ÉCOLOGIE

La compensation du CO2 se joue de la crise

Par ANNE-ISABELLE AEBLI le 06.01.2009 à 00:01

Imperméable aux inquiétudes financières, la compensation volontaire du gaz à effet de serre ne cesse de faire de nouveaux adeptes. Pour certaines entreprises, elle est même un argument de vente. Et, de l’avis de nombreux convaincus, elle pourrait sortir grandie du marasme financier.

«On ne peut pas dire que l’on sent la crise financière pour le moment!» se réjouit Kathrin Dellantonio, responsable des ventes et de la communication de Myclimate.org. Malgré les incertitudes actuelles, la compensation volontaire du CO2 a de beaux jours devant elles, d’après les résultats enregistrés par l’organisation suisse active dans ce domaine. Après avoir quadruplé entre 2006 et 2007, elle a doublé en 2008, couvrant 200?000?tonnes, soit l’équivalent de la production d’une ville comme Morges ou Vevey, tous habitants compris.

Un atout commercial

Cet engouement se manifeste autant dans le secteur des entreprises que parmi les particuliers. Le portail internet Romandie.com s’est engagé dans cet axe en octobre dernier, en soutenant un projet de reforestation de l’Amazonie par l’intermédiaire de l’association Aquaverde. «Cela a d’abord été un choix personnel, en tant que responsabilité d’entreprise, explique Stéphane Pictet, directeur de Virtual Network SA, société éditrice du site. Nous voulions avoir une activité aussi neutre que possible, écologiquement.
D’autre part, le choix des consommateurs se porte de plus en plus sur des services et produits écologiquement responsables.»
Le label «vert» est devenu important dans le monde du commerce, particulièrement dans celui d’internet. «Il fait peut-être encore plus la différence en période de crise», souligne Raphaël Domjan, l’un des fondateurs d’Horus, hébergeur de sites internet neuchâtelois qui s’est doté d’une centrale photovoltaïque pour couvrir ses besoins en électricité et limiter, ainsi, sa production de CO2. «Les gens ont compris que le développement durable est un atout. Et leur site internet, c’est la vitrine de leur entreprise.» Une vitrine «propre», c’est donc un bonus supplémentaire!

Un intérêt particulier
Du côté des particuliers, Myclimate.org – qui gère notamment les compensations en CO2 de l’aéroport de Genève et de nombreuses agences de voyages – ne dispose malheureusement pas de statistiques précises. Seule certitude: le nombre de convaincus se chiffre en «dizaine de milliers», selon Kathrin Dellantonio.

La société d’auto-partage Mobility confirme cet intérêt. «La part de kilomètres compensés a plus que doublé entre 2007 et 2008, relève Janine Margiotta, responsable de la communication. 22,9% des kilomètres parcourus par les clients et 100% des trajets de service étaient déjà compensés entre janvier et novembre 2008, contre 11,3% en 2007 et 4,8% en 2006.» Et de préciser: «La crise de ces derniers mois n’a pas eu d’impact sur les choix des clients, qui paient volontairement un supplément de 2 centimes par kilomètre parcouru.»

En France, «les cartes de compensation CO2 destinées aux automobilistes ne marchent pas très bien, mais ce n’est pas lié à la crise. Les gens ne s’y intéressent pas, nous ignorons pourquoi», constate Anne-Laure Marchand, responsable du bilan environnemental chez Nature & Découvertes. Le spécialiste du cadeau qui a du sens, dont la première échoppe suisse ouvrira cette année à Lausanne, a ancré le développement durable dans son fonctionnement.

Nouveau paradigme
Quelle que soit l’ampleur de la récession, «nous ne ferons pas d’économies sur l’environnement, au contraire!» affirment dans un même élan Anne-Laure Marchand, Raphaël Domjan et Stéphane Pictet.

Les deux premiers sont mêmes convaincus que la crise sera bénéfique à la protection de la planète. «C’est une opportunité, note le Neuchâtelois. Avant, nous n’avions qu’un problème sur les trois piliers du développement durable: l’environnement. Maintenant, il y en a un deuxième: l’économie.» «La crise va inciter les gens à réfléchir à leur consommation, note la Française. La considération environnementale fait partie intégrante du sens qu’ils recherchent. Nous sommes en train de changer de paradigme, pour le bien de tous.»

www.myclimate.org www.aquaverde.org www.romandie.com
www.horus.ch
www.mobility.ch
www.natureetdecouvertes.com



Etes-vous «Kyoto compatible»?

Nos modes de vie ont un impact direct sur notre production de gaz à effet de serre, mais lequel? Et comment le modifier? Basée à Fribourg, La Revue Durable a lancé «Le climat entre nos mains», site internet permettant à chacun de faire son bilan personnel et de trouver des pistes pour l’améliorer. «Compromis entre simplicité et exactitude», selon Sylvia Generoso, chargée de projet, un calculateur permet de se donner une idée générale de l’impact de nos habitudes sur notre consommation de CO2. Simple et rapide, il débouche sur des propositions de modifications pour devenir «Kyoto compatible» – ce qui représente une diminution de 8% de notre production de gaz à effet de serre par rapport à la moyenne nationale – ou «Kyoto?+» (-30%).

«Nous avons retenu les 18 actions les plus efficaces, explique la responsable. Certaines sont faciles, comme consommer des fruits et légumes de saisons; d’autres sont plus difficiles, par exemple changer sa chaudière. Le but est de permettre aux gens de prendre conscience de leurs dépenses énergétiques et de les encourager à agir, en s’engageant d’abord par des actions simples, celles qui sont le plus faisables pour eux.»

En ligne depuis la fin de l’été mais officiellement lancé en décembre, Le climat entre nos mains propose encore des lettres types à envoyer aux décideurs afin de les encourager à agir en faveur du climat.

www.leclimatentrenosmains.org

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