FORMATION

Des Unis alémaniques dénoncent l’afflux d’étudiants étrangers

Par MARTINE CLERC le 06.09.2010 à 00:01

Plusieurs Hautes Ecoles d’outre-Sarine se plaignent d’être surchargées par des étudiants étrangers n’ayant pas le niveau. Elles veulent donc leur restreindre l’accès aux masters. Veto des recteurs des Universités de Genève et de Lausanne.

Les Universités suisses sont-elles à ce point envahies par les étudiants étrangers qu’il faille ériger des barrières pour protéger l’accès à nos masters? C’est ce que réclament les dirigeants de l’Université de Saint-Gall et de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), dans l’édition d’hier de la NZZ am Sonntag.

Car si le nombre d’étudiants étrangers a doublé depuis l’an 2000, surchargeant personnel et infrastructures, c’est leur intérêt pour les masters – diplôme obtenu après cinq?ans d’études dans le système de Bologne, contre trois?ans pour le bachelor – qui fait frémir certaines Universités alémaniques. Un étudiant en master sur quatre vient de l’étranger. Une proportion qui pourrait grimper à un tiers ces prochaines années. Matières particulièrement prisées: les études d’ingénieur ainsi que les sciences économiques et naturelles.

Pour plusieurs Universités alémaniques, cette arrivée massive ne menace rien moins que la qualité des études en Suisse. A les entendre, la plupart des étudiants débarquant avec un bachelor allemand ou espagnol pour s’inscrire à un master dans notre pays n’auraient tout simplement pas le niveau adéquat. Les recteurs de l’Université de Saint-Gall et de l’EPFZ réclament donc le droit d’opérer une sélection parmi ces candidats étrangers, dans le but de préserver le niveau de formation de nos Hautes Ecoles.

Les étudiants étrangers profitent en l’occurrence d’une particularité helvétique: s’ils ont décroché un bachelor dans un Etat signataire de l’accord de Bologne, ils bénéficient du libre accès, ou presque, au master en Suisse. Sans examen préalable ou sélection sur dossier. Outre-Sarine, l’inquiétude est telle que la Conférence des recteurs des Universités suisses (CRUS) recommande d’annuler ce passage automatique entre le bachelor et le master.

«La baisse de niveau n’est pas avérée»
Ce discours n’est de loin pas partagé par les recteurs des Unis romandes. «Cette relation entre le nombre d’étudiants étrangers en master et une baisse de niveau supposée n’est absolument pas avérée, assène Yves Flückiger, vice-recteur de l’Université de Genève. Nous le constatons ici, où les masters comptent plus de 30% d’étudiants étrangers.» Même constat à l’Uni de Lausanne, (22% d’étudiants étrangers en master). L’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) en compte, elle, plus de 50%. «Le niveau des diplômes, c’est à nous de le fixer, et aux étudiants, Suisses ou non, de s’y adapter», tranche le recteur de l’Uni de Lausanne, Dominique Arlettaz.

Pour lui, comme pour nombre de ses homologues romands, suggère-t-il, la Suisse n’a pas intérêt à restreindre l’accès à ses diplômes. «Nous avons voulu créer une Europe du savoir qui garantit la mobilité des étudiants en reconnaissant les titres universitaires, explique-t-il. Il faut donc jouer le jeu pour que nos étudiants puissent eux aussi aller étudier ailleurs. Les étrangers dans les Universités suisses apportent de nouvelles idées, internationalisent nos Hautes Ecoles.» Pour qu’un bachelor étranger soit accepté, le diplôme suffit, à condition que la discipline étudiée corresponde à celle du futur master.

Pour Dominique Arlettaz, la crainte des Alémaniques s’explique surtout par l’afflux des étudiants allemands. Une inquiétude qui avait convaincu ce printemps le parlement zurichois d’augmenter les taxes universitaires pour les étudiants étrangers. Là encore, les recteurs romands étaient sceptiques. Pour Yves Flückiger, le fossé est idéologique: «Un certain nombre d’Universités en Suisse voudraient rendre l’accès au master plus sélectif, élitaire. C’est le cas de Saint-Gall et de l’EPFZ. Pour l’instant, la discussion concerne les étudiants étrangers, mais je crains qu’elle ne vise, à terme, les Suisses. A l’inverse, pour nous, la formation universitaire complète ne s’arrête pas au bachelor, mais va jusqu’au master. Ce qui correspond à la philosophie de Bologne mais aussi aux besoins du marché du travail.»

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