C’est cette année-là qu’est érigé le monastère qui deviendra l’abbaye de Saint-Maurice d’Agaune. Les religieux qui l’occupent depuis lors se targuent de former la plus ancienne communauté encore en exercice dans l’Occident chrétien. L’institution fêtera bientôt – en 2015, autant dire demain! – son 1500e?anniversaire. Elle vient de s’offrir un sacré cadeau, juste avant l’heure. Un album paléographique présentant, dans le détail, trente documents tirés de ses précieuses archives. Des parchemins produits ou reçus entre le VIe et le XVIe siècle, et conservés depuis dans les entrailles du célèbre couvent. «Ce sont dix siècles d’écriture en nos murs!» s’extasie Jean-Paul Duroux, président de la Fondation des archives historiques de l’abbaye de Saint-Maurice. Celle-là même qui, depuis dix ans, dépoussière, restaure, traduit, inventorie, analyse et numérise les milliers d’écrits en possession des chanoines valaisans. Un site internet (www.aasm.ch) permet déjà aux généalogistes, historiens et chercheurs, mais aussi au grand public de consulter des centaines de milliers de pages d’archives. Le coffret Ecrire et conserver, tiré pour l’heure à 800?exemplaires, vise lui aussi à montrer la richesse de ce patrimoine.
Elaboré en collaboration avec les Universités de Lausanne et de Savoie, cet ouvrage est plus qu’un manuel pédagogique destiné aux étudiants en paléographie. «Il fait entrer le lecteur dans le monde des sources médiévales tout en le plongeant dans la longue histoire de l’abbaye», souligne Bernard Andenmatten, maître d’enseignement à l’UNIL. Chartes, registres, contrats, diplômes et testaments en latin sont tous traduits en français et abondamment commentés.
«Ces documents ont aussi une valeur esthétique incontestable», ajoute l’archiviste Germain Hausmann, collaborateur scientifique de la fondation agaunoise. Et de désigner un privilège délivré par le page Innocent II, en 1135. «A cette époque, on dessinait les lettres plus qu’on ne les écrivait. Ensuite, l’écriture s’est individualisée au fil des siècles.»
Coffret vendu au prix de 48?fr. (plus frais d’expédition).
AUTHENTIFICATION DE RELIQUES
VIe-VIIe siècles Les plus anciens écrits en possession des chanoines de Saint-Maurice sont des documents identifiant de saintes reliques. «Abritant les sépultures des nombreux martyrs de la légion thébaine, l’abbaye participait probablement à un important trafic de reliques de saints étrangers, acquises par dons ou par échanges», commentent les auteurs de l’ouvrage. Les inscriptions – comme Sancto Sulpicio (saint Sulpice) – sont formées en lettres mérovingiennes.
CORRESPONDANCE PRESTIGIEUSE
En 1018, le roi Rodolphe III de Bourgogne restitue à l’abbaye de Saint-Maurice un grand nombre de biens qu’il lui avait soustraits, de Commugny à Naters, en passant par Pully, Vevey et Ollon.
En 1227, le comte Thomas de Savoie concède au monastère la somme de «cent sous mauriçois» pour assurer l’illumination des cierges qui doivent brûler jour et nuit devant la châsse de saint Maurice.
En novembre 1373, le roi de France Charles V annonce à l’abbé de Saint-Maurice le décès d’un ancien prieur de Senlis – une chapelle royale destinée à conserver des reliques de saint Maurice – et lui demande la confirmation du choix de son successeur.
GESTION SEIGNEURIALE
En 1268, le sacristain de l’abbaye concède à un particulier un moulin situé à Lavey, à condition «que lui et ses héritiers lui versent chaque année 14 coupes de froment». Ce parchemin en lui-même n’a que peu de valeur, selon l’archiviste Germain Hausmann, «mais la plume et le sceau qui y sont accrochés datent eux aussi de 1268».
En automne 1439, soit au terme des récoltes, un chanoine rend compte des recettes qu’il a perçues (en espèces et en céréales) pour l’abbaye dans la paroisse d’Ollon. On apprend ainsi que Jean Truchard lui a versé 5 sous et 5 deniers…
JUSTICE
En 1330, le juge savoyard du Chablais instruit une procédure contre des hommes des Ormonts qui ont commis des violences sur l’alpage de Bretaye, au détriment des bergers et du bétail dépendant de la maison abbatiale de Saint-Maurice, à Ollon.
En 1435, l’abbé de Saint-Maurice grâcie un certain Rolet Barbaryn, de Salvan, qui s’était autrefois rebellé contre son autorité. La sentence? Résider à perpétuité au monastère. L’hérétique en sortira après sept années… «Cette charte s’inscrit dans l’affirmation de l’inquisition en Suisse romande et dans le développement de la sorcellerie dans les Alpes occidentales au XVe siècle», estiment les auteurs.
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