Allez croire des chiffres pareils! En faisant partir le compteur de l’an 2005, la population vaudoise aura augmenté, d’ici à 2020, d’un nombre approchant celui des habitants de Lausanne. Autrement dit, dans dix ans, il y aura autour des 130?000 personnes de plus dans le canton, qui s’ajouteront aux 650?800 habitants enregistrés en 2005.
Où mène cette croissance?
Dur à croire. Sauf qu’à fin 2009 (24?heures du 24 février) le nombre des résidents du canton était de 697?900 habitants. Deux mois plus tard, les Vaudois sont certainement 700?000. Presque 50?000 de plus qu’il y a cinq ans, autant que les populations additionnées de Montreux, de Vevey et de La Tour-de-Peilz.
Les augmentations démographiques enregistrées en 2008 (+16?300 habitants) et 2009 (+12?941) sont les plus fortes depuis 1960. «Pendant ces deux années, la croissance moyenne de la population a été de 2,1%», observe Jacques Menthonnex, démographe au Service cantonal de recherche et d’information statistiques (SCRIS). Qui ajoute: «Une croissance annuelle régulière de 2% conduit à un doublement de la population en 35?ans.» Deux fois plus de gens dans le même espace en une génération, voilà qui donne le vertige.
Combien serons-nous en 2025?
On n’en est pas là. Pour le moment, Jacques Menthonnex revoit ses chiffres. Parce que, depuis la prévision faite en 2007, la hausse se révèle nettement plus rapide qu’escompté. En 2008 comme en 2009, le taux de croissance vaudois a même été le plus élevé du pays. Entre 2005 et 2020, l’augmentation ne sera pas de 100?000 habitants comme annoncé, mais davantage encore. Combien? Les chiffres révisés sortiront dans quelques mois. Pour le moment, Jacques Menthonnex donne des estimations «à la louche»: «Il est possible que le cap des 800?000 résidents sera franchi en 2025.» Sous réserve de catastrophe, comme se doit d’ajouter tout démographe prospectif.
D’où tombent ces chiffres?
Ces prévisions ne tombent pas du ciel. Rue de la Paix à Lausanne, au quatrième étage du siège du Département des finances et des affaires extérieures, les fenêtres du bureau de Jacques Menthonnex ouvrent sur le Haut-Lac. Sa spécialité, c’est la prospective démographique. Il la pratique depuis 1984 au Service cantonal de recherche et d’information statistiques. Alors, quand on met en doute la fiabilité de ses perspectives, Jacques Menthonnex sourit: «Chaque fois, je me suis un peu trompé, avec des estimations inférieures aux chiffres enregistrés dans la réalité.» L’exercice reste indispensable tant pour la planification que pour aider à réfléchir à l’avenir, ajoute immédiatement le démographe.
«Vous savez, je suis un bileux.» Jacques Menthonnex énumère la longue liste des critères plus ou moins subjectifs qu’il prend en compte pour pondérer ses estimations: le comportement des ménages, les probables évolutions législatives, les perspectives conjoncturelles. «Il faut être curieux de tout», dit-il sans s’appesantir sur les modèles mathématiques qui ont fait sa notoriété parmi s statisticiens.
Les prévisions sont-elles crédibles?
La question est sempiternelle: ces chiffres prospectifs sont-ils fiables? En un clin d’œil, Jacques Menthonnex saisit un gros classeur rouge. Un document y relate une rencontre avec les CFF, le 23 mars 2001. Au programme: le projet de 3e voie Lausanne-Genève avec le deuxième programme de Rail 2000. La compagnie voulait établir des scénarios de croissance du nombre de passagers. «Les cadres des CFF soutenaient que mes prévisions étaient folles, parce que supérieures à celles de Zurich qui prédisaient une croissance faible.»
Et pourtant! Comparés aux prospectives des divers offices, fédéraux ou académiques, les chiffres de Jacques Menthonnex ont toujours été les plus justes. «Ou les moins faux…», nuance-t-il.
