D’un seul coup, le 4 novembre dernier, l’Allemagne a découvert horrifiée que les neuf meurtres racistes et de celui d’une agente de police, qui avaient défrayé la chronique entre 2000 et 2007, avaient été le fait d’un groupuscule néonazi. Trois jours après, elle a appris que des politiciens connus étaient aussi visés.
Tout a commencé avec le suicide d’Uwe Mundlos (38 ans) et d’Uwe Böhnhardt (34 ans) dans leur camping-car, alors qu’ils étaient recherchés après le casse d’une banque. Les deux hommes étaient membre du NSU (Nationalsozialistischer Untergrund), une cellule clandestine néonazie née à la fin des années 90 à Iena (Land de Thuringe), dans l’ex-Allemagne de l’Est.
Une liste noire
Dans les décombres de leur appartement de Zwickau (Saxe), que leur complice Beate Zschäpe, 36 ans a fait exploser le même jour, la police allemande a non seulement retrouvé l’arme avec laquelle le groupe a commis ses crimes. Mais elle a également mis la main sur une liste noire de 88 noms mentionnant les prochaines victimes du groupe.
Parmi les noms, ceux de deux politiciens connus, membre du Parlement A l’heure qu’il est, personne ne peut dire pourquoi Hans-Peter Uhl, de la CSU (Union chrétienne-sociale) et Jerzy Montag, du parti des Verts, tous deux de la région de Munich, étaient dans le collimateur du NSU. Rien à priori ne les distinguent des autres parlementaires actifs au Bundestag.
Des liens occultes ?
Les spécialistes pensent que d’autres responsables politiques étaient visés. Le ministre de l’intérieur Hans-Peter Friedrich (CSU) a déjà appelé une séance de crise. Il demande la création d’un nouveau registre national, qui doit recenser les néonazis jugés dangereux ou susceptibles de le devenir.
L’affaire avait déjà pris une tournure politique et nationale depuis plusieurs jours. La presse, qui a lancé ses meilleurs enquêteurs sur l’affaire, soupçonne des liens entre le NSU et un ou plusieurs personnes qui avaient fait l’objet, par le passé, d’une surveillance par les services de renseignement intérieurs. Certaines d’entre elles auraient même servi de personnel «de liaison».
Une enquête vite abandonnée
Outrée, Angela Merkel a pris l’antenne dimanche sur la chaîne ARD et déclaré vouloir faire toute la lumière sur cette affaire. L’arrestation le même jour d’Holger G. avait encore alimenté les soupçons et les critiques à l’encontre de l’ « Office fédéral de la protection de la Constitution » (Bundesamt für Verfassungsschutz).
Holger G n’est pas accusé uniquement d’avoir mis ses documents d’identité et son permis de conduire à disposition des membres du NSU. Selon les médias allemands, il aurait été présent au moins lors d’un des crimes racistes commis par le trio entre 2000 et 2006. Il aurait été non loin des lieux dans d’autres cas.
Or, Holger G. est connu des services de renseignements. Il avait été suivi en 1999, en raison de ses contacts avec des néonazis. Mais l’enquête avait été vite abandonnée, les services secrets intérieurs considérant que Holger G. ne jouait pas de rôle majeur.
Contre une remise de peine
Aujourd’hui, l’Office de la protection de la Constitution admet qu’il y a eu « des pannes », Mais partout en Allemagne, on continue de se demander comment pareil groupe a pu agir pendant dix ans de manière clandestine sans être autrement inquiété.
Pour l’heure, Holger G. nie et semble avoir la mémoire courte. Les aveux pourraient venir plus rapidement de Beate Zschäpe. La complice avait annoncé vouloir livrer toute la vérité pour mercredi, mais tente visiblement toujours de négocier ses aveux contre une remise de peine.