La presse birmane a menacé nommément Aung San Suu Kyi et son parti, pour la première fois depuis la libération de l’opposante en novembre, en leur promettant "une fin tragique" s’ils continuaient à soutenir les sanctions occidentales contre la junte.
Dans un éditorial paru dans le New Light of Myanmar, quotidien officiel du régime, la lauréate du Prix Nobel de la paix a été vivement attaquée pour un communiqué publié la semaine dernière sur le sujet par son parti dissous, la Ligue nationale pour la démocratie (LND).
"Si Mme Suu Kyi et la LND continuent de se fourvoyer, en ignorant que la Birmanie d’aujourd’hui s’avance vers une ère nouvelle, un nouveau système et de nouvelles plate-formes politiques ouvrant la voie à la démocratie, ils trouveront une fin tragique", a estimé l’éditorialiste dimanche.
"Cela dit, je voudrais les inviter à coopérer avec le peuple pour construire une Nation démocratique", a ajouté l’auteur, dissimulé, semble-t-il, sous un pseudonyme qui signifie "Conquête du Grand Ennemi".
Lundi, la LND a indiqué n’avoir pas reçu de réponse officielle de la junte après son communiqué, relevant que l’auteur pouvait agir pour son "propre bénéfice".
Libération de prisonniers
Le parti, dissous après avoir boycotté les élections de novembre dernier, avait appelé à une discussion avec les Occidentaux "sur quand, comment et dans quelles circonstances les sanctions pourraient être modifiées".
Il prenait ses distances avec les appels en faveur de leur levée récemment lancés par des partis d’opposition et des pays voisins de la Birmanie.
La LND jugeait la libération des plus de 2.000 prisonniers politiques indispensable à la fin des sanctions. Et elle affirmait que ces mesures n’avaient que de faibles conséquences sur l’économie et la vie quotidienne des Birmans.
Ce communiqué constituait la première intervention étayée de Mme Suu Kyi sur ce sujet depuis la fin de sa résidence surveillée, le 13 novembre. Et les analystes relèvent que l’icône de la démocratie a souvent dicté, par son charisme, les choix de certaines capitales.
"Il est indéniable que (Mme Suu Kyi) a demandé des sanctions avec ferveur", a poursuivi à ce titre l’éditorialiste, regrettant que "sa position sur les sanctions détermine (la) politique" des chancelleries occidentales.
L’article brocardait enfin "l’arrogance" de la LND, accusée de rechercher du "pouvoir" en se présentant comme un interlocuteur incontournable du débat.
Généralissime toujours aux commandes
Washington interdit notamment l’importation de produits birmans et l’exportation vers la Birmanie de services financiers américains. L’UE a pour sa part banni les importations de bois, métaux, minerais et pierres précieuses et les investissements dans des entreprises birmanes de ces secteurs. Les avoirs de dignitaires du régime ont aussi été gelés.
Le débat sur l’utilité de ces dispositions ressurgit après la convocation du parlement issu des dernières élections et la désignation du nouveau président en la personne du Premier ministre et général à la retraite Thein Sein.
Les analystes relèvent cependant que le généralissime Than Shwe, homme fort de la junte âgé de 77 ans, est toujours aux commandes, et les adversaires de la junte dénoncent une manipulation destinée à donner une apparence civile à un régime militaire.
Quelques jours avant le communiqué de la LND, les Etats-Unis avaient à ce titre jugé "prématuré" de lever les sanctions, précisant attendre "des actes beaucoup plus concrets du nouveau gouvernement".