Le Conseil national a fait jeudi une entorse à la politique agricole en acceptant de réintroduire le soutien à l’exportation de bétail par 96 voix contre 63. Il ne s’en est toutefois pas donné les moyens, le frein aux dépenses ayant manqué de trois voix la majorité qualifiée.
Les représentants de l’agriculture, UDC, PDC et PBD en tête, veulent pallier les rapports de concurrence inégaux avec l’Union européenne (UE) et les difficultés d’écoulement du bétail.
Seize cantons soutiennent ce report de quatre millions de francs par an de l’enveloppe des paiements directs à celle du soutien aux exportations.
Ni l’Union européenne ni les Etats-Unis n’ont pour l’heure adapté leur aide aux exportations dans le sens des décisions de l’OMC qui ne sont pas encore appliquées, a fait savoir Hansjörg Walter (UDC/ ZH).
Selon lui, ce soutien équivaudrait à un montant forfaitaire d’environ 600 francs par tête de bétail, correspondant au coût administratif d’une exportation.
«Le bétail de boucherie est deux fois plus cher en Suisse que dans les pays voisins. Sans aide, on ne peut exporter», a renchéri Christophe Darbellay (PDC/VS).
Import-export
Ce dernier a illustré ses propos par le fait que les exportations de bétail ont passé de plus de 5000 têtes à quelque 500 après la suppression des aides il y a moins de deux ans. Mais dans le même temps la Suisse importe plus de 20’000 têtes de bétail, ont répliqué Hildegard Fässler (PS/SG) et le conseiller fédéral Johann Schneider- Ammann.
De plus, ce retour en arrière, qui renchérirait le prix du bétail vendu sur le marché suisse, est un parfait exemple d’une politique en faveur d’un petit nombre, selon le PS.
Seuls cinq négociants qui se partagent 80% des exportations en profiteront alors que tous les paysans seront touchés par la réduction des paiements directs.
Principe et réalité
Si le principe a passé le cap du National, cela n’a pas été le cas du crédit. Toute nouvelle dépense périodique supérieure à deux millions doit en effet être acceptée par au moins 101 conseillers nationaux.
Le Conseil des Etats doit encore se prononcer. S’il accepte lui aussi le principe, le National aura alors l’occasion de se prononcer à nouveau sur le frein aux dépenses.