Une protéine naturellement présente dans le cerveau pourrait bloquer la protéine responsable de la maladie d’Alzheimer et d’autres démences, selon le Pr Etienne-Emile Baulieu. Le chercheur français, l’un des auteurs d’une étude publiée cette semaine dans une revue américaine, estime que les recherches en cours pourraient aboutir à un traitement.
Agé de 83?ans, Etienne-Emile Baulieu n’est autre que le père de la pilule abortive du lendemain, ainsi que de la DHEA, l’hormone «antivieillissement». C’est dire si son annonce, faite mardi à Paris, suscite des espoirs. La maladie d’Alzheimer concernerait près de 100?000 personnes rien qu’en Suisse, avec 22?000 nouveaux cas chaque année.
Un traitement d’ici à dix ans
Etienne-Emile Baulieu a présenté ce qui pourrait être une arme contre la protéine tau, anormalement présente lors de la maladie d’Alzheimer. Les recherches ont ainsi mis au jour une autre protéine, la FKBP52. Cette substance, abondante dans le cerveau, s’accrocherait à la protéine tau pour la détruire, empêchant son accumulation dans les cellules nerveuses. «C’est une arme localisée à l’intérieur des cellules. Cette arme, on veut la booster, trouver des munitions – des molécules pharmaceutiques – pour en accélérer l’action, en avoir assez pour détruire la protéine tau», souligne Etienne-Emile Baulieu.
Une expérimentation est prévue dans un hôpital parisien. «On est loin du médicament, estime le scientifique, mais, d’ici deux ou trois ans, on devrait trouver la possibilité de faire un diagnostic très précoce de la maladie.» A plus long terme, il espère pouvoir «traiter les malades et arrêter le développement de la maladie. Beaucoup de spécialistes pensent que cette question sera résolue en moins de dix ans.»
A la recherche de financements pour poursuivre ses travaux, le professeur a d’ores et déjà lancé une souscription sur le site internet de son institut. Et l’homme d’affaires français Pierre Bergé, qui soutient la lutte contre le sida, a indiqué qu’il aiderait pendant cinq ans les recherches du Pr Baulieu.
Doutes
L’espoir suscité par l’annonce de mardi est contrebalancé par des doutes émis par certains chercheurs français. Philippe Amouyel, directeur d’une fondation dédiée à la recherche sur la maladie d’Alzheimer, estime qu’il ne s’agit que d’une piste. «En sciences, ce qui compte c’est ce qu’on démontre», indique-t-il. Or «tout ça a été fait sur des modèles in vitro», sans «lien direct avec la maladie d’Alzheimer».
Baulieu, l’infatigable jouvenceau
«Longue vie au professeur Baulieu!» Telle est sans doute l’interjection qui provoque chez le scientifique français le ravissement le plus intense. Père d’une fondation baptisée «Vivre longtemps», Etienne-Emile Baulieu, 83?ans, poursuit inlassablement ses travaux sur les hormones, fasciné par la possibilité d’allonger la vie humaine.
C’est pourtant avec l’invention d’une pilule qui empêche l’éclosion de cette vie, le célèbre RU-486 (la pilule abortive dite «du lendemain»), que cet ancien résistant communiste, né Emile Blum le 12 décembre 1926 à Strasbourg, est devenu célèbre.
Après la guerre, l’endocrinologue fait une rencontre décisive avec l’inventeur de la pilule, l’Américain Gregory Pincus. A son retour en France, il est l’un des premiers à collaborer activement avec un laboratoire pharmaceutique, Roussel-Uclaf. Il se battra jusqu’en 1988 pour convaincre les autorités de commercialiser la pilule abortive. Ses études sur la «pilule de jouvence» connaîtront moins de succès. Mais l’homme, qui croule sous les honneurs et les distinctions, est aussi brillant que têtu: il poursuit l’exploration du cerveau humain et des hormones stéroïdes, avec la certitude que la DHEA, une hormone stéroïde produite par la glande surrénale, permettra un jour de vivre très vieux, et très bien.
T. M.