Vingt-cinq millions de crève-la-faim aux Etats-Unis. Dont 9 millions d’enfants. Bob Dylan veut les nourrir cet hiver. En reversant aux bonnes œuvres les royalties de Christmas in The Heart , son nouvel album entièrement dédié aux chants de Noël.
Une mention brève aurait suffi, n’était le contenu inhabituel pour un disque de Dylan. Les chants de Noël, de longue date, sont un passage obligé pour les vedettes américaines, de Sinatra aux Destiny’s Child (lire ci-dessous). Beaucoup de guimauve, en général… Voici qu’il nous est donné d’apprécier Little Drummer Boy sans renier de facto son intérêt pour l’esprit rugueux du folk.
Christmas In The Heart. Noël dans le cœur. Titre totalement convenu pour ce disque de Dylan, qui aligne quinze chansons traditionnelles qui accompagneront la bûche. Des thèmes anglo-américains tels que Here Comes Santa Claus (1947) ou d’origine européenne. Ainsi de O’Come All The Faithfull, soit Adeste Fideles, chant chrétien dont l’origine remonte au Moyen Age. L’accent nasillard de Bob Dylan sur le refrain «Venite Adoremus» est un must du chant religieux.
Maintien des éléments qui lui sont chers
Bien sûr, le musicien n’allait pas se contenter de l’habituelle orchestration dénuée d’aspérités servie dans ce genre d’occasions. Conviant les éléments qui lui sont chers, Dylan a mis un accordéon sudiste sur Must Be Santa, un piano gospel sur Silver Bells et une pedal steel sur Christmas Island. Avec les chœurs country en prime, l’ensemble a du panache. Simple exercice de style? Contrairement aux albums de ses nombreux prédécesseurs, Christmas In The Heart n’est pas dénué de distance critique, comme le suggère la pochette du disque: face, un traîneau d’Epinal; pile, la pin-up d’après-guerre Betty Page, apprêtée pour le 24 décembre. Entre deux, un orchestre de Pères Noël au repos, probablement dans un grand magasin.
Regards usés, costumes standardisés contre boules scintillantes. On craignait une nouvelle crise religieuse de Dylan. Il n’en est rien.
Bob Dylan, Christmas In The Heart, distr. Sony.
Increvables Christmas albums
On dit que le Père Noël tel qu’on le connaît, gros barbu sympa tout rouge et blanc, a été inventé par Coca-Cola en 1931 pour une campagne de pub. Avant de conquérir l’imaginaire mondial. Depuis, entre les fêtes de fin d’année et l’industrie américaine – showbiz compris –, c’est l’amour.
Chaque année, le Bon Enfant lâche dans les cheminées des disquaires des dizaines de nouveaux Christmas albums, et c’est bingo.
Ça a commencé dès les années 1940, avec les crooners type Bing Crosby, Sinatra ou Dean Martin (il faut entendre ce dernier, alcoolique notoire, chanter Rudolph the Red-nosed Reindeer ivre mort!), ça a continué avec Elvis’ Christmas Album, classique absolu, et ça ne s’est jamais arrêté; dans les nineties, Mariah Carey a écoulé 12 millions de son gluant essai.
Si de rares courageux se sont risqués à des compos originales (comme les Anglais de Wham! avec leur Last Christmas, en 1984), le répertoire est quasi fixe: White Christmas, Little Drummer Boy, Jingle Bells… La réalisation importe à vrai dire assez peu. En fait, pour un artiste américain, pas d’immortalité sans galette de Noël. Elle fait dorénavant partie de la culture, au même titre que le hamburger ou les voitures qui consomment trop. Ou le Coca-cola.
GREGORY WICKY
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