ÉGLISE CATHOLIQUE

Pédophilie: Hans Küng exige du pape un «mea culpa»

Par Andrés Allemand le 18.03.2010 à 00:02

Le très polémique théologien suisse estime qu’il ne suffit pas de s’excuser au nom de l’Eglise catholique. Benoît XVI, dit-il, a couvert durant des années les abus sexuels commis par des prêtres dans le monde entier.

Coupable, Joseph Ratzinger, alias Benoît XVI? Pour le théologien lucernois Hans Küng, cela ne fait pas l’ombre d’un doute: l’actuel chef de l’Eglise catholique est personnellement responsable d’avoir passé sous silence, pendant des décennies, les affaires de pédophilie. Une accusation que l’ancien professeur a publiée hier dans les colonnes de la Süddeutsche Zeitung. Sans ménagement, bien entendu.

«Cinq ans de pontificat sans rien modifier à ces pratiques funestes. La décence exigerait que le principal responsable de la dissimulation depuis des décennies, en l’occurrence Joseph Ratzinger, fasse son propre mea culpa», écrit ainsi Hans Küng. «Aucune autre personne au sein de l’Eglise n’a vu autant de cas de maltraitances passer sur son bureau», poursuit-il, citant les vingt-quatre?ans passés par l’ancien cardinal à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, où il a traité toutes les affaires de délits sexuels dans le monde entier «dans le plus grand secret».

Sur sa lancée, l’abbé Küng s’en prend à l’obligation de célibat des prêtres. En effet, nombre de catholiques y voient l’une des causes des abus sexuels commis par certains religieux frustrés, qui côtoient des enfants et des adolescents dans le cadre normal de leur ministère. «La décence exigerait que le pape promette au moins de réexaminer cette obligation, comme le réclament depuis longtemps une large majorité du clergé et des croyants», assène le professeur émérite de théologie œcuménique de l’Université de Tübingen. Un professeur qui depuis 1979 n’a plus le droit d’enseigner la théologie catholique.

La colère des fidèles
Mais le très controversé Hans Küng n’est de loin pas le seul à dénoncer les silences de Benoît XVI. Certes, le pape a annoncé hier qu’il signera demain une lettre aux fidèles d’Irlande.Profondément préoccupé» par le scandale de prêtres pédophiles couverts par leur hiérarchie dans ce pays, le souverain pontife avait déjà qualifié ces abus de «crimes ignobles» et s’apprêterait à dévoiler demain une série de mesures. Quant au cardinal Sean Brady, primat de l’Eglise irlandaise, il a présenté hier ses «excuses du fond du cœur» et exprimé sa «honte».

Pas sûr que cela suffise à calmer la colère des familles de victimes, qui réclament sa démission. Pas certain, non plus, que cela satisfasse les catholiques d’Allemagne, consternés par les silences du pape sur les scandales qui concernent son propre pays. Surtout après avoir reçu vendredi tous les détails des mains de l’archevêque Robert Zollistch, qui préside la Conférence épiscopale allemande.

Sans parler de la cascade de révélations d’abus sexuels qui se succèdent en Autriche, aux Pays-Bas, en Espagne, en Italie, en Suisse … et encore au Brésil, où tourne en boucle une vidéo montrant un prêtre faisant l’objet d’une fellation de la part d’un enfant de chœur. Devant l’autel.

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