Les conditions de travail et les salaires, dans les usines textiles du Cambodge, sont en discussion entre les entreprises et les syndicats. Mi-septembre, les employés de l'industrie textile s'étaient mis en grève, afin de faire évoluer leurs conditions.
Pat La, une Cambodgienne de 30 ans, travaille huit heures par jour, six jours par semaine, dans son usine de textile et alors même que les négociations débutent à peine entre syndicats et patronat, elle sait qu’elle ne pourra plus se permettre de faire grève à nouveau.
Employée d’une entreprise qui produit des T-shirts pour des marques américaines comme Gap et Walmart, cette mère de famille fait partie des dizaines de milliers d’ouvriers de l’industrie du vêtement qui ont cessé le travail pour obtenir l’ouverture lundi de discussions sur l’ensemble de la filière. "Je travaille pour survivre", dit-elle doucement.
La moitié de son salaire de base, 50 dollars environ, paye son loyer et après les achats de nourriture et de lait en poudre pour sa fille de quatre mois, "il n’y a plus rien". Alors elle multiplie les heures supplémentaires pour pousser jusqu’à 60 ou 70 dollars. C’est déjà bien dans un pays où le revenu mensuel moyen par habitant ne dépassait pas les 53 dollars en 2008, selon la Banque mondiale.
Chhom Saroth, une de ses collègues âgée de 22 ans, estime d’ailleurs que travailler dans cette usine "est un bon emploi". "Mais admet-elle, sans heures supplémentaires, on ne peut pas survivre".
Un salaire minimum correct semble encore loin
La grève de mi-septembre a fait suite à un accord entre gouvernement et industriels fixant le revenu minimum à 61 dollars par mois pour l’industrie du vêtement et de la chaussure. Elle a cessé lorsque les autorités ont promis de faire s’assoir à la même table syndicats et patronat. Les syndicats réclament 93 dollars mensuels, mais "peut-être que 80 dollars par mois, ça irait", ose Pat La.
Les syndicats affirment que 200.000 personnes ont cessé le travail, un chiffre ramené à 45.000 par Ken Loo, secrétaire général de l’Association des producteurs de vêtements au Cambodge (GMAC).
Avant le début des entretiens, le responsable a averti qu’une augmentation du salaire minimum était exclue. "Mais il y a toujours une marge de négociation sur les indemnités et bonus". Les responsables syndicaux admettent d’ailleurs eux même qu’une augmentation de salaire sera compliquée, mais tablent sur des compensations, notamment sous la forme d’allocation repas.
Les ouvriers cambodgiens ne sont pas isolés dans leur combat. Leurs conditions sont déjà supérieures à celles de leurs collègues du Bangladesh, où des mouvements sociaux ont fleuri ces derniers mois, comme dans d’autres pays asiatiques. "Les conditions de travail sont généralement assez bonnes", estime à cet égard Tun Sophorn, de l’Organisation internationale du travail (OIT). "Les inspections du travail se sont intensifiées" et les grandes marques - parmi lesquelles Adidas, Puma et Benetton - font face à des "syndicats puissants".
Les conséquences de la crise
Le secteur, qui emploie 345.000 ouvriers, a subi le contrecoup de la crise l’an passé, avec des exportations passées de 3,1 milliards de dollars en 2008 à 2,7 milliards en 2009. Les chiffres officiels font cependant état d’une croissance de 13,4% durant les sept premiers mois de 2010.
Selon la GMAC, la dernière grève a déjà coûté 15 millions de dollars. "Nous savons que des commandes ont été annulées dans quelques usines", assure Ken Loo, qui craint pour la réputation du pays.
Mais Pat La, qui ne sait rien de la destination finale des T-shirts qu’elle assemble, a d’autres préoccupations. La grève lui a valu une retenue sur salaire de quatre jours, donc elle ne touchera que 40 dollars en septembre. La grève est un luxe qu’elle ne peut plus se permettre: "je suis fauchée", dit-elle.