CHANSON

Jacques Higelin a encore l’âge d’un "Coup de foudre"

Par NICOLAS MESSAGER le 13.02.2010 à 14:35

Eternel adolescent de 69?ans, le chanteur sort un nouvel album. Rencontre.

Se rendre sur le lieu de naissance de Coup de foudre, le nouvel album de Jacques Higelin, c’est monter un escalier qui craque un peu. Alors il faut marcher doucement pour ne pas déranger. En haut de l’escalier en colimaçon, l’immense grenier d’une ferme alsacienne. Plus qu’un grenier, en fait, le studio d’enregistrement que Rodolphe Burger, le chanteur de Kat Onoma, a installé dans son village. Ici, pas de lumière rouge quand les musiciens sont en pleine prise, on entend juste la musique qui s’échappe, alors on redescend les marches en attendant la fin de la prise.

C’était ici déjà que Jacques Higelin était venu donner naissance à son précédent album, Amor Doloroso, disque d’une renaissance longtemps espérée après huit ans sans chansons originales. Une traversée du désert entrecoupée d’un album hommage à Trenet et qui s’est achevée là, à Sainte-Marie-aux-Mines.

Alors, au moment de concevoir ses nouvelles chansons, Higelin est revenu ici, dans cette Alsace dont est originaire sa famille (il confesse même que son père et ses grands-parents en ont toujours gardé l’accent), retrouver ce qui semble bien être sa nouvelle tribu. Et ça lui réussit.

Révolté perpétuel

Car il vient de loin, Jacques Higelin, du rock poétique des années 70, sorte de bonimenteur funambule s’ébouriffant la tignasse, révolté perpétuel obsédé par l’amour et les mots. Eternel enfant citant à la fois Hugo et Rimbaud, Bashung et Dylan.

Dans son tout nouveau Coup de foudre, il retrouve donc ses obsessions de toujours, sans se répéter. «Il faut s’inspirer, jamais imiter, explique-t-il, c’est ce que j’ai voulu faire passer à mes enfants. Et aujourd’hui, ce sont eux qui me font découvrir la musique.» Il s’avoue ainsi bluffé par sa fille, Izia, qui a sorti l’année dernière un disque de rock brut en anglais «à l’énergie folle»: «Quand je l’ai vue sur scène en première partie de Motörhead, en train de tenir tête aux hard rockeurs, j’étais scotché.»

Nouvelles chansons

Ses nouvelles chansons à lui sont des petits bijoux d’écriture où il joue avec les sonorités (le quasi-rap de Qu’est-ce qu’il se passe à la caisse?), où il se mesure à la mort (Kyrie Eleison), où il secoue la misère (Hôtel Terminus). Il replonge dans son enfance aussi avec un New Orleans tout en cuivres, où il brosse en quatre couplets et trois minutes l’itinéraire d’une danseuse créole jusqu’à Harlem, convoquant au passage Duke Ellington, Louis Armstrong et Buddy Bolden. «J’ai voulu tout mettre dans New Orleans: les défilés, les bars, la fumée, les gangsters, les filles sexy… Et c’est ça qui est beau dans une chanson: c’est tellement condensé, tellement ramassé… J’ai pas pu caser Sydney Bechet mais j’aime ça, être enfermé dans ces contraintes d’écriture, dans une construction que j’ai moi-même forgée…»

Et cette construction-là se termine en clin d’œil autobiographique par un petit garçon de 10?ans écoutant en 1950 au phonographe de la «musique noire révolutionnaire». Souvenir d’une passion clandestine: «Et mon père qui me disait: «Mais pourquoi tu écoutes cette musique de nègres?»

Ses coups de griffe

Mais Higelin ne serait pas Higelin sans ses coups de griffe au monde qui tourne à l’envers. S’il égratigne la télé-poubelle («du mou de veau pour les chiens»), son plus beau pied de nez est sans doute la reprise, plus de trente après, d’un de ses titres phares, Aujourd’hui la crise. Ce qui, en 1976, lors de la sortie de l’album Alertez les bébés, n’était qu’un hymne encore insouciant, prend en 2010 une résonance grinçante: « C’est dur aujourd’hui, la crise, demain ce s’ra vachement mieux. Selon le chanteur, c’est juste que «le morceau plaisait aux musiciens». On ne jurerait pas pourtant que l’ironie d’une telle reprise lui ait complètement échappé…

Sondage

Du vin étranger à la Cantonale des chanteurs, choquant?




Service clients

Contact
  • Abonnement et renseignements
    Nous contacter lu-ve 7h30-12h / 13h30-17h
    Tél. 0842 824 124, Fax 021 349 31 69
    Depuis l'étranger: +41 21 349 31 91
    Adresse postale:
    Service clients CP 585 - 1001 Lausanne

Bébé

Supplément partenaire

Sondage

Dix ans après, comment jugez-vous Expo.02?




Le monde en images

Sondage

Faut-il abolir la «lex Koller», qui limite la vente des résidences secondaires aux étrangers?