Franc fort

Existe-t-il un problème Schneider-Ammann?

Par    le 11.08.2011 à 15:54

Les critiques pleuvent sur la gestion de la crise par le ministre de l’Economie

Aurait-il peur de prendre une décision? Aussi incroyable que cela puisse paraître, l’ancien entrepreneur à succès Johann Schneider-Ammann semble tétanisé dans sa fonction de conseiller fédéral. Depuis le début de la crise du franc fort, le ministre de l’Economie multiplie les pirouettes pour ne pas agir. Ses formules favorites? «Ce n’est pas le moment» ou «ce ne serait pas très opportun»… Et cette semaine, il a atteint le sommet de son art. Lundi, après une séance exceptionnelle du Conseil fédéral, il annonce que «rien n’a été décidé» et, mercredi, il sort ravi d’une table ronde sur les prix trop élevés des produits importés qui n’a débouché sur aucune mesure concrète.

Du coup, plus que jamais, les critiques fusent. Yvan Perrin, le vice-président de l’UDC, assassine avec élégance: «Il me rappelle une formule utilisée pour qualifier Edouard Balladur: un artiste du surplace réfléchi et digne.» Et d’enchaîner: «Son adage doit être le même qu’Henri Queuille, un ancien ministre français: «Il n’est aucun problème assez urgent en politique qu’une absence de décision ne puisse résoudre.» Le président du Parti socialiste, Christian Levrat, lui, est presque las de répéter son couplet sur «le conseiller fédéral de l’inaction à la passivité confondante». Reste la question de fond: pourquoi Johann Schneider-Ammann n’agit-il pas?

Par idéologie, assure-t-on à gauche. «Il est convaincu que les marchés vont s’autocorriger et que la politique ne doit pas intervenir. Bref, il préfère défendre davantage son idéologie que la majorité du peuple», lâche Ueli Leuenberger, président des Verts. «C’est contre son acquis génétique», enchaîne Christian Levrat. Mais Christian Lüscher, conseiller national (PLR/GE), soutient son ministre: «Sa responsabilité, aussi bien que son influence, sur le cours du franc est quasi nulle.»

«Oui, acquiesce Yvan Perrin, il ne peut pas agir contre le franc fort mais sur ses conséquences, c’est-à-dire faire baisser le prix des produits importés, soutenir l’industrie d’exportation, le secteur du tourisme ou l’agriculture. Mais il a peur d’édicter des mesures provisoires qui deviendront définitives à la longue, comme cela se produit souvent en Suisse.»

«Je préfère lui laisser le bénéfice du doute», relativise Christophe Darbellay, l’un des derniers à espérer que le ministre propose de vraies mesures la semaine prochaine. «Ils sont sept au Conseil fédéral, peut-être que les autres réussiront à lui montrer la voie!» estime pour sa part Ueli Leuenberger. Une pique qui finit d’énerver le président du PDC: «J’aimerais quand même rappeler à la gauche que c’est elle qui l’a élu. C’est facile aujourd’hui de critiquer.» «Nous avions le choix entre deux candidats, répond le Vert genevois, nous avons pris celui qui nous semblait le meilleur: cela prouve surtout que le vieux parti a un problème de personnel politique.»

Calcul électoraliste

Pour Christian Lüscher, toutes ces critiques ne relèvent que du calcul électoraliste à deux mois des élections fédérales. «Tout le monde sait que Johann Schneider-Ammann n’est qu’un ministre parmi sept autres, explique-t-il. S’il y a lieu de critiquer, il faut critiquer le collège. Et on peut tout de même lui laisser le temps de la réflexion. C’est la culture suisse et, jusqu’à présent, notre pays fonctionne bien mieux que beaucoup d’autres.»

La vérité ne serait-elle pas que Johann Schneider-Ammann manque de sens politique? Au fond, même lorsqu’il agit en convoquant une table ronde ou en discutant avec le Conseil fédéral, il donne l’impression de ne rien faire. «C’est un monsieur très gentil, estime Ueli Leuenberger. Oui, il a été un bon chef d’entreprise mais on le voyait rarement au parlement. Il connaît très peu les arcanes bernois et encore moins la politique.» A Christophe Darbellay de compléter le tableau: «Johann Schneider-Ammann a les deux pieds sur terre, il est intègre et intelligent, mais tout le monde ne peut pas être Mozart en politique. Cela dit, pour être juste, je vous signale que si l’on devait choisir le maillon faible du Conseil fédéral, je ne suis pas sûr que ce serait lui qui arriverait en tête…»

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