Pas un seul dirigeant politique ne reprend à son compte son "plan de séparation" unilatérale d’avec les Palestiniens, dont le retrait de Gaza, en 2005, ne devait être que la première étape.
Aujourd’hui, la droite au pouvoir soutient que ce retrait, qui était censé renforcer la sécurité d’Israël en extirpant l’armée israélienne du bourbier de Gaza, a eu "un effet boomerang".
Deux ans après, en 2007, le mouvement islamiste Hamas prenait en effet le pouvoir à Gaza par un coup de force. Israël répliquait en renforçant le blocus et les deux ennemis se trouvaient engagés dans une spirale de violence culminant avec la meurtrière offensive israélienne de l’hiver dernier.
La gauche, aujourd’hui affaiblie, ne peut oublier que Sharon a été le champion de la colonisation, incarnant une politique de poigne à l’encontre des Palestiniens avant de se convaincre qu’Israël devait renoncer à garder la plus grande partie des territoires conquis durant la Guerre de 1967, s’il voulait rester un Etat "juif et démocratique".
Seul le parti centriste Kadima, que Sharon a créé, se réclame encore de son héritage mais même cette formation a jeté aux oubliettes son "plan de séparation".
Israël n’a pas fait le deuil de Sharon puisqu’il est toujours entre la vie et la mort, maintenu artificiellement en vie, plongé dans un coma semble-t-il irréversible.
Mais il a disparu de l’actualité. Seuls ses proches et ses ex-collaborateurs restent convaincus que si Sharon était resté au pouvoir, cet ancien général aurait évité, grâce à son expérience militaire, les ratés de la seconde guerre du Liban (été 2006), le triomphe du Hamas à Gaza (2007) et même l’isolement croissant d’Israël sur la scène internationale des dernières années.
Son ancien conseiller diplomatique, Dov Weissglas, est convaincu que Sharon aurait évité les tensions actuelles avec Washington autour de la poursuite de la colonisation en Cisjordanie. "Les relations particulières que Sharon a su établir avec Washington (sous la présidence de George W. Bush) ont permis de gérer les crises dans un climat de confiance", se souvient-il.
"Sharon était un véritable leader. Il prenait des décisions claires et savait s’y tenir", témoigne M. Weissglas.
"C’est un fait. Sharon était l’un des rares hommes politiques à avoir une vision stratégique. Le problème, c’est qu’elle fut longtemps fausse", relève l’analyste Yossi Alpher, spécialiste de la colonisation.
Ce dernier rappelle le rôle clé joué par Ariel Sharon lors de la première intervention israélienne au Liban en 1982, perçue en Israël comme un désastre politique et moral.
Par ailleurs, le 28 septembre 2000, c’est la visite de Sharon sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem-est, lieu sacré de l’islam, ressentie comme une provocation par les Palestiniens, qui mit le feu aux poudres. La seconde Intifada éclatait le lendemain.
Sharon n’y a vu qu’une péripétie d’une "Guerre de cent ans" contre Israël et le sionisme. Promettant d’écraser la révolte palestinienne --ce qu’il devait faire--, il fut élu triomphalement au poste de Premier ministre le 6 février 2001, puis réélu haut la main le 28 janvier 2003.
Pour M. Alpher, il restera de Sharon "que nul avant lui n’a osé démanteler des implantations" en Cisjordanie ou dans la bande de Gaza.
Sharon voulait une séparation d’avec les Palestiniens, mais à condition qu’Israël seul fixe les conditions du divorce. Ce rêve s’est bien évanoui.