Aux côtés de celui qui était alors son mari, le pédophile Marc Dutroux, elle s’est rendue complice de crimes parmi les plus abominables qu’on puisse imaginer: la séquestration d’enfants et leur privation de nourriture jusqu’à ce que mort s’ensuive. Hier, quinze?ans après son arrestation, en août 1996, et sept après sa condamnation à 30?années de réclusion, Michelle Martin a obtenu sa libération conditionnelle.
C’est le procureur général de Mons, Claude Michaux, qui tenait le sort de cette ancienne institutrice de 51?ans entre ses mains. Il lui appartenait de dire s’il ferait ou non appel de la décision prise la veille par le tribunal d’application des peines de Mons d’accorder la remise en liberté conditionnelle de la criminelle.
Hier après-midi, alors que la polémique enflait sur les réseaux sociaux belges et qu’un appel à manifester devant le Palais de Justice de Bruxelles était lancé sur Facebook, le magistrat annonçait qu’il renonçait à faire recours. «La procédure a été tout à fait régulière, il n’y a aucun vice de procédure, déclarait-il. Bien que je ne sois pas d’accord avec la décision (de remise en liberté), j’ai donc décidé de ne pas introduire de pourvoi en cassation.»
Bien que plus aucun obstacle juridique ne s’oppose à la libération de Michelle Martin, cette dernière ne devrait pas être immédiate. En effet, le plan de réinsertion de l’ex-Mme Dutroux prévoyant un hébergement dans un couvent en France, sa remise en liberté est suspendue à l’approbation des autorités françaises. «A mon avis, c’est une question de semaines», a expliqué le procureur Michaux.
«Pour le moment, elle aura l’obligation de rester en France, dans un couvent. On pourra rediscuter, un jour ou l’autre, des conditions», a ajouté le procureur. Elle pourra sortir du couvent mais devra y loger. Elle y exercera un travail pour lequel elle sera rémunérée, a encore précisé le magistrat. Claude Michaux a également précisé que Michelle Martin ne pourra pas communiquer avec les médias, ni avec les gens concernés par le dossier Dutroux.
Michelle Martin (qui a donné trois enfants à Marc Dutroux avant de divorcer en 2003) a été reconnue coupable en 2004 d’avoir séquestré plusieurs victimes du pédophile et d’avoir laissé mourir de faim les deux plus jeunes d’entre elles, Julie Lejeune et Melissa Russo, âgées de 8?ans, emmurées vivantes dans un cachot aménagé par le couple Dutroux-Martin dans sa maison de Marcinelle, près de Charleroi.
Marc Dutroux a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, sans possibilité de libération anticipée. Il avait été reconnu coupable de l’enlèvement, de la séquestration et du viol entre juin 1995 et août 1996 de six fillettes et adolescentes, ainsi que de l’assassinat de deux d’entre elles, et du décès de Julie et Melissa et d’un complice présumé.
L’annonce de la prochaine libération de Michelle Martin intervient alors que la Belgique est à nouveau plongée dans un scandale de pédophilie touchant l’Eglise catholique. Hier matin, une page Facebook créée la veille et intitulée «Contre la libération de Michelle Martin» a été supprimée. En moins de 24?heures, elle avait recueilli près de 80?000 signatures et comptait des centaines de commentaires où l’incompréhension se mêlait à la haine, voire à des appels au meurtre.