Un diplomate n’a-t-il pas le profil tout désigné pour se faire l’ambassadeur des vins de son pays? Hier, le Conseil des Etats a décidé d’assigner plus clairement cette mission gastronomique aux représentants de la Suisse à l’étranger. Le Conseil fédéral est chargé d’émettre des directives pour inciter à servir des produits suisses dans les ambassades et les manifestations officielles de la Suisse.
La proposition a mûri sous le soleil valaisan. «Imaginez qu’un ambassadeur français serve autre chose que des vins français! C’est une question de fierté et d’identité», lance Christophe Darbellay. Le conseiller national n’a pas avalé ces réceptions officielles arrosées exotiquement. On se souvient de la polémique née lorsque des vins italiens et espagnols avaient été servis au Pavillon suisse de l’exposition universelle à Shanghai. «Il y a une multitude d’exemples de la sorte. Il me semble que c’était à la mission suisse à Bruxelles que Pascal Couchepin avait bu du bordeaux.»
Du temps de son mandat de conseiller d’Etat à Genève, Robert Cramer se rappelle avoir dû «se montrer insistant» pour que les représentants suisses aux Nations Unies servent des crus locaux. «Il y a quelques années, c’était vraiment difficile. Aujourd’hui, les diplomates y sont de plus en plus attentifs», estime le sénateur. Les parlementaires égrènent d’ailleurs volontiers leurs bonnes expériences gustatives. «Lors d’une visite à Washington, on nous a servis du vin zurichois. C’était très bien, même s’il ne venait pas de La Côte, sourit le viticulteur vaudois UDC Guy Parmelin. C’est la moindre des choses de promouvoir la production suisse de qualité.» Quant à son collègue de parti, le Genevois André Reymond, il a découvert avec plaisir que les diplomates de Thaïlande privilégiaient les vins du pays. «Il y a eu une prise de conscience, salue Christophe Darbellay. Tous mes collègues reviennent me dire ce qu’ils ont bu lors de leurs voyages.»
Mais le Valaisan devra mettre un peu d’eau dans son vin. Alors qu’il voulait «obliger à servir exclusivement du vin suisse» dans les missions de l’étranger, le Conseil des Etats s’est borné à inciter à servir des produits suisses. «A juste titre, estime le sénateur Vert Robert Cramer. Il faut tenir compte de la situation à l’étranger. Quand un pays a une tradition viticole, il serait mal élevé d’imposer des vins suisses.» Et André Reymond de mettre en avant les contraintes budgétaires des ambassades.
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La question de coût n’entre pas en ligne de compte pour Christophe Darbellay. «Ils ont des valises diplomatiques. On peut donc se faire livrer du vin.» Guy Parmelin doute d’ailleurs que cela coûte plus cher. «J’attends qu’on serve des vins de qualité dans de tels lieux. Or un bon vin suisse est meilleur marché qu’un bourgogne ou qu’un bon cru italien.»
De la promotion du chasselas à celle du gruyère, il n’y a qu’un pas. Les autres spécialités doivent-elles aussi trouver leur place dans les cocktails? «Je suis peut-être un Valaisan trop ancré dans son terroir, mais si j’étais ambassadeur, je n’aurais pas l’idée de faire autrement!» réagit le socialiste Stéphane Rossini. Le Conseil des Etats a d’ailleurs préféré élargir le sujet en parlant de produits suisses, plutôt que de vins.
Cela n’empêchera pas Guy Parmelin de continuer à se désoler de ne pas boire du vin de chez lui lorsqu’il voyage avec la compagnie Swiss, en mains de l’allemand Lufthansa.