1875

Les pasteurs vaudois en mission

Par LAURE PINGOUD le 29.05.2010 à 00:01

A la fin du XIX siècle, les missionnaires débarquent en Afrique du Sud.

«Le jour où nous entrâmes dans nos nouvelles habitations après quatre mois dans nos wagons, un incendie dévora les prairies. Mais quel soulagement d’avoir enfin un toit sur la tête!» En 1875, les jeunes Vaudois Ernest Creux, Paul Berthoud et leurs épouses concrétisent leur rêve. Au Transvaal, dans une ferme achetée à un Ecossais, ils peuvent apporter l’Evangile à la population africaine. Le lieu, baptisé Valdézia (Vaud, en latin), est le point de départ de ce qui deviendra la Mission suisse.

En cette période coloniale, dans la mouvance missionnaire à laquelle des Romands ont déjà participé individuellement, les protestants vaudois songeaient depuis un moment à fonder leur mission. Plus précisément l’Eglise libre, à une époque de schisme avec l’Eglise d’Etat, qui ne goûte pas aux missions. En 1869, Paul Berthoud et Ernest Creux lui lancent un appel: «Nous sommes prêts à courir dans les lieux que vous désignerez à notre activité.» Quelques hésitations plus tard, la Mission vaudoise est créée à Yverdon, en 1874.

Acceptés par le chef

Entre-temps, les deux théologiens ont prospecté en Afrique du Sud, depuis la Mission de Paris, au Lesotho, qui les a accueillis au départ. Après quelques essais, ils choisissent Valdézia, terre vierge d’autres missions, où ils trouvent un chef local prêt à les accepter. De là, rejoints par des envoyés, ils ouvriront d’autres stations, en direction du sud et du Mozambique, sur les traces des Tsongas, leurs «paroissiens» dont ils ont appris la langue.

Il s’agit d’une dimension fondamentale de l’action de ces missionnaires qui codifient l’idiome local, afin de traduire la Bible, et instruisent les habitants. Des écoles, mais aussi des soins médicaux enrichissent les stations missionnaires. La vie est parfois rude, même si les bâtiments remplacent peu à peu les huttes à Valdézia. Paul Berthoud perd sa femme et trois enfants, emportés par la maladie. Cela ne suffit pas à le faire plier: après un séjour en Suisse, il repart en Afrique, avec une nouvelle épouse. Les missionnaires font leur chemin, entre l’enthousiasme d’une conversion et le découragement. Parfois brusqués par les Boers, refoulés par des chefs locaux, épuisés de combattre les «débauches» dont ils accusent les Africains. Ces hommes appartiennent à leur époque. Au mieux, dans une veine évolutionniste, ils décrivent les Noirs comme un reflet de leur passé, un homme primitif qu’il faut protéger des dérives de la civilisation. «Frère Noir, qui demeures dans les ténèbres de tes superstitions et ta perdition, nous t’aiderons à t’élever», écrit le missionnaire Henri-Alexandre Junod. «Ils sont marqués par le paternalisme de l’époque. Ils se différencient de la colonisation par la mise en valeur de la personne humaine», commente Nicolas Monnier, pasteur et auteur de recherches sur le sujet.

Des récits aux Vaudois

La vision des missionnaires, premiers à se rendre en Afrique du Sud, marquera la Suisse romande, où les récits de leurs aventures sont largement diffusés. Parfois adaptés pour mieux trouver des fonds et créer des vocations, selon l’historien Patrick Harries. Les enfants écoutent ces histoires dans les écoles du dimanche, pendant que les adultes suivent les conférences des missionnaires de passage lors des soirées d’hiver, découvrent les bulletins et les albums illustrés, qui se lisent au-delà des cercles religieux.

 


 

Des institutions publiques ont succédé aux missions

Vestiges d’un autre temps marqué par l’impérialisme, les stations missionnaires n’ont pas été rayées du paysage africain. Elles ont changé de forme. L’école de Lemana datant de 1906 et l’Hôpital d’Elim (1899) sont devenus des institutions d’Etat. D’autres stations servent à la paroisse locale. En 2008, un Centre Junod a par ailleurs été inauguré au Mozambique, en l’honneur du missionnaire et anthropologue Henri-Alexandre Junod, qui a étudié l’ethnie tsonga, implantée en Afrique du Sud et au Mozambique. Ce centre de documentation a été soutenu par la Coopération suisse (DDC). Et que reste-t-il de Valdézia? Un dispensaire en activité, à côté de l’église désaffectée.

Entre-temps, les églises africaines sont devenues autonomes. La décolonisation a eu lieu. L’apartheid aussi, qui a divisé les Eglises et les missionnaires suisses et africains.

Ce passé est aujourd’hui soigneusement archivé dans ses locaux historiques de Lausanne, devenus DM-Echange et mission au fil des évolutions. Au milieu du XXe siècle, les Eglises protestantes romandes décident de coordonner les activités missionnaires jusqu’ici indépendantes. Elles créent un Département missionnaire en 1963. Aujourd’hui, ne restent que ses initiales, pour montrer une évolution, la fin du paternalisme et l’idée d’être un lieu d’échanges entre le Nord et le Sud.

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