Une allure de Viking, des cheveux rasés de près, des yeux rieurs et une voix chaleureuse: tel se présente Arnaldur Indridason, l’homme par qui le polar islandais est arrivé.
Hypothermie a été publié en 2007 déjà en Islande, et sort ces jours en français. Depuis, l’auteur bombardé de prix littéraires n’a pas chômé. Il a écrit trois nouveaux livres de sa série Erlendur, ce commissaire hanté par les disparitions, plus trois autres titres dans des genres littéraires différents.
Comment vit-il ce décalage? «Je suis soulagé que ce livre sorte, car je l’aime beaucoup! Peut-être parce qu’il est lié à la croyance que beaucoup d’Islandais ont pour les fantômes. Dans ce texte, il est aussi question de vie après la mort. Vie à laquelle je ne crois pas…» Entre l’écriture de ce livre et sa publication en français, la crise économique a secoué l’île. L’écrivain n’a pourtant pas attendu ce séisme pour soulever la question du pouvoir de l’argent: «Le personnage d’Erlendur est un contrepoids à cette mentalité du fric facile qui a gangrené la société et qui l’a conduite à la situation actuelle. En islandais, on ne parle pas de crise, mais bien d’effondrement. Mon personnage n’est d’ailleurs pas à même de comprendre cette dérive, lui qui n’envisage pas de dépenser plus que ce qu’il gagne pour s’offrir une voiture ou une maison.»
Bien que ses livres soient édités dans 37 pays, l’auteur reste profondément ancré dans son île. «J’écris pour les Islandais, les seuls lecteurs auxquels il m’arrive de penser. Car ce public est très exigeant en matière littéraire, spécialement en ce qui concerne les polars, longtemps considérés comme peu sérieux et peu vraisemblables. Il faut que les livres soient réalistes et très crédibles pour être lus. Or, les Islandais ont longtemps cru que leur société était trop paisible pour être le théâtre de romans policiers avec des courses-poursuites, voire des coups de feu, la police de l’île n’étant pas armée…»
Arnaldur Indridason ne se contente pas de brosser de très beaux portraits. Il sait aussi faire siennes des croyances ancestrales. «Ces histoires de fantômes sont liées à d’anciens modes de vie en Islande et restent très vivaces dans les esprits des gens comme dans notre langue.» Elles sont rassemblées dans des livres, tout comme le sont les histoires de disparitions dans les montagnes. «Si j’ai inventé celle qui concerne directement Erlendur et son frère, je l’ai écrite «à la manière de», car ces textes existent réellement. J’en possède d’ailleurs toute une collection et j’adore les lire.»
Historien de formation
L’écrivain n’est pas historien de formation pour rien. «Je porte un très grand intérêt au concept du temps. A l’influence qu’il a sur les personnages de mes histoires. J’aime leur faire vivre des situations particulières et les convoquer plusieurs années après, pour étudier de quelle manière ils ont vécu cette période. Chez Erlendur, le temps s’est arrêté dans son enfance, et il n’est jamais vraiment parvenu à le redémarrer. Je suis aussi fasciné par le hasard, qui est le phénomène le plus étrange qui soit.»
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