Au Bellevaux mardi soir, on projetait le Ruban Blanc de Michael Haneke, Palme d’or à Cannes en 2009. Dans la salle: treize spectateurs. Un chiffre qui n’a guère porté chance à Konrad Waldvogel, le patron du petit cinéma de quartier. En pleine séance, un groupe de jeunes s’en est pris à la porte vitrée, la faisant voler en éclats avant de prendre la fuite en courant. «Cela fait mal au cœur», confie le patron qui lutte au quotidien pour la survie de sa salle obscure. Rapidement sur place, la police n’a pu que constater les dégâts.
Konrad Waldvogel était présent dans le hall lorsque les jeunes s’en sont pris à la porte. «Ils étaient quatre ou cinq. J’ai nettement vu l’un d’eux donner un grand coup de pied avant que tous ne partent en courant.» Il n’a toutefois pas cherché à les retenir. «Je suis tout seul dans mon cinéma. Je dois tout faire pour assurer son bon fonctionnement. Je ne pouvais pas laisser les spectateurs tout seuls. Et puis c’était un peu risqué peut-être.»
Dans la salle, les clients ne se sont aperçus de rien. «Dans le cas contraire, j’aurais évacué le cinéma par la sortie de secours. Par l’entrée, c’était impossible à cause des bris de verre.» La porte a été changée dans la soirée.
Ce n’est pas la première fois que le Bellevaux est victime de vandalisme. Il y a quelques années, dans le cadre de la projection de Phoenix Arizona, le patron avait exposé un superbe chapeau dans la vitrine. Des inconnus l’avaient brisée pour dérober le couvre-chef. «Là par contre, c’est la première fois que je suis victime d’un acte purement gratuit. Je ne comprends pas qu’on fasse des enfants et qu’on ne s’en occupe pas. Ils n’avaient rien à faire dehors à cette heure-ci. Moi, j’ai grandi avec une mère à la maison, avec un certain équilibre familial qui fait défaut aujourd’hui.»
Konrad Waldvogel relativise malgré tout. «Ce qui m’est arrivé mardi n’est en rien comparable à l’agression dont avait été victime la patronne du Capitole il y a quelques années. Je me dis qu’on ne nous mérite pas.»