Dramatique, l’affaire Légeret n’a pas livré tous ses secrets. Qui a tué les deux octogénaires, fin 2005, sur les hauts de Vevey? Où est passée Marie-José Légeret, la fille d’une des retraitées? Après des passes d’armes acharnées entre la défense et l’accusation, la justice veveysanne tranche en juin 2008 et condamne F.?L., le fils d’une des deux victimes, à la prison à vie pour triple homicide. Son mobile: l’argent. Le patrimoine familial est estimé à plus de 40 millions de francs.
On retournera au tribunal, à la suite du témoignage tardif et troublant d’une ancienne employée de boulangerie: le deuxième procès de F.?L. aura lieu début 2010, à Lausanne. Présentation de ceux qui seront sur le devant de la scène.
F.?L. En prison depuis bientôt quatre ans, l’homme de 45?ans se trouve au pénitencier de Bochuz, où il travaille à la menuiserie. «Je lui ai parlé. Il est soulagé à l’idée de retourner au tribunal, mais pas euphorique. Des fausses joies, il en a eu beaucoup depuis le début de cette affaire. Il ne se permettra de se réjouir vraiment que lorsqu’il sera libre», relate une connaissance du condamné. A noter que les révisions de procès sont très rares sur sol vaudois: un à deux cas par an.
LA BOULANGÈRE C’est son récit, rendu public plusieurs mois après le procès de Vevey, qui a conduit la justice à ordonner la révision. Jacqueline Albanesi n’en démord toujours pas: non, sa mémoire ne lui fait pas défaut. Oui, le 24 décembre 2005 à 17?h, elle a vendu des chocolats à la mère décédée et à la fille disparue. Soit à une heure où, selon le scénario des juges veveysans, les deux femmes devaient être mortes depuis cinq heures sous les coups du condamné. Elle le répétera à Lausanne.
L’AVOCAT Robert Assaël est le quatrième défenseur de F.?L. depuis le début de cette affaire. Et ce n’est pas le moins aguerri: il a déjà défendu Hannibal Kadhafi et l’ancien patron du Servette FC, Marc Roger. «Ce nouveau procès constitue incontestablement une victoire d’étape sur le chemin de l’acquittement de mon client. Ma motivation est totale et ma détermination on ne peut plus forte. Quant à mon client, il refuse d’être le coupable idéal.»
Comment l’homme de loi appréhende-t-il le duel de titans qui l’opposera au procureur? «Le procureur général est dans son rôle… Cela étant, la seule conviction qui compte est celle que se forgeront les nouveaux juges appelés à se prononcer sur cette affaire.»
LE PROCUREUR Si les juges et l’avocat changent, l’accusation reste la même. Procureur général du canton de Vaud, Eric Cottier reprendra donc du service dans un dossier qu’il connaît très bien. «A mes yeux, et je le répète, F.?L. est coupable à 100%. Il s’agira pour le tribunal lausannois de confronter le témoignage de la boulangère à tous les éléments qui ont amené les magistrats veveysans à établir la chronologie des faits: les observations des voisins, du facteur, ou des agents de sécurité, par exemple. Aussi, et surtout, les propres déclarations de l’accusé qui, aux policiers, au juge, aux experts et en présence de ses avocats, a dit s’être rendu sur place et avoir vu sa mère morte le 24 décembre à midi. Avant de se rétracter, près de deux ans plus tard.»
LA SOEUR Sauf invraisemblable coup de théâtre, ce sera à nouveau la grande absente du procès: on est toujours sans aucunes nouvelles de Marie-José Légeret, disparue depuis Noël 2005.
LA COUR LAUSANNOISE Comme à Vevey, elle réunira un président, deux autres juges et un jury populaire, formé de six citoyens tirés au sort.