La surprise est de taille. Alors que la région bruisse depuis plus de deux ans d’un projet visant à réunir autour d’une seule ville les dix communes de la Riviera à l’horizon 2016, Blonay et Saint-Légier annoncent que ce sera sans elles. Communication en a été faite hier lors de la conférence mensuelle des dix syndics de la Riviera.
Pourquoi ce coup d’arrêt? «Le changement des autorités a poussé les Municipalités à revoir leurs priorités», clament les syndics Alain Bovay (Saint-Légier) et Bernard Degex (Blonay). Et la fusion ne s’inscrit pas dans les projets des deux communes. «En tout cas, pas durant cette législature.» Le coût de l’étude de faisabilité – on parle de plus de 300?000?francs – a notamment poussé les deux édiles «à alerter rapidement» leurs collègues de leur défection.
Sur les hauts de Vevey, on murmure que des citoyens militent en sous main pour favoriser la fusion pure et simple des deux communes démissionnaires. Deux bourgs très similaires en termes de population, de territoire ou d’intérêts – surtout économiques et financiers. «La question n’est pas d’actualité, mais elle peut en effet se poser à moyen ou long terme», avance prudemment Alain Bovay. La fusion à dix réunirait quelque 75?000 habitants dans une seule ville, qui serait la 7e?de Suisse, la 3e au niveau romand. A deux, Blonay et Saint-Légier épouseraient aussi le statut de ville, avec 11?000 âmes (6000 Blonaysans et 5000 Tyalos) à la clé.
«Langue de bois»
Syndic de Vevey et fer de lance du projet de fusion, Laurent Ballif ne dramatise pas: «Les deux Municipalités ne veulent pas en l’état d’une fusion à dix, mais l’étude portera sur différentes variantes. J’ai bon espoir que les résultats connus, nous puissions parvenir à les convaincre de revenir dans la partie.» Une idée «acceptable», selon Bernard Degex, qui insiste sur le fait que «la porte pourrait se rentrouvrir au vu des résultats de toutes les options explorées».
Syndic de Chardonne, Serge Jacquin, «pas chaud pour la fusion à dix», veut aussi attendre les résultats de l’étude «avant que la Municipalité ne se prononce, histoire de ne pas passer à côté d’opportunités». Même son de cloche chez son homologue de La Tour-de-Peilz. Lyonel Kaufmann insiste sur le fait que l’étude doit «être fouillée, qu’elle aille au bout du processus et surtout que l’on implique et informe la population dès le début des travaux».
Johann Hochuli trouve la position tyalo-blonaysanne pour le moins «décevante». Cet étudiant en HES a rédigé son mémoire de fin d’étude sur la fusion à dix. «C’est là qu’on s’aperçoit un peu mieux de la langue de bois des politiques. Ils savaient qu’une étude serait diligentée depuis très longtemps, ils n’ont rien dit durant la campagne, et, dès leur entrée en fonctions, la dénoncent.»
Membre du comité Riviera Fusion, (association composée d’élus siégeant dans les parlements de la région, très favorables au projet) Jacques Vallotton va plus loin: «Cette prise de position unilatérale et hâtive est une grave erreur. Elle est totalement antidémocratique. Ni les Conseils communaux ni la population des deux villages n’ont été sondés ou informés.»
«Il faut aller de l’avant, l’idée de la fusion est séduisante auprès de la population», plaide Jacques Vallotton. Un sondage commandé par 24?heures avait, en octobre 2009, laissé apparaître un résultat assez probant: 55% des personnes étaient favorables à la fusion (39% de non et 6% d’indécis). Selon Johann Hochuli, la décision de Blonay et Saint-Légier n’enterre pas le projet: «Si les autres communes restent unies ce sera faisable, mais plus difficile.»
Union Les dix communes concernées