FRANCE

Retraites: Nicolas Sarkozy fait semblant de temporiser

Par Jean-Noël CUÉNOD Correspondant permanent à Paris le 15.02.2010 à 18:23

La France doit réformer son assurance-vieillesse. Le consensus politique et social paraît très éloigné.

Seul pays d’Europe où l’âge du départ à la retraite reste fixé à 60 ans, la France doit réformer son système d’assurance-vieillesse sans que l’ombre d’un consensus politique et social n’apparaisse à l’horizon. Afin d’aborder ce qui sera la grande réforme de son quinquennat, le président Sarkozy a organisé, lundi matin, un sommet social réunissant les représentants des syndicats et du patronat ainsi que les ministres concernés.

Le but: que les partenaires sociaux s’entendent sur une formule pour financer l’assurance-vieillesse qui est en train d’être submergée par les déficits (10 milliards d’euros en 2010, 100 milliards en 2050). Le moyen de pression pour parvenir au consensus: un projet de loi que le gouvernement fera adopter au parlement; il reprendra les conclusions de cet hypothétique consensus ou alors le pouvoir imposera sa propre réforme de la retraite.

Utiles «indiscrétions»

Habilement, Nicolas Sarkozy a fait filtrer dans la presse la semaine passée quelques «indiscrétions»: ce projet de loi pourrait être déposé cet été, en pleine Coupe du monde de football. Ce qui a provoqué la colère des syndicats. Lundi après-midi, à la sortie du sommet social, Sarkozy a joué les bons princes en annonçant qu’il ne «passerait pas en force» et que ce projet de loi ne serait pas examiné en juin ou juillet mais en septembre.

Apparemment, les syndicats se sont montrés satisfaits de ce modeste report, alors que, vraisemblablement, Sarkozy avait fixé d’emblée cette date sur son agenda! De plus, les discussions entre syndicats et patronat commenceront dès avril, ce qui permet au président de ne pas évoquer ce sujet explosif pendant les élections régionales des 14 et 21 mars.

Quant aux partenaires sociaux, leurs positions se révèlent tellement inconciliables qu’un consensus paraît improbable. Un exemple: la responsable du Medef (patronat) Laurence Parisot veut porter l’âge de la retraite à 63,5 ans. Or, pour les syndicats, toucher aux 60 ans relève de la déclaration de guerre. Toutefois, cette limite appartient plutôt à la symbolique. Actuellement, les salariés du secteur privé doivent cotiser pendant 40 ans et demi. L’âge effectif de leur départ à la retraite s’élève donc en moyenne à 61,5 ans.

Les faits demeurent têtus: avec une espérance de vie toujours plus longue (84 ans pour les femmes, 77 ans pour les hommes) et un nombre toujours plus restreint de cotisants, il faudra bien trouver des fonds pour financer les rentes des 14 millions de retraités en 2010 et des… 29 millions en 2029.

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