1910

Le pont qui a relié la ville et le canton

Par CLAUDE BÉDA le 20.03.2010 à 00:01

Le pont Bessières, qui joua un rôle majeur dans le développement lausannois, fête ses 100?ans.

Autrefois, les Lausannois des quartiers Saint-Pierre, Caroline et Marterey suaient pour rejoindre la Cité. Il leur fallait descendre les escaliers de Billens, la Cheneau-de-Bourg, puis remonter les escaliers des Grandes Roches. Isolés, ils réclamèrent longtemps une liaison avec le siège du gouvernement et l’administration cantonale.

Leurs attentes furent comblées au début du siècle dernier grâce à un projet ambitieux. Inauguré en 1910, le pont Bessières, centenaire cette année, a pleinement répondu à leurs attentes. «En fait, l’ouvrage a constitué un complément à la ceinture Pichard, ce périphérique qui contourne la colline de la Cité», rappelle Laurent Golay, directeur du Musée historique de Lausanne. Imaginée en 1836 par l’ingénieur cantonal Adrien Pichard, conscient que seules des routes bien conçues pouvaient permettre à Lausanne de se développer, cette ceinture constitue une véritable voie de contournement (voir infographie ci-dessus).

Travaux titanesques

Pour la réaliser, il a fallu construire le Grand-Pont, ou pont Pichard (1844), combler la vallée du Flon (dès 1850), creuser le tunnel sous le col de la Barre (1851-1855) et créer la terrasse de la Caroline.

Dès son accession au statut de chef-lieu cantonal, la ville s’est empressée de domestiquer sa topographie. Sans cela, impossible d’assumer un rôle central dans les échanges commerciaux. A ce titre, la ceinture Pichard a joué son rôle de périphérique en orientant le trafic vers Genève, la France, le Nord et l’Est vaudois. Et le pont Bessières, prolongé par le creusement de la rue Pierre-Viret, est venu se greffer au milieu de ce dispositif pour relier la place du Tunnel, au nord, à la terrasse de la Caroline, à l’est, en créant une nouvelle petite ceinture autour de la Cité.

C’est sans doute l’explosion démographique qui a servi de déclencheur à la construction de cet ouvrage. Au demi-million de chars traversant alors annuellement Lausanne, il fallait ajouter les voyageurs attirés à Lausanne par l’ouverture du tunnel du Simplon, en 1906.

Un rôle toujours visible aujourd’hui

De nos jours, le municipal Olivier Français, qui a pu encastrer son métro dans le pont Bessières, ne reste pas insensible à ces réalisations. A ses yeux, la ceinture Pichard et le pont Bessières jouent encore un rôle prédominant dans le tissu urbain lausannois: «Sans ce dispositif, conçu grâce à des gestes audacieux et visionnaires, Lausanne ne serait pas ce qu’elle est. Le pont a tissé un lien entre le pouvoir politique et la ville, alors que la ceinture Pichard assume encore maintenant son rôle de route de distribution. Nous nous inspirons de ces exemples dans nos travaux actuels.» Récemment, le pont Bessières a livré un secret: il aurait été conçu, tout comme les pyramides et le Parthénon, dans le respect du nombre d’or. Il fallait bien être orfèvre pour unir Lausanne et le canton.

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