1910 - 2010

La Journée des femmes, aussi pertinente qu’il y a un siècle

Par Caroline Rieder le 06.03.2010 à 00:01

Lancée il y a cent ans, l’idée d’un jour dédié à la lutte pour les droits féminins a tenu bon.

1910. Le rendez-vous n’a pas toujours eu lieu un 8 mars. Il a changé de nom, de lieu et a connu des succès contrastés, mais il a tenu bon. La Journée internationale des femmes fête cette année ses 100 ans.

L’idée est lancée en 1910 par l’Allemande Clara Zetkin, lors de la deuxième Conférence internationale des femmes socialistes, à Copenhague. Dès 1911, de nombreux pays, dont très rapidement la Suisse, mettent sur pied leur Journée des femmes. Les associations ouvrières organisent des manifestations le 19 mars, notamment à Bâle, à Berne, à Bienne, à Saint-Gall ou à Zurich. Principale revendication: le droit de vote, bien sûr.

La première édition romande a lieu en 1914, à Genève. Elle réunit 600?participantes. Plus de 5000?personnes manifestent cette année-là dans le pays. «Un chiffre qui n’a pas été dépassé, même dans les années 1970 et 1980», note l’historienne Elisabeth Ryter dans l’ouvrage Drapeaux rouges?–?Foulards lilas, qui retrace l’histoire de cette journée. Dès 1917, les communistes fixent l’événement au 8 mars. Les femmes socialistes continuent à organiser leur édition, changeant de date chaque année.

Edith Piaf à Lausanne
A la veille de la Première Guerre mondiale, le rendez-vous devient une tradition dans plus de 100 communes suisses. Le catalogue des revendications s’élargit: journée de travail de huit heures, parité salariale, meilleure protection des droits des femmes. En 1946, des représentantes de près de 30 associations se retrouvent à Lausanne. Les organisatrices avaient vu grand et engagé Edith Piaf pour l’occasion! Cette édition marque un tournant. Jusque-là exclusivement organisées par la gauche, les journées deviennent l’affaire de tous les mouvements féminins. Ce même jour, lors d’une soirée organisée à Montreux, on note ainsi la participation du Groupe des mères de famille de Chailly.

Après un passage à vide dans les années 1950, la journée retrouve de la vigueur dès 1975. Les combats se poursuivent, malgré l’obtention du droit de vote. «Les droits politiques étaient une clé pour entrer dans la société, «la» clé, selon les suffragettes. Mais qui pouvait prévoir qu’il fallait tout un trousseau?» interroge la Lausannoise Simone Chapuis-Bischof. L’ancienne présidente de l’Association suisse des droits de la femme (ADF) milite depuis quarante?ans.

Parmi les grands moments, elle cite la Marche des femmes de Berne à Genève, du 1er au 8 mars 1993. Elle évoque aussi l’édition lausannoise de 1996. «Vingt associations ont voulu marquer un grand coup en hommage à l’édition de 1946.» Leur action s’intitulait: «Les raisons de la colère». Parmi celles-ci: les violences faites aux femmes, les inégalités salariales, l’accession à des postes à responsabilités. Comme le souligne la préface de Drapeaux rouges?–?Foulards lilas, «il est surprenant de constater qu’à l’exception du suffrage féminin la plupart des revendications formulées dès les débuts n’ont rien perdu de leur actualité».



Cent ans d’actions

1910 L’Allemande Clara Zetkin lance, à Copenhague, l’idée d’une Journée internationale des femmes.
1911 Des manifestations sont organisées dans de nombreux pays, dont la Suisse.
1914 La première édition romande réunit 600?personnes à Genève.
1917 La date du 8 mars est adoptée par les associations communistes. Les Etats s’y conforment petit à petit. L’ONU officialisera cette date en 1977.
1946 L’événement, organisé à Lausanne et à Montreux (voir document ci-dessous), sort du giron de la gauche.
1959 Droit de vote pour les Vaudoises.
1971 Droit de vote pour les Suissesses.
1982 Le 8 mars réunit 2000?personnes à Lausanne.
1991 Grève des femmes le 14 juin, Journée suisse des femmes.
1993 Marche des femmes de Berne à Genève.
2004 Veille des femmes à Berne, du 8 mars au 10 décembre.



Ce lundi 8 mars

Théâtre de rue à Lausanne, à midi et le soir. Le magazine 08?minutes sera distribué.

Dès 18?h, la Cinémathèque accueille un hommage à Carole Roussopoulos, vidéaste militante. 18?h: projection de Debout! Une histoire du Mouvement de libération des femmes; 20?h?30: Sois belle et tais-toi. 10?fr. le film, 16?fr. les deux.

Conférence-lunch à la Maison de la femme sur l’égalité des salaires, de 12?h à 14?h.

D’autres actions ont lieu ailleurs dans le canton, dès aujourd’hui.

Samedi 13 mars, à Berne, manifestation nationale de la Marche mondiale des femmes.

www.feminista.ch

www.clafvd.ch

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