Le Rapport sur la compétitivité mondiale 2010-2011 vient de paraître. Presque toutes les économies de la planète y sont disséquées à l’aide de 12?catégories. Il en ressort une radioscopie précise de leur capacité productive qui permet ensuite de les classer. Economiste au WEF, Thierry Geiger, l’un des auteurs du rapport, le commente.
- Qu’est-ce que le Rapport sur la compétitivité mondiale?
- Pour 139 pays, nous analysons un ensemble de facteurs qui déterminent le niveau de productivité d’une économie en tenant compte de son stade de développement. La productivité influence à son tour la capacité d’un État à croître à moyen terme.
- Comment est-il construit?
- Le rapport repose sur l’indice de compétitivité globale. Celui-ci se compose de douze catégories déterminant la productivité (voir infographie). Ces 12?catégories sont composées de données statistiques mais aussi des résultats provenant de notre enquête annuelle auprès des chefs d’entreprises. Ces informations sont ensuite agrégées pour donner le classement final.
- Comment et par qui est-il utilisé ?
- En identifiant les forces et faiblesses en termes de compétitivité, il sert aux gouvernements d’aide à la décision pour implémenter des réformes. Les entreprises et les investisseurs en font aussi usage car le rapport brosse le portrait du climat économique d’un pays.
- Pourquoi la Suisse occupe-t-elle la première place?
- La principale force de la Suisse est d’être bonne, voire excellente,dans toutes les dimensions de l’indice: collaboration entre le secteur privé et le monde académique, investissement des entreprises dans la recherche et le développement, qualité de ses écoles et de ses universités, confiance des citoyens en ses institutions et flexibilité du marché de travail. C’est surtout sa capacité à innover qui est remarquable. C’est ce que la Suisse doit continuer à faire ! Car plus une économie se développe, plus les sources de croissance se réduisent. Pour les pays les plus avancés nous mettons l’accent sur les facteurs qui favorisent l’essor d’une économie de la connaissance, le seul et unique moteur d’une croissance à long terme pour ces pays.
- Quelles sont les menaces qui pèsent sur la Suisse?
- L’une des menaces serait de perdre ce remarquable avantage en terme d’innovation. Il faut entretenir et améliorer les conditions cadres permettant cette innovation : continuer à accueillir les chercheurs étrangers, maintenir les fonds de recherche et de développement, développer les pôles de compétences, favoriser la collaboration entre le secteur privé et le monde académique, maintenir l’équilibre entre recherche fondamentale et appliquée. Les défis scientifiques deviennent plus complexes, plus pointus, nécessitent toujours plus de ressources. Les laboratoires et les entreprises doivent donc avoir une « masse critique » et attirer les meilleurs talents pour continuer à exceller.
Vous adoptez une approche très libérale dans ce rapport ?
Notre modèle est ancré dans la théorie économique et du développement laquelle démontre que les facteurs inclus dans notre indice favorisent productivité d’un pays. Nous estimons que la croissance générée par les gains de productivité sont à même d’améliorer le niveau de vie de la population.
La Chine monte, les Etats-Unis chutent
La Chine continue son ascension au classement. En 2010, elle gagne deux places et se trouve désormais au 27e?rang. Sa croissance exceptionnelle des dernières années lui a permis de procéder à des investissements de base tels que les infrastructures et l’éducation. S’y ajoutent une amélioration de ses institutions ainsi qu’une situation macroéconomique excellente.
Tous ces éléments contribuent à faire de la Chine une nation de plus en plus compétitive. Au contraire, les États-Unis poursuivent leur descente. Alors qu’il y a encore deux ans, ils occupaient la 1re place, ils sont aujourd’hui 4e. La défiance envers les institutions s’étend. Les personnes interrogées se méfient des politiciens et de leur capacité à gérer efficacement les ressources qui leur sont allouées. A cela s’ajoutent des faiblesses macroéconomiques chroniques. La dette publique s’est aggravée en raison des programmes gouvernementaux pour lutter contre la crise.
Pour renouer avec la compétitivité, les États-Unis devront définir une stratégie claire qui leur permette de quitter la spirale de l’endettement. La situation de l’Union européenne est contrastée. Les pays du nord, notamment la Scandinavie, les Pays-Bas et l’Allemagne sont présents dans les 10 premiers. Ils semblent avoir mieux résisté à la crise. En plus d’institutions solides, ils peuvent s’appuyer sur leur très grande capacité d’innovation.
En revanche, pour les pays du sud de l’Europe ou pour ceux ayant intégré plus récemment l’Union, la situation est moins favorable. La Grèce a subi de plein fouet la crise économique au même titre que les pays baltes ou certains états de l’est. D’après le rapport du Forum économique, ces nations devraient engager des réformes pour améliorer la flexibilité de leur marché, profiter des facilités pour accéder à 500 millions de consommateurs et développer une politique d’innovation.
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