Carole Bouquet enivrée par son île et par son vin

Par Claude Ansermoz le 19.11.2010 à 20:01

Elle, elle a la couleur du soleil. Comme son vin, le passito. Comme son île, Pantelleria. Carole Bouquet a coupé ses cheveux, porte un trench-coat beige à la Columbo, un haut tapisserie et des lunettes écaille Persol, mais ce sont ses yeux troublants qui la trahissent. Elle commence en refusant l’objectif de notre photographe: «Tatatata, je sais comment je suis au sortir d’un voyage en avion.» On tente le compliment. Sur elle. Sur son vin liquoreux qu’on trouve moins écœurant qu’un sauternes. On obtient un sourire et un «buvez-le vite et frais, avec du comté suisse (sic!), c’est parfait». Pour l’image, on se contentera des photos de l’agence de promotion.

Pantelleria, ce sont 83?km² dans l’archipel des Egades. Plus près de la Tunisie que de la Sicile. C’est Isabella Rossellini qui a fait découvrir Bent El Riah, «la fille des vents», à l’égérie de Chanel: «Elle me parle d’un endroit si particulier avec tellement de poésie. J’aime le Sud, la mer, la Méditerranée. Je suis tout de suite tombée amoureuse. J’ai commencé par louer il y a quinze ans. Dans la vallée de la Girlanda, sans électricité, sans eau. Avec l’impression d’être à Bethléem il y a des siècles. Ou dans une Provence vierge, le côté violent en plus. Et cette pierre noire – l’oxydienne - dont on a longtemps fait des armes. C’est terrassé depuis les Byzantins, avec des traces paléolithiques, cultivé de la main de l’homme depuis toujours. Les agriculteurs y disparaissent.» D’autres stars ont cédé à ce charme sauvage. Madonna ou Sting par exemple. Ou Gabriel García Márquez, qui écrit: «Je ne crois pas qu’il existe au monde un lieu plus adapté pour penser à la Lune. Mais Pantelleria est plus belle.»

Et puis le vin est arrivé. «Une petite maison à vendre avec deux hectares en zone protégée. Tout le monde me la déconseillait. Puis huit cents autres acres aux alentours rachetés à 70?propriétaires différents. Mes amis me disaient «Gourde, tu avais bien vu qu’ici poussaient des vignes, des oliviers et des câpriers.» Mais ces ceps sont parfois très âgés puisque le phylloxera a épargné, grâce au vent, la Sicile. J’ai d’abord vendu le raisin. Puis j’ai voulu produire. Mais on ne fait vraiment pas ce qu’on veut. Surtout pour une femme, Française, chez des Siciliens. Ils ont refusé de continuer à travailler avec moi. Alors, j’ai construit mon propre chai. Ils ont ri. Comme par hasard, on a perdu ma première vendange. Quelqu’un m’a dit: «Viens avec moi, je sais où est ton camion. Un an après, c’était fait. Un vin dont j’étais fière.»

Résultat, du Zibibbo, un muscat d’Alexandrie suave: «Les sommeliers en parlent beaucoup mieux que moi. Mais si je l’ai appelé sang d’or, ce n’est pas pour rien. Je voulais qu’il ait quelque chose de doux et de fort dans l’appellation. Un tiers de la récolte est mis par terre. A côté de murs réfractaires pour obtenir les 50?degrés nécessaires. Chaque grappe est retournée individuellement tous les deux ou trois jours. Jusqu’à ce que cela devienne du málaga. Il faut ensuite l’égrapper à la main. Ce sont des femmes qui font cela, en s’enfermant dans une pièce dépourvue de toute odeur de cuisine afin que le raisin ne s’imprègne de rien. On monte sur les terrasses accroupi. Tout y est enfoui dans le sol à cause du vent. Cette terre est violente, mais le résultat est tellement voluptueux. J’ai l’impression de boire de la lumière. J’en ai besoin. Enormément. Et puis il y a une dominante de fruits que j’aime beaucoup: des figues, des abricots, du fenouil sauvage. Bref, tous les arbres fruitiers de cette terre, proche de la Tunisie, de l’Orient, s’y retrouvent.» Les récompenses suivent. «Cela apprendra à ceux qui doutaient de moi.»

Pour parler bonne chère, Carole Bouquet sort son BlackBerry et montre le mérou de 8 kilos qu’elle et un ami viennent de pêcher au large de l’île. «J’aime manger, mais j’aime surtout les gens qui font à manger. J’ai aussi passé un mois dans les cuisines d’Hélène Daroze. Il faut que cela soit des moments partagés. Et la cuisine peut être très simple. La gastronomie italienne a ceci de magnifique qu’elle est chaque jour un peu plus accessible.»

Et le goût du vin, il est venu comment? «En buvant. J’aimerais bien que les jeunes commencent à consommer de l’alcool aussi tard que moi. Avant mes 22?ans, je trouvais le vin agressif et dénué d’intérêt. Et puis j’ai eu un choc. En dégustant un Haut-Brion. Et là (lumière dans les yeux), une espèce de volupté. Enfin, je buvais du plaisir. J’avais tout à apprendre. J’ai commencé à aimer boire. J’ai un souvenir ému des vignes plantées au bord du lac de Bienne, où j’ai passé un mois. Les bons vins ont une identité très forte. Sans l’identité de sa terre et du vigneron, ça n’a aucun intérêt.»

Sangue d’Oro Passito di Pantelleria, 49?fr.?90. En exclusivité chez Globus.

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