Tout en douceur au sortir du week-end, Jaël Krebs est l’excellent moyen de démarrer un lundi matin: calme, décontractée, souriante, la demoiselle au micro de Lunik empoigne son marathon promo sans trop de stress, et un café sur la table. Small Lights in the Dark, son sixième album, vient tester la bonne santé commerciale du quatuor bernois, parmi les rares gros vendeurs nationaux, dans un registre de pop moins méchante qu’un cachet d’aspirine, où la jolie trentenaire peut laisser libre cours à ses humeurs mélancoliques.
Musicienne à plein-temps, ses week-ends sont sans surprise occupés par des concerts. Les siens ou ceux des autres. «Il y a deux semaines, j’étais à une performance de flamenco. Vendredi dernier, je suis allée écouter le groupe de mon frère, Anger, un truc plutôt hard rock. Le lendemain, c’était une soirée à l’opéra avec mes parents. J’aime la musique, toutes les sortes, même si j’apprécie aussi le théâtre, le ballet et le cinéma – surtout avec la 3D! J’ai adoré Avatar. C’est une bonne manière de ramener les gens dans les cinémas et de payer pour un film. Ce que la musique ne réussit plus à faire malgré ses tentatives d’innovations techniques.»
Née à Berne en 1979, la chanteuse conserve une affection sans faille pour «sa» ville. Elle réside encore près de l’Aar et cite la capitale helvétique comme son repaire favori pour les fins de semaine. Farniente au programme, hormis ses loisirs culturels. «Le sport, c’est tous les jours, si possible. Du jogging près de l’Aar. C’est important pour la scène mais aussi pour ma santé en général – j’ai eu pas mal d’allergies pulmonaires étant jeune. Mais je ne fume pas!»
Pas de clope et plus d’alcool. Jaël Krebs ne tombe pas dans les clichés de la popstar défoncée, plutôt dans ceux de la jeune fille lambda qui «consomma» du clubbing au sortir de l’adolescence puis, bien installée dans une relation avec son compagnon, trouve moins de plaisir aux lights des discothèques. «J’ai eu ma période party girl. Mais, depuis deux ans, le week-end est synonyme de repos avec mes amis et ma famille. J’ai remarqué que plus je voyage avec le groupe, plus j’apprécie de rester à la maison avec ceux que j’aime.» Lunik n’est qu’une histoire de boulot? «C’est une amitié… en construction. Hormis Luk, qui est là depuis le début, en 1997, le groupe a connu beaucoup de membres.»
Par son succès en territoires germanophones, une distribution européenne et plusieurs tournées, Lunik a permis à sa chanteuse de voir du pays. Ceux du Nord, dont elle chérit particulièrement les villes scandinaves, Oslo, Bergen, Copenhague, Malmö, etc. «C’est une belle langue, le norvégien!» Mais inutile de chercher une origine viking à la blondeur et aux yeux bleus de Jaël. Pour un week-end romantique, on reste sur les rivages de la mer du Nord: ce sera Amsterdam. «Mon ami y a étudié, je suis souvent allé le retrouver là-bas. C’est une ville qui évoque beaucoup de bons souvenirs.»
Quid de Paris, ses bateaux-mouches, ses canotiers et les ruelles de Montmartre? «Je connais mal la France. J’y ai peu voyagé et Lunik n’y a jamais fait de concert. En revanche, mes parents ont acheté une maison en France, au milieu de nulle part, près de Moulin. Il n’y a rien alentour, à part des moutons et des vaches. Il faut environ six heures de voiture pour s’y rendre, c’est plus une destination de vacances que de week-ends. Mais Paris est une ville à découvrir à deux, c’est vrai. Tu peux le mentionner dans l’article, je pourrai l’utiliser pour proposer subtilement l’idée à mon ami!» (Rires)
– Lunik est un exemple rare de groupe de pop suisse capable d’offrir un salaire à ses musiciens. Mais en vivez-vous bien?
– Aujourd’hui, oui. Je suis musicienne à 100% depuis 2003. C’était dur au début, lorsque nous avons décidé, Luk et moi, de ne nous consacrer qu’à ça. On a serré nos ceintures mais, depuis quelques années, la SUISA (ndlr: l’organisme suisse chargé de récolter les droits d’auteur, principalement concerts, supports sonores et diffusion radio/télé, de ses musiciens membres) nous permet un salaire mensuel correct. Notre album de 2006, Preparing to Leave, a été disque de platine (ndlr: 30?000?ventes), cela permet une bonne rentrée d’argent. Mais ça se gère. Je sais qu’une année de sortie d’album me permettra de compter à 50/50 sur les droits de concerts et de disques, mais que je devrai mettre de côté pour des années moins fastes où je vivrai surtout des concerts – avec Lunik, mais aussi avec d’autres collaborations comme MiNa, notre projet parallèle avec Luk, Schiller, un groupe electro allemand, ou Delirium, des Canadiens que j’ai suivi en tournée.
– Le nouveau CD ne compte pas moins de 12 photos de vous dans son livret! Le faites-vous par goût ou par obligation stratégique?
– J’aime bien faire les photos, j’avoue. C’était une session marrante, à Amsterdam, avec un ami photographe. Mais sinon je n’adore pas être reconnue. Je peux gentiment répondre à un compliment dans la rue mais je ne suis pas toujours d’humeur pour de longues conversations. Beaucoup de gens pensent qu’ils te possèdent parce qu’ils ont acheté le CD sur la pochette duquel tu te trouves.
– Vous vous sentez plus chez vous à Genève ou à Düsseldorf?
– Je ne connais pas très bien la Suisse romande, mais je m’y sens toujours bien. C’est un peu convenu à dire mais la barrière de la langue me permet d’être différente sur scène: en Suisse alémanique, je suis très énergique, volontaire; ici, je dois prendre garde à mon vocabulaire et ça me rend plus douce dans mon attitude, plus posée.
– Votre maîtrise du français, pourtant, est remarquable.
– J’ai fait l’Ecole normale pour devenir maîtresse, c’est là que j’ai appris le français mais j’ai beaucoup perdu.
Lunik, Small Lights in the Dark, distr. Sony.
En concert aux Docks, Lausanne, le 13 mars. www.lesdocks.ch.
Rosengarten
«La destination classique pour se balader en nature tout en surplombant Berne. On a une vue splendide sur la vieille ville.»
??Depuis la gare de Berne, bus No 10 jusqu’à la station Rosengarten.
Ringgenberg
«Un restaurant simple dont j’aime l’atmosphère. On y mange de tout.»
??Kornhausplatz 19, Berne. 031?311?25?40
Centre culturel Progr
«Un excellent lieu de découvertes musicales plutôt axé world. On n’est jamais déçu.»
??Waisenhausplatz 30, Berne. www.progr.ch
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