Au lendemain du licenciement «séance tenante» du fromager du Solliat, Rodolphe Gosteli (24?heures d’hier) , la vallée de Joux ne boit pas de petit-lait. Spontanées ou provoquées, les réactions sont nombreuses dans les bistrots. «C’est dommage pour lui.» «C’est pourtant un excellent professionnel.» «Il va passer un mauvais Noël.» «Il avait une trop haute estime de lui-même et disait mettre en valeur les produits du terroir local grâce à sa qualité insurpassable.»
Rappel des faits. Un litige oppose Rodolphe Gosteli et les paysans qui lui livrent leur lait, officiellement depuis le printemps 2008. Une quantité importante de fromages produits entre le mois de mai de cette année-là et mars 2009 a dû être détruite parce que contaminés par des bactéries les rendant impropres à la consommation. Mais selon de nombreuses sources, la qualité des vacherins Mont-d’Or et du gruyère AOC produits à la laiterie du Solliat avait baissé depuis plusieurs années déjà. Ces mêmes sources évoquent directement le départ de son affineur pour expliquer cette perte de qualité.
Décision rapide
Selon Francis Vulliemin, directeur de l’Agence régionale pour la qualité et l’hygiène alimentaire (ARQHA), c’est le gruyère qui était avant tout concerné par une présence trop importante d’acide butyrique. «Cela créait un problème de goût, mais ne représentait pas un danger pour la santé», souligne-t-il.
«Le problème n’était pas nouveau, confirme Daniel Geiser, directeur adjoint de Prolait. Mais on s’est retrouvé dans une voie sans issue et mardi, en assemblée, les producteurs ont dû prendre des mesures de manière extrêmement rapide compte tenu des circonstances, tout en respectant M. Gosteli.» C’est une histoire de gros sous qui a été l’élément déclencheur de toute cette affaire, qui est aujourd’hui entre les mains de la justice et des assurances. «Les producteurs ont constaté qu’ils risquaient fort de ne plus être payés ni pour le lait livré (3 millions de kilos par année) ni pour la location de la laiterie qui leur appartient», reprend Daniel Geiser. Quant à Rodolphe Gosteli, il leur avait auparavant réclamé 800?000?francs, estimant que la qualité du lait qu’il devait transformer était la cause de la piètre qualité de son fromage.
S’il nous a bien ouvert sa porte hier, Rodolphe Gosteli a poliment fait comprendre qu’il ne souhaitait pas s’exprimer pour l’heure sur la question, nous renvoyant pour tout complément d’information auprès de Prolait. Prolait où, contrairement à certains paysans combiers, on tente de calmer le jeu: «Il ne s’agit pas d’un conflit à couteaux tirés. Nous nous trouvons dans un drame personnel auquel les producteurs sont très sensibles. Ils avaient confiance dans le travail de Rodolphe Gosteli, qui est un laitier très réputé», note Daniel Geiser.
Le fromager du Solliat est-il donc le seul coupable dans cette affaire? Ce sont les assurances qui le diront, «assez rapidement», selon Francis Vulliemin de l’ARQHA. Les installations – qui ont plus de 20?ans – auraient-elles dû être rénovées? Le lait livré était-il toujours de bonne qualité? Le laitier a-t-il fait les prélèvements quotidiens nécessaires au contrôle qualité du produit? «Il y a un peu de tout. Les torts sont très certainement partagés. Reste à voir dans quelle proportion», estime-il encore. Toutefois, selon une personne qui a assisté à l’assemblée de mardi, «il n’y a pas de fumée sans feu, et si la société de fromagerie des Landes a décidé de se séparer de son fromager, c’est qu’il doit y avoir aussi un problème de personnes.»
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