AFFAIRE LÉGERET

Un limier sur les traces de la boulangère

Par RAPHAËL DELESSERT le 23.02.2010 à 18:20

Un détective privé enquête depuis vendredi dernier sur Jacqueline Albanesi, ancienne employée de boulangerie à Vevey dont le témoignage renverra F. L. devant les juges. La sexagénaire se dit sereine.

«Ils essaient de me foutre la pression, mais je reste calme. Vous savez, je suis blanche comme neige. Et je suis certaine non pas à 100%, mais à 200% de ce que j’avance.» Traquée par un détective privé, Jacqueline Albanesi ne perd ni son franc-parler, ni sa pugnacité. Aujourd’hui, elle nous a répété ce qu’elle clame depuis plus d’un an: le 24 décembre 2005, peu avant 17?h, l’ancienne employée de boulangerie a servi derrière son comptoir Ruth Légeret et sa fille Marie-José. A une heure où, selon le scénario de la justice, les deux femmes auraient dû être mortes sous les coups de F.L., le fils de Ruth.

Conséquence de ce témoignage tardif, F.L. sera rejugé dès lundi prochain à Lausanne (24?heures de lundi). Et dix jours avant cette échéance très attendue, un détective en quête d’informations sur Jacqueline Albanesi a sillonné le quartier veveysan où vit la retraitée, a relaté hier soir la TSR.

Au bout du fil ce matin, le limier, qui vit sur les hauts de la Riviera, a confirmé sa mission: «J’ai été mandaté pour enquêter sur cette dame, mais je ne vous dirai pas par qui. D’ailleurs, je ne vous dirai rien de plus.» A Vevey, on murmure que c’est le frère de F.L., «désireux de bénéficier du colossal héritage familial» – et donc soucieux que l’accusé reste en prison – qui aurait sollicité le détective: contactée, son épouse n’a pas souhaité s’exprimer à ce sujet.

Une démarche légale

A Lausanne, le procureur général Eric Cottier est plus disert: «Ce n’est évidemment pas le ministère public qui a fait appel à un détective privé. La loi ne l’interdit toutefois pas aux autres parties, pour autant que les droits individuels des personnes concernées soient respectés et que le procédé respecte la loi. Je n’ai pas le souvenir que ce soit déjà arrivé dans une procédure pénale.»

Le détective pourra-t-il être appelé à la barre la semaine prochaine? «On peut imaginer que le détective établisse un rapport, remis au tribunal, avec ou sans audition à l’audience. D’une manière générale, face à l’enquête officielle, de tels procédés privés auront à mon avis peu de poids aux yeux des juges.»

De son côté, Robert Assaël, l’avocat de F.L., ne cache pas sa stupeur: «Je suis abasourdi. Une telle enquête privée, secrète et unilatérale revient à faire pression sur un témoin important et à le déstabiliser, ce qui est un acte intolérable et grave, surtout dans un procès aussi sensible. Des éclaircissements s’imposent: qui a ordonné cette enquête? pour quelles raisons? Celui qui a engagé détective prend des risques que la justice finit nécessairement par sanctionner. J’attends de celui qui l’a mandaté qu’il se désigne sans attendre.»

 


 

«Le détective est venu me voir: je l’ai envoyé balader»

«Personnellement je l’ai envoyé balader, déclare Cathy Spina, responsable de la boulangerie où a travaillé de longues années Jacqueline Albanesi. Je considère ce genre de pratiques extrêmement malsaines. Alors que le procès va se dérouler la semaine prochaine.»

La jeune femme ne sait pas qui a mandaté le détective et ne veut pas le savoir. «Il dit faire une enquête de voisinage et a essayé de contacter toutes les anciennes vendeuses qui ont travaillé avec Jacqueline.»

Enquête sur le passé de l’ancienne boulangère? Tentative d’intimidation à quelques jours de son témoignage dans le procès en appel de F.L.? «Je pense que c’est cette deuxième proposition qu’il faut privilégier, estime un témoin proche de l’affaire. Histoire de la rendre plus fébrile et de la faire craquer lors de son interrogatoire.»

Il semble que Jacqueline Albanesi «soit très affectée par cette filature». Patrick Delannoy, patron du restaurant Les Trois-Sifflets, a également eu un contact avec le détective: «Il n’était pas négatif. Je n’ai pas eu l’impression qu’il cherchait quelque chose de sensationnel. Il voulait surtout savoir si des gens la connaissaient et en apprendre plus sur elle. Il m’a quand même demandé à deux reprises si Mme Albanesi prenait des médicaments ou avait un problème avec l’alcool.»

Christophe Boillat

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