deux personnes. vous les reconnaissez?» Jacqueline A: «Non, je n’ ai pas reconnu la doctoresse tellement elle avait changé. Elle avait des tas de sacs Manor. C’est elle qui m’a dit: Mais vous ne me reconnaissez pas? Je me suis excusée, et là je suis allée les saluer. La doctoresse était pâle et très amaigrie.»

R.Assaël: «Le 24 êtes-vous sûr que c’était ce jour-là?»

Jacqueline A: «Oui, je suis sûr.»

R.Assaël:»Pourquoi êtes-vous si catégorique?»

Jacqueline A: «En rentrant, en allant chez mon fils, j’ai appelé ma collègue pour lui souhaiter joyeux anniversaire et je lui ai dit: j’ai honte j’ai servi Marie-José et je ne l’ai même pas reconnue.»

Jacqueline Albanesi confirme encore qu’elle est si catégorique car le même soir elle allait fêter Noël chez son fils. C’était la première fois car son mari était décédé en septembre 2005 et son fils l’avait invitée pour qu’elle ne soit pas seule.»


15:35

7e témoin, né en 1970, facteur. En charge de la tournée dans la zone de la villa de la mère.

Il se souvient que la dernière fois où quelqu’un lui a ouvert la porte de la villa pour recevoir le courrier, c’était autour du 22 ou 23 décembre.


15:17

6e témoin, Née en 1928, retraitée. Elle était très amie avec les parents.

En entrant, elle fait un grand sourire à F.L.

Elle explique que Simon a toujours été en conflit avec ses parents.

Robert Assaël: «Il a voulu mettre sa mère sous tutelle?»

La témoin: «Oui, elle en était catastrophée.»

R. Assaël: «Il a toujours été jaloux de ses frères adoptifs, c’est vrai?»

La témoin: «Oui, Simon n’a jamais accepté ses deux frères.»

L’avocat de Simon demande pourquoi son client avait tenté de mettre sa mère sous tutelle.

Simon: «J’ai constaté que F.L. avait une emprise grandissante sur ma mère et ma soeur. J’avais reçu une lettre qui disait que ma mère avait donné tout les pouvoirs à F.L. Et que je devais regarder avec lui pour toutes les questions de successions. Je me suis donc demandé comment sauver ma mère des griffes de F.L. C’est là que j’ai pensé à la mettre sous tutelle.»


14:53

Le président demande à F.L. de se lever pour l’interroger en présence de son ex-amie.

Président: «Etait-il exact que vous êtes partis à 17h30 de chez sa soeur?»

F.L.: «Oui, c’est juste.»

Président: «Pourquoi le 24 n’avez-vous pas fait une entorse, vous auriez pu vous occupez des bêtes plus tôt?

Les deux hommes ne se comprennent pas. Le ton monte. Le président reprend et interroge F.L. sur les heures à laquelle il a quitté la maison de la soeur de son ex-amie.

Président: «C’était un inconvénient de faire des allers et retours…»

F.L: «C’était convenu. Ce n’était pas un inconvénient. J’aime m’occuper de mes bêtes.»

Président: «Le 25 décembre, est-ce le bon jour pour faire un déménagement?»

F.L.: «Il ne pense pas que c’était le 25 décembre.»

Sa petite amie confirme que c’était le 25 décembre.

F.L. a le souvenir qu’il est resté l’après-midi avec elle.

Robert Assaël: «Etiez-vous touché par les difficultés de votre relation avec la témoin?»

F.L: «Oui, tout à fait. D’ailleurs je précise que la rupture s’est faite durant mon incarcération.»


14:05

Reprise de l’audience. Le tribunal a décidé d’entendre le détective privé engagé par le frère de F.L. malgré la requête de l’avocat Pierre de Preux ce matin.


5e témoin: Née en 1973, éducatrice. Elle était au moment des faits la petite amie de F.L.

Elle a fait la connaissance de F.L. en 2005 et a eu une relation amoureuse avec lui jusqu’à ce qu’elle mette un terme à leur relation à la suite du drame. Elle dit de lui qu’il était très jaloux et qu’elle se sentait contrôlée.

Eric Cottier: «Au début de votre relation, vous avez dit que F.L. était très proche de sa famille, avez-vous vu ensuite une évolution?»

La témoin: «Oui spécialement en octobre où il m’a dit qu’il avait coupé les ponts, surtout avec sa soeur.»

Eric Cottier: «Avez-vous parlé des aspects financiers qui se passaient dans la famille?» La témoin: «Il m’a juste dit qu’il avait des problèmes avec son frère.»

Le soir du 24, il était prévu qu’ils fassent Noël ensemble. Le 24, ils se retrouvent dans la maison de F.L.

La témoin: «Quand je l’ai vu, il avait une griffure sous l’oeil qu’il n’avait pas avant. Il m’a tout de suite expliqué que c’était un de ses chiens qui lui avait fait ça.»

Eric Cottier: Vous souvenez-vous de quelque chose d’autre?»

La témoin: «Je me souviens aussi qu’il avait des tâches sur son t-shirt.»

Ils partent ensuite pour aller chez sa soeur vers 17h00.

La témoin: «Il est reparti et m’a dit qu’il devait s’occuper de ses bêtes.»

Eric Cottier: «Combien de temps s’est-il absenté?» La témoin: «Je pense environ 2?heures.»

Le 24 au soir, ils rentrent les deux dans la maison de F.L. Ils prévoyaient de passer le 25 ensemble.

Le 25 au matin, il part le matin et dit qu’il doit aller faire des déménagements dans son autre maison.

Eric Cottier: «Vers quelle heure est-il revenu?»

La témoin: «En fin d’après-midi. Je me suis fait du souci.»

Eric Cottier: «Le 5 janvier il est interpellé, le 6 vous le voyez?»

La témoin: «Il est venu à l’improviste.» Eric Cottier: «Est-ce que vous l’avez trouvé touché par la mort de sa mère et ce qui s’était passé?»

La témoin: «Non, je l’ai trouvé froid. J’ai mis cela sous le compte du choc.»

Robert Assaël, avocat deF.L. la questionne. Elle explique que F.L. est une personne qui retient ses émotions. Et qu’il n’a jamais été violent avec elle.


12:40

Reprise de l’audience à 14h00 avec le témoignage attendu de la boulangère.


12:27

4e témoin, retraitée, voisine de Marie-José.

Robert Assaël: «Vous étiez voisines et vous l’avez côtoyé durant 20?ans?»

La témoin: «Oui»

Robert Assaël: «Est-ce que vous l’avez vue avant Noël?»

La témoin: «Je l’ai vue le 23 décembre. Elle est venue vers moi, m’a souhaité Joyeux Noël, on a parlé un moment.»


12:20

Troisième témoin: retraitée. Elle était une patiente de Marie-José

Eric Cottier: «Le 13 janvier 2006, vous vous êtes présentée à la police, pourquoi?» La témoin: «Car j’avais rencontré Marie-José le 24 décembre.»

Elle explique encore qu’elles ont rapidement échangé quelques mots.


12:00

Deuxième témoin: 64?ans, coiffeuse de Ruth. Elle a coiffé la mère durant des années et généralement le vendredi. Elle explique qu’avec l’âge de Ruth, soit Marie-José, sa fille, soit F.L. l’amenait chez le coiffeur.

Eric Cottier: «Est-ce que Ruth vous parlait de la situation de la famille?»

La coiffeuse: «Ça dépend s’il y avait du monde au salon.»

Président: «Une précision, vous étiez devenue un peu amie?»

La témoin: «Oui, c’est juste. Je l’appelais mamie et j’étais allé manger plusieurs fois chez elle.»

Eric Cottier lui demande de raconter la dernière fois où elles se sont vues, le 16 décembre 2005.

La témoin: «F.L. avait amené sa maman au salon. Ils se sont mis à discuter d’une affaire d’argent. J’ai dit: je vais vous laisser. Ruth était gênée car ils parlaient d’argent. Donc je suis rentrée chez moi (elle habite en dessus) et j’ai dit que je revenais dans 15?minutes. Je peux dire qu’il demandait 50?000?francs et il parlait avec quelqu’un au téléphone mais je ne sais pas qui c’était.»

Robert Assaël, avocat de F.L: «Vous avez dit à la police que depuis le décès de son mari, Ruth était triste du comportement de son fils Simon (prénom d’emprunt)?»

La témoin: «Oui, c’est vrai elle était triste. Ça la touchait énormément.»

Robert Assaël: «Vous avez expliqué aussi que Ruth était contente de son fils F.L.»

La témoin: «Oui mais elle aimait tous ces enfants.»

Robert Assaël: «Mais elle avait des soucis avec Simon, non?»

La témoin: «Oui, mais tout le monde le savait…»

Robert Assaël: «Vous avez expliqué que le 16 décembre quand vous avez vu pour la dernière fois Ruth et F.L., le ton de leur discussion était normal?»

La témoin: «Oui, ils ne se sont pas bagarrés. Quand F.L. est parti, Ruth m’a expliqué que F.L. voulait 50?000?francs, mais qu’elle ne pouvait lui donner que 5000?francs. Moi je lui ai alors dit que c’était déjà pas mal pour fêter Noël…»


11:50

Les premiers témoins sont appelés à la barre.

1er témoin: Il était agent de sécurité Protectas. C’est lui qui se chargeait de la surveillance de la villa à Vevey. Il a découvert les corps.

Robert Assaël: «Vous connaissiez F.L. Vous avez dit que c’était quelqu’un de très gentil?»

Le témoin: «Oui, j’ai eu de très bons contacts avec.»

Eric Cottier, procureur. «Exact que vous étiez plusieurs à faire les rondes?»

Le témoin: «Oui, c’est exact.»

Le témoin se souvient peu de ses déclarations de l’époque.


11:25

Robert Assaël revient sur la main droite ensanglantée retrouvée sur le dos du vêtement de Marina S. «Vous avez dit que la taille de cette main pouvait correspondre à tout le monde à part un enfant ou un basketteur. Donc vous n’avez pas pu établir qu’il s’agissait de la main de F.L., c’est juste?»

L’inspectrice: «Oui»

Robert Assaël: «Il y aurait une trace digitale sur une lampe qui a du sang de Marina S. Et là ce n’est pas une trace digitale de F.L. Ceci est tout de même troublant…»

Robert Assaël, avocat de F.L., continue son interrogatoire des experts avec cette voix calme et des formulations d’une extrême politesse. Un interrogatoire qui met en évidence certains points qui mettent en doute la culpabilité de F.L. Mais aussi qui questionne les pratiques des enquêteurs.

Pierre de Preux, deuxième avocat de F.L.: «Y avait-il des traces dans les voitures de F.L.?» L’inspectrice: «Non, nous n’avons pas retrouvé de sang ou de cheveux.»


11:00

L’expert est questionné sur de nombreux détails comme, par exemple, le fait que les estomacs des deux victimes étaient vides. L’expert répond avec prudence. Difficile après cet interrogatoire d’avancer des certitudes sur le scénario de la mort des deux femmes.


10:40

L’expert explique qu’au vu des lésions retrouvées sur Marina S., on peut exclure un décès accidentel. Il précise également qu’il y a eu des violences exercées à l’encontre de Ruth et qu’une simple chute dans un escalier ne pourrait expliquer ses blessures.

Eric Cottier fait remarquer que dans le rapport d’autopsie, des indices de strangulation et des hématomes ont été relevés sur le corps de la mère de F.L.

L’expert: «Quand on constate des hémorragies au niveau du cou et un certain nombre d’hématomes, on ne peut exclure qu’il y ait eu des violences ajoutées au niveau du cou, mais ceci pourrait aussi être attribué au traumatisme en lui-même.»

Eric Cottier: «Le rapport indique qu’il y a eu survie après le traumatisme. C’est bien cela?»

L’expert: «Nous avons confié l’examen du cerveau à un spécialiste. Selon lui, on voit que le cerveau de Ruth a été privé d’oxygène. Donc il en conclut que le décès n’a pas été immédiat. Je dois dire que nous avons été sceptiques en recevant ce rapport.»

Eric Cottier: «Pourquoi?»

L’expert: «Vu les lésions, vous avez une fonction respiratoire qui ne peut plus se faire correctement. Je ne vois donc pas comment Ruth aurait pu vivre longtemps après ses blessures.»


10:25

Entrée de l’expert Patrice Mangin, responsable de l’Institut de médecine légale et d’une collègue légiste.

Eric Cottier: «Avez-vous pu dater les décès?»

L’expert: «Tout d’abord, il est difficile de dater un décès car nous n’avons pas de critères absolus. (…) Les corps des deux victimes commençaient à se putréfier. La température des corps s’était stabilisée en fonction de la température des lieux. Vu l’état de l’altération des cadavres, on nous avait demandés si c’était plausible que le décès intervienne le 24 décembre. On a dit oui. Mais si on nous avait demandés si cela s’était passé le 23 décembre, j’aurai dit oui, et le 25 décembre j’aurai dit oui aussi. On se trouve donc dans une zone floue.»


10:00

Eric Cottier: «Sur un vêtement porté par Marina S. on trouve une trace de main ensanglantée dans le dos. C’est exact?» L’inspectrice: «Oui, c’est exact.» Elle explique de plus que la police n’exclut pas qu’il s’agisse de la main de F.L.

09:40

Le procureur Eric Cottier interroge l’inspectrice sur une trace de lunettes laissée sur le mur du couloir du sous-sol où ont été retrouvés les corps de Ruth et de son amie.

L’inspectrice explique qu’un faisceau d’éléments permet de dire que cette trace a été faite par les lunettes de Ruth.

Le scénario est que Ruth portait ses lunettes lorsqu’elle a cogné le mur du sous-sol.

Eric Cottier continue ses questions sur une trace de chaussure retrouvée sur les vêtements de Marina S. La trace est suffisamment précise pour qu’on puisse l’attribuer à des Caterpillar (type de chaussures à grosse semelle).

Eric Cottier: «On n’a pas retrouvé chez F.L. des chaussures ayant ce type de semelle, c’est juste?»

Inspectrice: «Oui, c’est juste»

Eric Cottier: «Le corps de Marina S. a été déplacé, est-ce qu’on en est certain?»

L’inspectrice: «Oui, on en est certain.» Elle décrit les multiples indices qui confirment cette thèse.


09:10

Début de l’audience.

L’avocat de F.L. Pierre de Preux fait une réquisition au sujet du détective engagé par Simon (nom d’emprunt), frère de l’accusé, pour enquêter sur la boulangère qui sera entendue aujourd’hui. Un témoignage qui bouleverse en effet la thèse du crime jusque-là retenue.

Pierre de Preux: «C’est une démarche choquante.» En précisant qu’il existe un délit de contrainte lorsqu’on porte atteinte à la liberté de témoigner d’une personne.

Pierre de Preux: «Cette démarche n’est pas digne. On ne devrait pas autoriser la production de ce rapport.» Il demande que le détective ne soit pas entendu en audience.

Réponse de l’avocat du frère, Simon: «Nous ne voyons pas pourquoi une partie civile ne peut pas faire appel à un détective. Surtout lorsqu’un témoin nous paraît peu crédible, répétant comme un disque rayé ses propos.»

Le procureur s’en remet à la justice. «Faire une expertise de crédibilité sur un témoin est une chose que je n’ai jamais vue dans un dossier. Et je ne veux pas que notre justice entre dans ce jeu-là. Je me suis tout de même ouvert l’esprit en me disant: si F.L était coupable et si Simon n’avait rien à faire dans cette histoire. Que ferais-je à sa place? Comme la justice donne du crédit à ce témoin (la boulangère), moi aussi je ferai quelque chose.»

Robert Assaël, avocat de F.L.: «Ce témoin est déstabilisé et sous pression et cela est inacceptable.» Robert Assaël propose en outre d’inverser le scénario du procureur. Et si Simon avait quelque chose à faire avec ce drame et que F.L. était innocent, quel intérêt aurait Simon à décrédibiliser ce témoin?

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