Depuis vendredi, quelque 30?000 étiquettes digitales ont poussé sur les rayons de la Migros du Croset, à Ecublens. Les petits rectangles gris sont très discrets. «Je me disais qu’il y avait quelque chose de changé, sans savoir quoi», note Franco Napoletano, un client.
Le géant orange s’apprête pourtant à vivre une minirévolution. Dernier détaillant d’Europe à inscrire les prix sur le produit, il souhaite déplacer cette indication vitale sur les rayons dès 2011. Durant la phase pilote, jusqu’en mai, les prix demeureront sur les articles. Mais les clients tiqueront à coup sûr lorsque les montants n’y figureront plus.
Migros: mauvaise lisibilité
Du côté des consommateurs, l’attachement à cette exception suisse est fort. Mais, en début de semaine à Ecublens, beaucoup s’avouaient résignés. «On s’adapte à tout», lâchent plusieurs d’entre eux. Certains critiquent la lisibilité des prix digitaux. «Je n’aime pas, c’est la cata. C’est vraiment foncé, on ne voit pas grand-chose. Et nous, ça va, on est jeunes…» note Nathalie Berthoud. Selon l’inclinaison des plaquettes, il est même impossible de déchiffrer un prix situé en hauteur si l’on mesure moins de 1 mètre 80.
Christian Rattaz, responsable du projet pilote pour Migros Vaud, admet qu’il y a un problème de lisibilité. «C’est pour cela que nous testons aussi l’affichage papier. Une étude déterminera quel système sera retenu.» A Ecublens, l’affichage digital prévaut. A Morges, l’autre succursale pilote pour le canton, la plupart des prix figurent sur papier. Une option pour l’instant plus lisible, mais le système digital s’avère plus réactif. Toutes les étiquettes sont mises à jour quotidiennement, entre 3?h et 5?h du matin.
Coop: additions difficiles
A la Coop voisine, où les prix ont quitté les produits depuis l’an 2000, pas de problème de lecture. Mais certains regrettent le changement. «C’est très ennuyeux. Je fais aussi les courses pour ma mère, et, uniquement avec le ticket, c’est parfois difficile de faire les comptes», déplore Marie-France Post. Personne n’en fait un critère de choix de l’enseigne, mais les seuls satisfaits semblent les porteurs occasionnels de bésicles. «C’est pratique, note Edwige Bron. On n’a pas besoin de sortir les lunettes.»
30 millions d’économies
Arguments avancés pour la mue par Migros: plus pratique pour les consommateurs, qui embrassent d’un coup d’œil tout l’assortiment, plus fiable, car le prix affiché correspond au prix encaissé, plus écologique, et surtout moins cher. Economies prévues: 30 millions de francs. Soit «les frais d’impression des emballages et de la réduction de matériel à jeter», note Nathalie Eggen, porte-parole de Migros Suisse. Chez Coop, une politique d’étiquetage compliquée empêche de chiffrer exactement l’économie réalisée il y a dix ans. «C’est de l’ordre des chiffres qu’avance la concurrence», précise Sabine Vulic, porte-parole.
Consolation pour les clients: chez Coop, des bornes permettent de scanner un article et d’en connaître le prix. Migros prévoit même une machine qui imprimera une étiquette avec le montant à débourser.
Que dit la loi?
Selon l’ordonnance fédérale sur les prix, ceux-ci «doivent être indiqués, en principe sur le produit ou à proximité immédiate». L’affichage sur les rayons est néanmoins possible. Il doit comporter la somme à payer, et le prix unitaire, par 100?grammes, par kilo ou par litre, par exemple. Une indication utile car les quantités fantaisistes se multiplient. On a ainsi repéré des paquets de biscuits à 140 ou 210?g, ce qui rend la comparaison des prix malaisée. Sur le nouvel affichage de Migros, les prix unitaires sont indiqués en petit. A la Coop, ils sont mentionnés en minuscule et à la verticale. Les déchiffrer demande donc un peu de gymnastique. A noter que les prix unitaires ne figurent pas toujours sur les produits de 100, 200 ou 500?g.
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