Samuel Blaser,

Entiché du tromboneà l’âge de 2?ans

Par le 23.03.2011 à 20:08

Il est tentant de lire sa vocation dans son patronyme. «Bläser»: souffleur. Cet homme était donc fait pour s’époumoner dans un instrument. Et pas n’importe lequel. La légende familiale se souvient que le petit Samuel s’entichait du trombone à seulement 2?ans, probablement impressionné par une parade de rue. «Tout petit, ma mère, première femme mécanicienne de précision du canton, me tirait déjà à tous les concerts de La Chaux-de-Fonds», surenchérit le musicien. «Mes parents m’ont toujours soutenu, jamais poussé.»

Mais la mythologie familiale seule – ses deux frères se sont essayés avec un certain talent à la batterie et à la trompette – ne suffit pas à expliquer la progression fulgurante et la stature grandissante de celui qui croise les notes avec le batteur Paul Motian, le guitariste Marc Ducret et le percussionniste Pierre Favre. Un site américain spécialisé dans son instrument n’hésite pas à le qualifier d’«un des meilleurs trombonistes d’aujourd’hui». Samuel Blaser est aussi du genre à travailler. A travailler encore et beaucoup, sans s’essouffler. «Je suis du genre hyperactif. Ces six dernières années, je n’ai fait que ça. Et c’est plutôt 80% de temps autour du booking et de la promotion, 10% pour travailler mon trombone et 10% pour ma vie privée!»

Lucien Dubuis, fantasque clarinettiste biennois, confirme les compétences extra-musicales de son ami et collègue, rencontré à l’adolescence au sein d’un big band jurassien: «Non seulement c’est un très bon musicien qui écoute très bien et avec qui on peut partir dans toutes les directions, mais il sait aussi comment s’y prendre pour faire décoller son histoire: il sait parler aux organisateurs, monter un projet. Il a beaucoup de contacts.» De son côté, le tromboniste estime qu’il pourrait parfois en faire plus. «Quand j’étais jeune, on m’a dissuadé de faire les Beaux-Arts en parallèle avec le Conservatoire. Parfois, je regrette, quand je vois un Daniel Humair qui peint très bien.»

Samuel Blaser, Tissot au poignet, serait donc un premier de classe lisse et performant? Sa manière de pouffer avec régularité dément. Revenant sur l’épopée d’un enregistrement new-yorkais, il fait preuve d’une irrévérence de bon aloi envers Paul Motian, mythe parfois compliqué à manier. Raconte des anecdotes un peu «scato» sur un confrère pianiste. Blague avec plaisir. «On rigole bien», admet Lucien Dubuis, qui a monté avec lui le trio La Fanfare du Porc, baptisé ainsi en résonance avec le surnom de leur batteur Luigi Galati. Trahi par une corpulence un peu replète, Samuel Blaser avoue le péché de gourmandise. Curieux de l’estomac comme des oreilles. «Je mange de tout, j’aime le vin, j’adore la vie», s’enflamme-t-il, précisant aussitôt que les sauterelles font partie de ses délices. «C’est comme de la paille frite, mais je n’en trouve plus», se désole-t-il.

Sa vie de musicien trépidante et voyageuse, il sait qu’il la paie d’«un manque d’initiative dans sa vie privée». Mais il a déménagé à Berlin parce que son amie, d’origine polonaise, y étudie le violon. «J’ai toujours eu des copines «classiques». Je suis passé du violoncelle au violon: je monte en grade.» «Bientôt une cheffe d’orchestre?» ne peut-il s’empêcher d’ajouter par malice, lui qui n’écoute presque plus que du contemporain et du baroque, qui le fascine après l’avoir beaucoup irrité au Conservatoire et qui lui inspire désormais des compos.

A part un ou deux concerts par an, la capitale allemande ne lui sert que de logement – dans le quartier Mitte – entre deux tournées européennes, à travers la France, l’Angleterre, la Hollande. «Aussi parce que c’est une ville très bon marché.»

Quand il a le mal du pays, il se rappelle les bouffées de purin qui descendaient jusqu’à La Chaux-de-Fonds. Et sa chambre d’ado, où il écoutait religieusement No Problem de Chet Baker sur une vieille cassette usée par les écoutes.

Cully Jazz Festival Au chapiteau mardi à 20?h?30 (complet).

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