Elles sont stylistes, mais elles pourraient tout autant être mannequins. Au cœur de Lutry, Laetitia Dorthe la blonde et Laurie Alberton la brune imaginent, découpent et cousent leurs vêtements dans un petit atelier-boutique chaleureux. Et gardent le sourire, malgré le stress: dans quelques jours, elles présentent leur nouvelle collection à l’occasion d’un grand défilé en musique, au D! Club.
Cinquante créations, griffées Kawai («mignon» en japonais) pour Laurie, et Laet clothing pour Laetitia, rassemblées sous le label CKLZ. Au milieu des stenders, elles s’affairent, chacune portant une de ses créations emblématiques: Laurie sa robe moulante et sombre, aux épaules à soufflets – un hit de sa collection –, et Laetitia une robe géométrique rose et gris clair, naïve et sexy.
Evidemment, chacune des stylistes conserve son style, même si deux ans et demi de vie commune à l’atelier les ont influencées. Plus géométriques et sportswear au début, les vêtements de Laetitia se sont adoucis, alors que le romantisme de Laurie serait devenu «moins enfantin», même si elle aime encore apposer ça ou là un cœur sur ses créations. «Avant, nos amis reconnaissaient du premier coup d’œil qui avait fait quelle pièce. Maintenant, c’est moins évident», s’amuse Laetitia. Et leurs clientes? «De 20 à 65?ans!» répondent-elles en chœur, même si la grande majorité affiche entre 30 et 45?ans. «On essaie de proposer des prix raisonnables, comme ça une jeune femme peut aussi s’offrir une de nos pièces. Mais on a aussi une cliente qui vient de nous dire que désormais elle ne s’habillerait plus qu’avec nos créations», sourit Laurie.
Ce succès montant, elles le doivent à leur ténacité. Entrées dans une petite école de couture lausannoise, elles se font remarquer à l’occasion d’un concours organisé par Amnesty International, sur le thème de… la violence faite aux femmes. Elles commencent à organiser des défilés, des expos-ventes. Rapidement, des clientes leur demandent où trouver leurs vêtements. «On a déniché cet endroit rapidement, il nous a plu tout de suite.» Pour rien au monde elles ne voudraient changer. L’adresse commence à être connue, leur carnet de commandes se remplit. «On vit de mieux en mieux, même si on doit encore faire de petites choses à côté pour tourner.»
Défilé CKLZ, concert de Tigerlily, vendredi 23?avril au D! club, Lausanne. Show 21?h. Entrée libre, dès 18?ans. Leur atelier se situe à Lutry, rue Verdaine 7.
Quel est le déclic qui vous a donné envie de vous lancer dans la couture et le stylisme?
Laetitia: C’est ma prof de couture, à l’école! Elle nous a tout de suite permis de créer des vêtements, et on a même fait des défilés. C’est elle qui m’a donné envie de me lancer.
Laurie: J’ai toujours été attirée par les milieux créatifs. Au gymnase, j’ai fait les Arts visuels, notre prof était à moitié folle, elle nous a laissé faire plein de choses. Comme j’aimais déjà la mode, je me suis orientée vers une école de couture.
Quel styliste vous inspire, qui appréciez-vous?
Laetitia: J’aime régulièrement ce que fait Balmain. La dernière collection d’Iceberg correspond aussi totalement à ce que j’aime. Brioni fait de très belles choses. Mais je dois avouer que ce sont avant tout les tissus qui m’inspirent.
Laurie: Cela dépend plus de la collection que d’un créateur particulier, mais j’aime bien ceux qui sont déjantés, Vivienne Westwood par exemple…
Et où faites-vous votre shopping?
Laetitia: J’ai la chance d’avoir une sœur qui vit à Berlin, alors j’y vais souvent: pour la voir et pour faire des achats! En fait, c’est quand je suis en voyage que j’ai le temps de faire du shopping. Autrement, à Lausanne, j’aime bien Sisley, Maje et Côté Lac, surtout pour les petites robes, mais je peux aussi trouver quelque chose chez Zara.
Laurie: J’aime beaucoup la marque IKKS, mais c’est un peu cher, donc pas pour toute ma garde-robe! J’adore faire les petites boutiques, et comme je viens de déménager à Carouge, je suis gâtée.
Quelle est pour vous la pire faute de goût?
Laetitia: Ça reste la chaussette blanche avec des chaussures noires! Oui, cela arrive encore… Quand j’ai des élèves qui portent ça (ndlr: Laetitia fait des remplacements scolaires), je leur dis que ça ne se fait pas! Autre erreur pour un mec: porter un t-shirt trop serré, alors qu’on a du bidon…
Laurie: C’est tout bête, mais une règle de base, c’est d’acheter des vêtements à sa taille. Une fille avec un jean trop serré et des bourrelets qui débordent, c’est moche.
Et votre accessoire fétiche, c’est quoi?
Laetitia: Pour moi, c’est un bijou. Collier, bracelet ou bague, mais il m’en faut un, surtout que je m’habille souvent de manière simple.
Laurie: Les chaussures! Dès que je rentre dans un magasin, je ne peux pas m’en empêcher. Surtout les talons hauts… J’en ai plein mon armoire, même si au final je porte souvent les mêmes.