Robert Cramer, candidat au Conseil fédéral? «Oui, je suis engagé dans ce processus avec mon parti.» L’actuel sénateur genevois n’esquive pas. Il fut le premier Vert au gouvernement genevois (1997-2009), puis le premier Vert au Conseil des Etats. A 57?ans, Robert Cramer se dit prêt à enfoncer une nouvelle porte: «Il est indispensable pour notre pays qu’un écologiste siège enfin au Conseil fédéral. Mon expérience d’homme d’exécutif me permet de mesurer la difficulté de la tâche. Mais le jeu en vaut la chandelle. Si je suis le mieux placé des Verts pour l’emporter, cela me fera plaisir d’y aller. Non par ambition personnelle, mais parce que mon engagement politique a toujours consisté à me mettre au service des idées défendues par mon parti.»
Le discours de Robert Cramer a déjà le ton du candidat en campagne. Même s’il conditionne son engagement: Tout d’abord, la réélection au Conseil des Etats en octobre prochain. «Il m’importe d’avoir l’appui des Genevois», glisse-t-il. Avant d’expliciter la deuxième clause à sa candidature. «Pour cette prochaine course au Conseil fédéral, le parti a fait le choix de l’expérience. Or, nous sommes quelques-uns à répondre à ce profil.»
En effet, les Verts travaillent leurs stratégies pour accéder à l’exécutif fédéral. «Lors de la dernière élection au Conseil fédéral en 2010, on nous a reproché la faiblesse de notre candidate Brigit Wyss. Quand on est challenger, on doit être nettement meilleur que le defender pour l’emporter. Cette fois, nous avons opté pour des poids lourds. Au bilan et à l’expérience d’exécutif inattaquables», explique Antonio Hodgers (GE), chef du groupe parlementaire à Berne.
La Zurichoise Ruth Genner, la conseillère d’Etat Argovienne Susanne Hochuli, le président du canton de Bâle-Ville Guy Morin et le conseiller d’Etat bernois Bernhard Pulver sont les quatre autres personnalités retenues. Tous sont prêts à se lancer dans cette «primaire» écologiste. «Cette fois, les autres partis ne pourront mettre en doute le poids et les qualités de nos candidats. Assez de manœuvre de diversion», s’impatiente Ueli Leuenberger (GE). Le président du parti s’enflamme: «La Suisse a besoin d’un Vert pour réussir la révolution de la sortie du nucléaire!»
Coalition antinucléaire
Dans ces plans de conquête, les Verts ont évidemment intégré le renforcement de la coalition antinucléaire. Les sièges PS et PDC ne seront donc en aucun cas convoités. «Nous avons plusieurs cordes à notre arc, articule Antonio Hodgers. Nous attaquerons un siège UDC ou celui du PLR Didier Burkhalter.» «La stratégie du «2?+?1» doit nous permettre de renforcer le camp de l’écologie antinucléaire et du social», ajoute Ueli Leuenberger, qui ne veut pas entrer en matière sur une éviction de la PBD Eveline Widmer-Schlumpf. «Elle fait du bon travail», assène-t-il.
Mais, avant les manœuvres en vue du 14 décembre – date de l’élection au Conseil fédéral –, il convient de gagner lors des élections fédérales d’octobre. Le dernier baromètre électoral de GFS.Bern, publié le 1er juillet, estime les Verts à 10%, le PDC à 13,4% et le PLR à 15% d’intentions de vote (UDC: 27,5%; PS: 18,9%). Or, l’avance du Parti libéral radical s’amenuise. Et, en son sein, on s’affaire déjà à rédiger l’argumentaire pour défendre la présence de deux ministres au Conseil fédéral alors que les Verts n’en auraient aucun.
Incarner le renouveau
Du côté des Verts, on veut croire à la recomposition du système politique fédéral. «Nous sommes entrés dans une zone de turbulences inédite, constate Robert Cramer. Les crises internationales se succèdent: financières, monétaires, des matières premières, énergétiques. Je crois que notre pays a besoin d’esprits nouveaux, de gens porteurs d’un projet de société neuf. Ce que nous avons réussi dans les cantons, les Verts doivent le faire au niveau fédéral: trouver des solutions sans tabous, sortir des jeux politiciens. Tout le monde a pu constater que les solutions d’EconomieSuisse ne marchent pas!»