La performance apparaît cependant inférieure aux attentes des analystes, qui tablaient sur un bénéfice net de 7,3 milliards de francs en moyenne. Même constat sur le seul quatrième trimestre 2009 où le Credit Suisse a vu son bénéfice net ressortir à 793 millions de francs seulement, selon les comptes publiés jeudi, alors que les analystes prévoyaient 1,3 milliard.
Entre octobre et décembre, le numéro deux bancaire helvétique a ainsi subi l'impact d'une double charge. La première a trait à l'amende de l'ordre du demi-milliard de francs payée aux Etats-Unis pour régler une affaire de paiements illicites vers des pays soumis à des sanctions américaines.
Afflux net en ligne
La deuxième touche aux charges nettes de valeur juste sur la dette du Credit Suisse pour 300 millions de francs environ (avant impôts là aussi). Hors ces éléments extraordinaires, l'établissement zurichois aurait dégagé un bénéfice net trimestriel de quelque 1,4 milliard, a-t-il précisé.
L'afflux net de nouveaux capitaux s'est monté à 44,2 milliards de francs sur l'ensemble de l'année, et à 12,5 milliards sur le seul quatrième trimestre. Ici, la performance est davantage en ligne avec des attentes qui se situaient à 44,7 milliards l'exercice entier. A fin 2009, le ratio de fonds propres s'élevait à 16,3%.
Au troisième trimestre, le Credit Suisse avait réussi à engranger 16,7 milliards de francs. Entre octobre et décembre, il a souffert de l'impact de l'amnistie fiscale en Italie (-5,6 milliards), même si au final la banque est parvenue à conserver les deux tiers des fonds annoncés aux autorités de la péninsule.
Divisions bénéficiaires
Dans le détail, l'activité de banque d'affaires (Investment Banking), plombée en 2008 par la crise financière, comme pour l'UBS, a elle aussi retrouvé les chiffres noirs. Elle a inscrit un bénéfice avant impôts de 6,8 milliards de francs, contre une perte de 14,2 milliards en 2008, avec quatre trimestres dans le positif.
L'activité de banque privée (Private Banking, qui réunit la gestion de fortune et la banque de détail) du Credit Suisse présente de son côté un bénéfice avant impôts de 3,7 milliards de francs, inférieur aux 4,2 milliards réalisés un an plus tôt. L'afflux net de capitaux nouveaux a atteint 41,6 milliards.
La division liée à la gestion institutionnelle (Asset Management) a dégagé un tout petit bénéfice avant impôts de 35 millions de francs. En 2008, elle avait cependant essuyé une perte de plus de 1,1 milliard.
Brady Dougan optimiste
Aux yeux de son patron Brady Dougan, cité dans le communiqué, le Credit Suisse a "très bien commencé le premier trimestre 2010". Evoquant les perspectives pour l'année en cours, l'Américain se veut par ailleurs confiant.
"Depuis la crise, le volume des transactions en gestation et l'afflux net de nouveaux capitaux n'ont jamais été aussi importants qu'à présent", a commenté Brady Dougan. L'établissement indique bénéficier d'une excellente position pour développer ses activités de banque privée et gagner de nouvelles parts de marché.
A la Bourse suisse, la performance du Credit Suisse a déçu les investisseurs, les principales données se révélant inférieures aux attentes des analystes. L'action a toutefois ouvert en hausse de 0,37%, à 46,28 francs, dans un marché (SMI) bien disposé (+0,74%).
20% de bonus en moins
Le Credit Suisse a réduit la part variable de ses rémunérations l'an passé, malgré son retour dans la zone bénéficiaire. Les montants attribués aux bonus apparaissent en diminution d'un cinquième (21%) par rapport à 2007, dernier exercice dans les chiffres noirs.
Du coup, la rémunération variable moyenne en 2009 s'est située à 144'000 francs, contre 180'000 francs en 2007, exercice où le Credit Suisse avait dégagé un bénéfice net de 7,8 milliards de francs. L'an dernier, celui-ci a atteint 6,72 milliards, après la perte nette record de 8,22 milliards essuyée en 2008.
Pas d'espèces pour la direction
La direction générale de la banque n'a pour sa part pas reçu de rémunération variable en espèces. L'intégralité des rémunérations variables perçue a été différée et soumise à des critères de performance. Un choix qui pourrait entraîner des réajustements négatifs à l'avenir, a précisé le Credit Suisse jeudi.
Au total, 40% de la rémunération variable accordée l'an passé correspond à des "awards" différés soumis à des critères de performance. Ce taux grimpe même à 60% pour les postes supérieurs (managing directors).
Dans son communiqué, le Credit Suisse se vante d'être la première banque à avoir mis en oeuvre "les directives de meilleures pratiques", énoncées dans le cadre des pays du G20. Pour la banque, il s'agit de s'engager en faveur "d'une politique de rémunération juste, équilibrée et axée sur la performance".