Les élections cantonales à Lucerne ont donné lieu à un grand brassage des cartes. Les Vert'Libéraux, l'UDC et le PS ont infligé au PDC et au PLR de lourdes pertes. A l'exécutif en revanche, la stabilité semble de mise, même si un seul candidat a été élu. Le 2e tour aura lieu le 15 mai.
Au parlement qui compte 120 membres, le PDC reste le premier parti, mais il perd sept fauteuils, passant de 46 à 39 sièges. L'UDC devient la deuxième force, devançant le PLR, avec 27 députés (+4).
Le PLR perd 6 sièges se retrouvant avec 23 mandats. Les Vert'Libéraux, nouveaux-venus sur la scène lucernoise, qui misaient sur cinq sièges, dépassent leur objectif en en obtenant 6, et seront en mesure de former un groupe parlementaire.
La gauche sort renforcée de ce scrutin, avec 16 (+3) députés pour le PS et les Jeunes socialistes, et 9 (inchangé) pour les Verts. Le PBD n'a en revanche pas réussi son pari de décrocher des sièges pour son baptême du feu à Lucerne.
"Frustrant"
Une semaine après le revers encaissé à Zurich, la situation se révèle délicate pour le PDC. "C'est un résultat difficile pour le PDC dans son bastion historique", a déclaré Christophe Darbellay dimanche soir dans l'émission "Forum" de la RSR.
"C'est un peu frustrant de voir que certains récoltent les fruits que d'autres ont semés", a-t-il lancé, amer. Le Valaisan faisait allusion aux Vert'Libéraux qui "ont repris 90% de la politique des démocrates-chrétiens". Il exclut toutefois toute alliance avec ce parti, estimant que le PDC devait rester fidèle à ses valeurs.
Pour Fulvio Pelli, président du PLR, les pertes enregistrées tant à Lucerne qu'au Tessin ne font que confirmer une tendance en vogue. Les partis qui proposent des "pseudo-solutions" sortent vainqueurs des urnes, selon le Tessinois.
Ces résultats ne présagent rien de bon pour le PDC aux élections fédérales d'octobre. "Le parti a sans doute cédé des voix à la fois aux Vert'Lib et à l'UDC", relève le politologue Claude Longchamp sur les ondes de la radio DRS. C'est le pire scénario qui soit, d'être concurrencé à la fois sur sa gauche et sur sa droite", a-t-il ajouté.
Stabilité au gouvernement
Pour le Conseil d'Etat, les électeurs lucernois ont opté pour la continuité. Seul le PDC Guido Graf, directeur des affaires sociales en poste depuis à peine une année et demie, a passé clairement au premier tour avec 60'961 voix. Les deux autres conseillers d'Etat sortants, Yvonne Schärli (PS) et Marcel Schwerzmann (sans parti) ont raté la majorité absolue de 2000 voix.
Huit prétendants étaient candidats au gouvernement: outre les trois sortants qui se représentaient, le libéral-radical Robert Küng est arrivé en 4e position (45'800 voix), suivi du PDC Reto Wyss (40'170 voix). Sa collègue de parti, Esther Schönberger, est arrivée 6e avec avec 2000 voix de retard.
Cet ordre d'arrivée confirme la volonté des Lucernois de ne pas chambouler la répartition actuelle du Conseil d'Etat, composé de deux PDC, 1 PLR, 1 PS et 1 sans parti.
Gifle pour le candidat UDC
L'UDC, qui convoitait un retour à l'exécutif, s'est vu quant à elle infliger un camouflet par les électeurs. Urs Dickerhof n'a obtenu que 28'854 suffrages. Le parti a une nouvelle fois démontré sa difficulté à marquer des points dans des scrutins majoritaires.
A titre de comparaison, les Verts, marginaux dans ce canton et qui présentaient Adrian Borgula à l'exécutif, n'ont obtenu que 446 voix de moins que le candidat agrarien. L'UDC n'entend toutefois pas renoncer à gouverner à Lucerne. "Le bon résultat au législatif nous y oblige", a déclaré Josef Kunz, président du parti cantonal.
Les partis vont dans les jours qui viennent affiner leur stratégie pour le 2e tour. La démocrate-chrétienne Esther Schönberger a d'ores et déjà renoncé à se représenter le 15 mai. La participation s'est élevée à 43%.