«Petit pédé!» Dans les préaux, les enfants n’y vont pas de main morte à l’heure de la récré. Par mépris ou simple ignorance d’une réalité qui, pourtant, touche peut-être un camarade. Statistiquement, au moins un élève par classe est homosexuel. Cette réalité, l’école vaudoise a décidé de s’en soucier en développant une prévention ciblée contre l’homophobie.
«Les élèves doivent tous être accueillis de manière bienveillante. Lorsque, dans la vie d’un établissement, des jeunes souffrent de stigmatisation, subissent des comportements violents, l’école est concernée», constate Serge Loutan, chef du Service de l’enseignement spécialisé, en charge de la santé à l’école. Au-delà de l’insulte balancée par les copains, la découverte de la différence sexuelle peut s’accompagner de préjugés larvés, synonymes de souffrance et d’exclusion. Plusieurs études ont ainsi montré qu’un adolescent homosexuel est plus exposé à des comportements à risque, aux dépendances, à la dépression, jusqu’à la mort; on estime qu’un jeune gay sur quatre fait une tentative de suicide. Une situation parfois méconnue ou qui peut laisser certains enseignants démunis.
Formation et prévention
En collaboration avec le canton de Genève, Vaud a signé un accord avec Elisabeth Thorens-Gaud, une enseignante qui a publié, en 2009, un ouvrage sur les adolescents homosexuels après avoir été touchée par la trajectoire d’une élève lesbienne. Depuis lors, elle se bat à travers l’association Mosaic-info et un site internet qui vise à informer les jeunes, les parents et les enseignants. Les deux cantons l’ont nommée comme «attachée aux questions d’homophobie et de diversité». «Un titre pompeux», sourit-elle, mais qui donne du crédit à son site internet et à son action, qui porte notamment sur la sensibilisation du public, la formation des enseignants et la participation à des groupes de travail qui peuvent toucher ce thème. «Je suis convaincue qu’en une heure de discussion on peut faire tomber des préjugés.»
Engagée à 20% par les deux cantons, Elisabeth Thorens-Gaud n’ira pas systématiquement dans les collèges, mais constitue une ressource. «La prévention ne doit pas être imposée, car le corps enseignant ne la porterait pas», estime Serge Loutan. Pourquoi cibler spécifiquement l’homophobie dans le large sujet de la prévention? L’idée est de profiter des compétences d’Elisabeth Thorens-Gaud sur un problème qui semble particulièrement sensible. «Aborder l’homosexualité nous paraît plus délicat que de parler d’alcool», indique Serge Loutan.
L’action du canton contre l’homophobie réjouit la députée Anne Papilloud. L’an dernier, l’élue d’A Gauche toute! demandait au Conseil d’Etat de lutter contre la discrimination à l’égard des gays et lesbiennes, avec un appui politique visible. Hier, le drapeau arc-en-ciel de la communauté flottait en première page du site internet de l’Etat de Vaud.