«On ne connaît pas encore les détails du projet, mais j’ai le sentiment que le Conseil fédéral nous a entendus.» François Héritier, médecin généraliste à Courfaivre (JU), est satisfait. Hier, le Conseil fédéral a présenté un contre-projet direct à l’initiative «Oui à la médecine de famille», dont il est l’un des fers de lance. Un texte lancé comme un cri d’alarme par une profession découragée et qui a fait un tabac, en récoltant plus de 200?000 signatures.
Ce que réclament les médecins de famille? Une meilleure prise en compte de leur profession et surtout des mesures concrètes pour inciter les jeunes à choisir la carrière de généraliste. La profession demande notamment une formation universitaire post-grade spécifique et une revalorisation sociale et financière de la filière.
Car la situation, sur le terrain, se dégrade dangereusement. Selon la Fédération des médecins suisses (FMH), deux tiers des médecins de famille ont aujourd’hui 57?ans ou plus. Et ils seront sans doute tous à la retraite d’ici à dix ans. «Vu la charge de travail et la charge émotionnelle qui pèsent sur eux, on ne peut pas s’attendre à ce que beaucoup d’entre eux travaillent au-delà de l’âge de la retraite. Il faut 15?ans pour former un médecin. Aujourd’hui, nous sommes dépendants de l’étranger pour assurer la relève médicale. Ce n’est pas admissible», analyse Jacques de Haller, présidemt de la FMH.
S’il refuse de parler de crise, Didier Burkhalter admet que la situation pourrait devenir délicate dans certaines régions ces prochaines années. Pas question pour autant de mettre les généralistes sous cloche, en leur accordant une protection particulière. C’est la médecine de base – et non les médecins qui la pratiquent – qui sera donc au cœur du futur article constitutionnel. «Une médecine de base de qualité repose sur la collaboration entre les différentes professions médicales, insiste Didier Burkhalter. A côté du modèle classique du médecin de famille, on va voir toujours plus se développer des cabinets en réseau, qui correspondent mieux aux attentes des jeunes médecins, et notamment des femmes.»
La Confédération aura aussi un rôle plus important à jouer dans les domaines de la formation, de la planification médicale ou encore de la qualité et des tarifs. Mais un rôle qui restera subsidiaire. Ainsi, le Conseil fédéral pourra prendre des mesures pour obliger les cantons à former davantage de médecins et d’infirmières, ou encore exiger des centres hospitaliers universitaires qu’ils augmentent les places de stage pour les médecins. Le fera-t-il vraiment? «La Confédération n’interviendra que si la médecine de base est en danger. Nous voulons surtout soutenir les projets novateurs initiés par les cantons», insiste Didier Burkhalter, que l’on sent peu désireux de reprendre aux cantons les tâches de planification médicale.
Le projet du Conseil fédéral n’a donc rien de révolutionnaire, mais on verra cet automne l’accueil qui lui sera réservé. Du côté des médecins, on est optimiste, même s’il est encore trop tôt pour parler d’un retrait de l’initiative. «On a tenu compte de nos problèmes, mais il faudra être attentifs afin que nos propositions ne soient pas noyées dans un vaste projet sur la médecine de base», avertit déjà François Héritier.