France

Un futur réacteur nucléaire «plein de trous béants»

Par Paris le 01.09.2011 à 11:52

L’Autorité française de sûreté nucléaire fustige les défaillances dans la construction de la centrale de Flamanville

Hier triomphant, le nucléaire français fait grise mine. Le «réacteur du futur», en chantier dans la Manche, à Flamanville, a fait récemment l’objet de rapports très critiques, pointant d’innombrables failles. Au-delà des soucis techniques, c’est toute la technologie EPR qui est remise en cause.

Dans ses lettres adressées à Electricité de France (EDF), l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ne fait pas dans la dentelle. «La ferraille à l’air, les enceintes du futur réacteur sont pleines de trous béants.» Quand on sait qu’il s’agit de la piscine du bâtiment où sera entreposé le combustible irradié, on tremble. L’ASN pointe aussi «des piliers de béton percés comme du gruyère ou grêlés de nombreux nids de cailloux».

C’est le Canard enchaîné qui a révélé l’existence de ces lettres, qui s’ajoutent à une longue liste de reproches adressés au chantier de Flamanville. Des centaines de failles révélées par l’ASN. Mais aussi des accidents du travail, pas toujours déclarés: deux chutes mortelles se sont produites depuis le début de l’année. Inquiète, l’Autorité de sûreté nucléaire exige d’EDF «des efforts importants pour démontrer la qualité de la construction».

Ce devait être la centrale du futur, de la troisième génération nucléaire. Un réacteur à eau pressurisée plus efficace, plus puissant et surtout plus sûr que les précédents. L’enceinte de confinement est censée résister aux dégâts provoqués par la chute d’un avion de ligne. Conçu par la société Areva, l’EPR est destiné à remplacer les vieux réacteurs construits dans les années 1970, type Fessenheim ou Bugey.

Les travaux démarrent à Flamanville, dans la presqu’île du Cotentin, en 2007. La mise en service est prévue pour 2012. Mais les erreurs de construction se multiplient. Problèmes purement techniques? En juillet dernier, EDF annonce que le réacteur n’entrera pas en service avant 2016 et que le coût s’élèvera à 6 milliards d’euros, au lieu des 3 milliards prévus. EDF et Areva justifient ce retard par la complexité de la tâche. Après tout, ça fait près de vingt ans que les Français n’ont pas construit de centrale nucléaire. «L’EPR est une véritable usine à gaz, si complexe qu’elle est pratiquement impossible à construire», estime l’association Sortir du nucléaire. Qui ne s’étonne pas qu’Areva éprouve tant de mal à vendre son «bébé».

D’abord très intéressé, Abu Dhabi n’en a pas voulu: trop cher. Les Etats-Unis non plus, du moins pour l’instant. En Finlande, seul client avec la Chine, le chantier a démarré en 2005. Six ans plus tard, le bilan n’est pas plus convaincant qu’à Flamanville: soucis techniques, surcoût, conflits entre Areva et le commanditaire finlandais.

De quoi s’inquiéter. Les exploitants et leurs sous-traitants font-ils passer la rentabilité économique avant la sécurité des lieux? Greenpeace a demandé un moratoire sur la construction de l’EPR. Proposition rejetée.

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