FRANCE

Les enjeux du scrutin

Par Ar.G./ Jean-Noël CUÉNOD le 13.03.2010 à 09:48. mise à jour le 14.03.2010 à 23:09

«Ces élections auront l’impact d’un sondage»: soucieux de désamorcer les conséquences d’un désaveu annoncé, Xavier Bertrand, le secrétaire général du parti présidentiel, n’a pas manqué de limiter la portée des élections régionales qui se tiendront en France demain et dimanche 21 mars. Le scrutin n’est cependant pas dépourvu d’enjeux.

Droite: défaite ou déroute?

Depuis des mois, tous les sondages font de la gauche la favorite du scrutin. Incapable de renverser la tendance, la droite paraît avoir encore perdu du terrain au cours de la campagne électorale. Les dernières enquêtes prévoient même que la majorité présidentielle céderait la première place au Parti socialiste dès demain soir: elle ne recueillerait plus que 29% des intentions de voix contre 30% à ses adversaires socialistes. Privée de dynamique, sans allié important et donc sans réserve de voix, la droite aborderait alors le second tour dans les plus mauvaises conditions.

Une troisième voie verte

Après s’être distingués aux Européennes de 2009, les Verts attendent des régionales la confirmation de leur inscription durable dans le paysage politique national. Trente mille voix seulement séparaient en juin dernier Europe Ecologie du Parti socialiste. A suivre les derniers sondages, la formation n’est pas loin de réitérer la performance: elle obtiendrait demain près de 14% des suffrages – assez pour peser sur la stratégie du PS, pour négocier en bonne position avec lui ou même pour tenter d’arracher ici ou là, en Alsace, peut-être, la présidence d’un Exécutif régional.

Une France rose?

«Une carte des régions toute rose», voilà l’ambition que Martine Aubry a assignée aux socialistes. Lorsqu’il a été énoncé, l’objectif n’était pas hors de portée. Il suffisait au parti de gagner l’Alsace et la Corse, soit les deux seules régions métropolitaines qui lui avaient échappé en 2004.

Et de fait, en Alsace, la crise économique, une forte sensibilité écologique, et l’influence maintenue du Front national ouvrent dès le premier tour un espace élargi au PS et aux Verts. En Corse, l’évolution n’est pas plus favorable pour la droite: la dernière enquête estime la gauche gagnante, avec 43% des voix.

L’UMP peut toutefois fonder quelques espoirs sur les divisions de ses adversaires et les manœuvres des nationalistes.

Pour autant, le «Grand Chelem» n’est pas tout à fait joué pour le PS. A la veille du premier tour, des incertitudes demeurent dans la région Centre, où le secrétaire d’Etat Hervé Novelli espère tirer profit des divisions de l’extrême droite. De même en Languedoc-Roussillon: la liste investie par la direction socialiste aura du mal à rivaliser avec celle de l’ancien maire Georges Frêche, exclu du parti pour ses discours équivoques. A Lyon, en revanche, le socialiste Jean-Jack Queyranne n’a aucun souci à se faire pour la reconduction de son mandat à la tête de Rhône-Alpes.

L’extrême droite en embuscade

En se maintenant au second tour dans 17 régions, les candidats du Front national (FN) n’ont pas été étrangers au triomphe de la gauche aux dernières régionales. Qu’ils atteignent demain le seuil des 10% nécessaires pour imposer une triangulaire dans une semaine, et le sort de la mouvance présidentielle est scellé. Les derniers sondages accordent au FN 9% des voix, très loin du score engrangé à la présidentielle de 2002 – 16,8% des suffrages. Le parti de Jean-Marie Le Pen ne reste pas moins en mesure de troubler le jeu électoral.

Vous avez dit «régional»?

La défaite assurée dictera à la droite sa stratégie. Elle soulignera l’ampleur – peut-être historique – de l’abstention pour relativiser la signification du scrutin. Avec le président Sarkozy, elle fragmentera les résultats en autant de consultations locales. Elle leur refusera toute portée nationale et toute conséquence pratique autre que «quelques adaptations gouvernementales». Un remaniement ministériel d’importance est exclu, a prévenu le chef de l’Etat.

La gauche tiendra un autre discours. Au Parti socialiste, toutefois, la victoire attendue pourrait stimuler le jeu des ambitions rivales, celles en particulier de Martine Aubry, dont l’autorité sortira renforcée de l’épreuve, et de Ségolène Royal, qui sera réélue en Poitou-Charentes. Cependant un succès trop mesuré de l’ancienne candidate à la présidence de la République ne serait pas sans incidence sur le rapport de force à venir.

Jean-François Verdonnet

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