Dans un communiqué d'une page, la Haut Commissaire affirme que l'interdiction des minarets est «discriminatoire, divise profondément et est une décision tout-à-fait malheureuse pour la Suisse».
«J'hésite à condamner un vote démocratique», ajoute Mme Pillay, «mais je n'ai aucune hésitation à condamner des campagnes politiques alarmistes anti-étrangers qui ont lieu dans certains pays, y compris la Suisse, et qui contribuent à produire de tels résultats».
La Haut Commissaire note que le gouvernement suisse n'a pas soutenu l'initiative, mais souligne que l'interdiction d'une construction associée à une religion est clairement discriminatoire.
«Des politiciens qui ont proposé ce texte ont affirmé qu'il ne visait pas l'Islam ou les musulmans», poursuit Mme Pillay. «D'autres ont affirmé que l'interdiction des minarets pourrait améliorer l'intégration. Ce sont des affirmations étranges quand le symbole d'une religion est visé», ajoute la Haut Commissaire de l'ONU.
Elle se déclare «triste» que de tels arguments aient eu un écho suffisant auprès d'une large proportion de citoyens suisses de manière à leur faire oublier leur soutien de longue date aux droits de l'homme. Politiques dangereuses
«Des politiques basées sur la xénophobie et l'intolérance sont extrêmement troublantes, où qu'elles se produisent», souligne l'ex- juge sud-africaine et juge au tribunal international sur le génocide au Rwanda.
«Parfois, ces politiques sont dirigées contre des adhérents d'une religion particulière, comme dans ce cas, parfois contre des gens d'origine raciale et ethnique différentes. Cela a une action corrosive, et au-delà d'un certain degré, peut nuire à la cohésion sociale et peut même être dangereux», insiste la Haut Commissaire.
«Nous n'en sommes pas à ce point en Suisse, mais cette initiative, prise dans le contexte d'affiches scandaleusement xénophobes utilisées dans cette campagne et d'autres campagnes récentes visant les demandeurs d'asile, les migrants et les étrangers en général, fait partie d'une tendance extrêmement troublante», explique Navi Pillay.
«Je demande à tout le monde dans tous les pays de considérer cette question de la discrimination de manière extrêmement sérieuse. Si on leur permet de se développer, la discrimination et l'intolérance non seulement nuisent considérablement aux membres du groupe visé, mais aussi divisent la société dans son ensemble», affirme encore la Haut Commissaire.
Contraire au Pacte de l'ONU
Elle rappelle que la conférence de l'ONU sur le racisme, organisée à Genève en avril dernier, a mis en évidence l'augmentation des incidents d'intolérance raciale et religieuse, dont l'islamophobie et l'anti-arabisme, et a relevé de manière plus spécifique la stigmatisation des personnes basées sur leur religion et leurs croyances.
La Haut Commissaire rappelle aussi que, le 3 novembre, le comité des droits de l'homme de l'ONU a exprimé sa préoccupation à propos du vote organisé le 29 novembre en Suisse et «la campagne de publicité inflammatoire en faveur du oui».
Le comité des droits de l'homme, composé de 18 experts indépendants, a clairement indiqué que l'initiative, si elle était adoptée, mettrait la Suisse en contradiction avec les articles 2, 18 et 20 du Pacte de l'ONU sur les droits civils et politiques, conclut Navi Pillay.
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