Il y a celui, retors, qui la raccompagne chez elle En toute amitié, sur le tempo badin d’un single efficace et évolutif. Celui qui «a l’air viril mais [dont les] mains sont moites» et celui «qui est subtil mais qui vote à droite» (Mon second). Celui, même, qui l’a demandée en mariage, avant de retrouver ses habits d’amant et peut à nouveau la «prendre dans la voiture sans ceinture» et «dans le jardin sans les mains»!
Sexy Jeanne, donc, qui ose jouer les divas dénudées en pochette. Elle ne craint pas d’empoigner l’ensemble des instruments pour bricoler ce quatrième disque étonnant qui va plus loin que le pari vocal – que Cherhal maîtrise absolument, jouant sur les chœurs, à la tierce, à la quinte et en d’autres équations de solfège érudit pour un résultat pourtant digeste. Idem pour la base instrumentale, chiche, privilégiant toujours les claviers mais mobilisant des brindilles electro, électriques ou étranges, mais toujours au service de l’esprit de la chanson: synthé piquant sur Certains animaux, piano solennel sur Mon corps est une cage aux faux airs de gospel, effleurement de noires et de blanches sur la comptine Hommes perdus.
Perdus ou non, tous les mecs de la chanteuse sont à la parade pour colorier un disque d’une intelligence rare, valsant entre les sentiments qu’elle fouille au corps et au cœur, jusqu’à la splendide chronique adolescente de ses Cinq ou six années «d’un âge imbécile et désespéré».
Jeanne Cherhal, Charade, distr. Universal.
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