«C’est une pièce exceptionnelle qui symbolise magnifiquement les relations entre la famille de Rumine et leur ville d’adoption», se réjouit Laurent Golay, directeur du Musée historique de Lausanne. La montre de Gabriel de Rumine entre au Musée historique un siècle et demi après l’établissement de sa famille à Lausanne, grâce à un don de Frederik Paulsen, consul honoraire de Russie à Lausanne. «Sa propriétaire, une Neuchâteloise, m’a fait part de son désir de remettre cette montre «à sa place» dans notre musée, explique Laurent Golay. J’ai contacté Frederik Paulsen, très actif dans les relations entre le canton et la Russie, qui a accepté de nous l’offrir à titre personnel.»
Jusqu’ici, l’institution ne possédait aucun bien propre de Gabriel de Rumine. «Il est très rare pour une institution telle que la nôtre d’avoir les fonds nécessaires pour obtenir ce genre d’objets, poursuit Laurent Golay. Or c’est précisément le genre de pièce, précieuse, prestigieuse et à haute signification historique que nous recherchons pour raconter l’histoire de la ville.»
1,5 million pour le palais
Cette montre en or, unique, manufacturée par César Vacheron à Genève en 1867, avait été léguée par Gabriel de Rumine à Auguste Clavel, le fils de son banquier, devenu son ami. Portant le monogramme du ressortissant russe, elle est aussi munie d’un sceau à cacheter pour apposer les armoiries de la famille de Rumine. Gabriel n’en a toutefois été propriétaire que durant les trois ans précédent sa mort, en 1871.
Issu de la haute aristocratie russe, il est né à Lausanne en 1841. Son père, Basile de Rumine, conseiller de l’empereur Nicolas Ier, s’était installé dans la capitale vaudoise un an plus tôt, à la recherche d’un climat propice à sa santé fragile. Cela après avoir libéré ses paysans du servage, vendu ses terres russes et transféré son immense fortune.
Bien plus tard, le 18 juin 1871, Gabriel de Rumine, âgé alors de 30?ans, est à Bucarest, atteint de fièvre typhoïde. Mourant, il remet sa montre au banquier François Clavel, le père de son ami Auguste. Il lèg ue, en outre, à Lausanne la somme considérable de 1,5 million «pour la construction d’un édifice d’utilité publique».
«Cela représentait deux fois les recettes de la ville à l’époque», glisse Laurent Golay. Trente-cinq ans plus tard, en 1906, le Palais de Rumine voit le jour sur la place de la Riponne.