CHANSON FRANCAISE

M’sieur Eddy fait son cinoche

Par FABRICE GOTTRAUX le 14.11.2009 à 00:01

Dans Grand Ecran, Eddy Mitchell reprend des classiques liés au septième art.

Grand Ecran. Le titre du nouvel album d’Eddy Mitchell suggère de vastes plaines en Cinémascope, arpentées par des cow-boys solitaires. Pas étonnant, donc, si on trouve parmi les nombreux films cités dans ce 46e?disque tourné vers le cinéma, Pat Garrett et Billy le Kid ou Le train sifflera trois fois . Le septième art, on sait à quel point «Schmoll» affectionne, qu’il soit acteur ou spectateur – on notera en passant la boulimie du Monsieur, 67?ans, avalant de la fiction sur son Home Cinema jusqu’à s’envoyer La jeunesse des X Men . Qui l’eût cru…

Pour le coup, ce sont les chansons intégrées dans ces films qui l’ont séduit. Des standards, américains surtout. Comme Frappe aux portes du paradis, d’après le Knockin’ on Heaven’s Door de Dylan repris au générique de Pat Garret, (Sam Peckinpah, 1973). Ou Celui qui est seul, d’après Only the Lonely du crooner Roy Orbison, repris dans American Gangster (Ridley Scott, 2007).

Melody Gardot et Johnny Cash

Alors, «M’sieur Eddy», toujours envie de cinoche? Imperturbable, l’homme est assis derrière son bureau parisien. Murs noirs, affiches de film. Pour poser son micro, on écarte la paperasse. Pour le moment, M’sieur Eddy scrute à deux centimètres de son nez un DVD reçu le jour même. Une réédition d’Anna, de Pierre Koralnik (1967), avec lui-même dans son propre rôle… «Tiens, peut-être qu’ils m’ont remis au générique. A l’époque, on avait jugé ma prestation trop… pornographique!»

Sourire discret. Retour à Grand Ecran. «J’ai été inspiré par les chansons, pas par les films. Par exemple, Je t’appartiens, de Bécaud, un gros succès aux Etats-Unis à la fin des années 50, j’avais vraiment envie de la faire. En revanche, le film dans lequel elle apparaît, Stardust, n’est pas d’un intérêt fou. C’est le même cas pour Avril à Paris

Où l’on croise l’enfantin Magicien d’Oz et sa célèbre mélodie Over The Rainbow , chantée en duo avec Melody Gardot, aussi bien que Joe contre le volcan , «une bouse avec Tom Hanks». Mais il y a des hasards heureux, dit-il: «Le film I Walk the Line avec la chanson de Johnny Cash, là, y a pas de souci!»

Et Eddy Mitchell ne s’est pas gêné de s’amuser un peu: la bluette Garde moi la dernière danse (rien qu’à l’évoquer, il se marre), Eddy l’a proprement «chahutée». «Lorsque je choisis une chanson, passé l’enthousiasme, c’est de la réflexion. Est-ce que le texte n’est pas vieillot? Est-ce que je vais être crédible? Ça a aussi été un travail difficile pour avoir l’acceptation des ayants droit. Pour Dylan, il a fallu passer par Dylan! Son Knockin’ on Heavens Door est un poème, pas vraiment traduisible, tandis que moi je raconte la séquence d’un film.»

D’autres chansons, d’autres séquences encore. Pour finir sur Midnight Cowboy . «Je vois très bien le générique. Le vent qui soulève les journaux, la poussière, le thème qui arrive, Everybody’s Talkin’ … Quand la musique devient un personnage du scénario, c’est le rêve.»

 


 

Big band à gogo

Grand Ecran propose des reprises de standards «humanisées», enregistrées d’un seul tenant, avec un big band américain et un minimum d’effets de studio. Le tout sur des arrangements à la manière de Count Basie, essentiellement. C’était la feuille de route que s’était imposée le chanteur de La Dernière séance. Cette fameuse «dernière» est d’ailleurs la seule chanson du Français présente sur le disque. Elle apparaît à la fin, en clin d’œil à la disparition des salles de ciné d’antan. Conclusion logique de cet album tourné vers le cinéma, certes, mais surtout les chansons des années 50 et 60. Renvoyant à l’âge d’or des crooners, les orchestrations ne sont toutefois pas dénuées d’humour. M’sieur Eddy est un érudit, et aussi un sacré pince-sans-rire. On aime.

Eddy Mitchell, Grand Ecran, Universal (sortie lu 23 novembre).

Sa tournée d’adieu passera par Genève, Arena, le 11 déc 2010. Billets en vente, Fnac, TicketCorner

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