Se rendre sur l’esplanade couverte devant la Halle 6 était en soi déjà assez dépaysant pour palper l’extraordinaire du moment. Pour accéder au concert de Depeche Mode, mardi soir à Palexpo, il fallait, tout d’abord, se perdre au bout du monde, entre le vrombissement de l’autoroute en contrebas et les réacteurs d’avions décollant sur les têtes. Passé l’entrée, réglée de main de maître par une équipe qui en a vu d’autres, le spectateur se retrouve dans une immense halle. Eh oui, c’est bien la numéro 6.
A gauche, les débits de boisson, tout petit sous l’immense toiture en tôle ondulée. A droite, une tenture, un rideau, énorme. On traverse. De l’autre côté, il y a la scène. Et 17?000 personnes naviguant tranquillement d’un bord à l’autre, s’agglutinant ici pour pêcher un soda – très longue, la queue – dévalant là les volées de marches menant trois étages plus bas aux pipi-rooms.
Première partie avec Soulsavers, groupe rock. Les échos sont énormes, les basses courent sur le sol pour aller s’écraser contre les cloisons. On craint le pire pour la suite. On verra.
21?heures pile: Andrew, Martin, Dave et les autres – acolytes de scène dont le nom disparaîtra bien vite dans l’ombre des trois vedettes – débarquent sur un rythme de techno. Du cadre métallique du hangar aux néons de frigidaire restés allumés derrière l’estrade, l’impression est tenace de participer à une rave party.
«Chains». Le premier titre du tout dernier album du groupe entame le concert. Deux écrans sur les côtés, un grand au milieu. Deux visages, un vieux, un jeune. Une corneille, son œil, projeté sur une demi-sphère, scrutant la foule. Des images bien ficelées, bien montées. Spectaculaire. Le volume sonore lui aussi est impressionnant. Les basses sont omniprésentes. La voix du chanteur fait des échos. beaucoup d’échos. On se dit que, non, le son n’est pas bon. Mais à bien y regarder, ou écouter, ce maelström musical, cette débauche de décibels à la limite du supportable-encore que tout cela n’est pas si fort-correspond parfaitement au caractère synthétique de la musique de Depeche Mode. Rave party, on disait? Mais ce groupe, bien que devenu très rock, est avant tout un groupe dansant, qui du reste n’hésite pas à ranimer la verve disco à intervalles réguliers pendant la soirée.
Une curiosité: ouverte sur ses côtés, la scène donne à voir les musiciens de profil. Peu de monde est venu regarder par ici. On se retrouve à dix mètres du guitariste Martin Gore, lorsque celui-ci entame sa partie vocale, trois chansons au total. Le meilleur moment, soit dit en passant. Coup d’œil sans pareil sur la régie lumière, avec moniteurs en pagaille et caisses à roulettes garées tout autour dans un désordre apparent. Pour le coup, c’est l’envers du décor qui se livre au spectateur, une pointe de l’iceberg technologique sans lequel une telle prestation n’existerait pas, aussi géante soit-elle.
Pour le reste, le groupe assure, timbre grave et déhanchés appuyés pour le chanteur, pose plus grave encore mais pas dénuée de distance pour les instrumentistes. Tubes à gogo, plus une lampée des nouveaux titres. Et pour terminer, comme de coutume, le toujours aussi excitant «Personal Jesus». Ovations. Lumière sur le public. Ce mardi soir, Depeche Mode est passé par la Halle 6 de Palexpo.
Retour à la maison. Des milliers de personnes se dirigent vers la gare CFF de Cointrin. Des trains spéciaux ont été affrétés pour l’occasion. Pas d’anicroches, tout roule. L’organisation était impeccable. Au concert, il avait même un bancomat au cas où.