Le secret bancaire attaqué, les affaires Kadhafi et Polanski, la votation antiminarets… La réputation de Dame Helvétie à l’étranger est passablement malmenée ces temps-ci. Mais une exposition arrive à point nommé – hasard du calendrier! – pour rappeler que notre pays attire encore et toujours les voyageurs, et cela depuis plus de deux cents ans.
«Charmes suisses», c’est le nom de l’exposition qui s’ouvre à la Bibliothèque nationale suisse, à Berne. Elle regroupe plus de 300 guides touristiques provenant de quatre continents. L’occasion de se souvenir que la Suisse fut l’un des premiers pays à se visiter avec un manuel de voyage que l’on glissait déjà dans les malles griffées du XIXe siècle!
Le tout premier guide touristique sur notre pays remonte à 1793. Ce Guide pour faire le voyage de Suisse de la manière la plus utile et la plus agréable est l’œuvre de Johann Gottfried Ebel, médecin allemand établi à Zurich.
Mais les voyages d’agrément existent depuis quelques décennies déjà. C’est la mode du «Grand Tour»: durant un an, les jeunes Anglais de la bonne société parcourent l’Europe pour se former et pour tisser des réseaux. Et ces aristocrates n’ont d’autre choix que de puiser leurs «informations» dans des récits de voyage personnels ou dans les œuvres romantiques: «Au début du XIXe, Byron magnifie le château de Chillon. Avant lui, Rousseau faisait de même avec les bords du Léman dans son roman La nouvelle Héloïse, explique Cédric Humair, maître d’enseignement et de recherche à l’UNIL et à l’EPFL, en charge d’un projet Fonds national sur le tourisme dans l’arc lémanique.
Il était une fois le rail
Dès les années 1800, l’amélioration du réseau routier helvétique va accélérer l’arrivée de nouveaux touristes dans notre pays. Place aux (grands) bourgeois! La mise à l’eau du premier bateau à vapeur sur le Léman est un atout. Mais c’est le développement du chemin de fer suisse, et sa connexion au réseau international, qui va vraiment provoquer l’essor foudroyant du tourisme et des guides (lire ci-dessous). Les manuels du voyageur contiennent désormais des informations pratiques et, surtout, mises à jour.
La naissance des guides Baedeker – une «bible» pour les germanophones – marque le début d’une industrie à succès, qui s’inspire des manuels de voyages de l’Anglais John Murray. Le premier Baedeker durch die Schweiz paraît en 1844. En France, les guides Joanne (ancêtres des Guides bleus Hachette) s’imposent. Puis Michelin, le fabricant de pneumatiques, sort en 1908 une édition spécifiquement consacrée à la Suisse. C’est le début du tourisme automobile.
Le guide «moderne» est maniable, léger et résistant. Qu’y trouve-t-on? «Beaucoup de clichés, mûris sur deux siècles, dont l’industrie touristique s’est emparée pour vendre la Suisse, et qui ont fini par constituer son image», résume Beat Gugger, commissaire de l’exposition. Les paysages montagneux restent ainsi l’attrait n° 1 du pays à travers les siècles.
Ah, l’air des Grisons…
En hongrois ou en anglais, on vante les sommets enneigés, l’art de consommer la fondue, les palaces montreusiens ou le charme de Sils Maria. «L’air en Engadine est si sec que depuis les hauts de Saint-Moritz et jusqu’à Soglio, dans le val Bregaglia, la viande sèche par sa seule action», apprend-t-on dans le Baedeker, 1862… Un guide qui invente en 1907 la notation par étoiles des curiosités dignes d’intérêt. Un classement étoffé plus tard par le Michelin (jusqu’à 3 étoiles), puis repris par l’industrie hôtelière. Les cinquante dernières années ont vu naître pléthore de guides spécialisés: la Suisse à vélo, Zurich by night, les plus beaux spas ou les meilleurs golfs.
Cette expo confédérale au fort accent alémanique fait malheureusement l’impasse sur une institution pour les voyageurs francophones: le célèbre Guide du Routard!
«Charmes suisses», la Suisse au travers des guides de voyage. Bibliothèque nationale suisse, Berne. Du 12 mars au 27 juin. www.nb.admin.ch/aktuelles
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