La grogne. Les conseillers aux Etats étaient hier très remontés contre Ueli Maurer en particulier, et contre l’armée en général. La Chambre des cantons débattait de la loi fédérale sur l’armée et d’une série de motions en rapport avec cette dernière. L’occasion donc de dire son fait au conseiller fédéral Ueli Maurer, en charge du Département de la défense (DDPS). Le moins que l’on puisse dire, c’est que le tir de barrage a été nourri. Emmené par Felix Gutzwiller (PLR/ZH) et Urs Schwaller (PDC/FR), un aréopage de sénateurs bourgeois, tous Alémaniques, n’a pas épargné le conseiller fédéral UDC, exprimant un mécontentement qui n’a ainsi jamais pris d’accent gauchisant ni antimilitariste.
Résultat des courses, le Conseil fédéral devra soumettre un plan d’action d’ici à l’automne. Ainsi l’a décidé l’assemblée. Ce plan devrait définir les objectifs, résoudre les carences, établir les priorités et assurer la mise en œuvre de la réforme 2008-2011. De nouveaux modèles de service militaire devront également être proposés. «L’explosion des demandes pour le service civil illustre bien la perte de confiance de la population envers notre armée», confie le sénateur Urs Schwaller, faisant référence à la révision de la loi que le Conseil des Etats à également exigée lors de la même séance. «Les gens fuient l’armée», a admis Bruno Frick (PDC/SZ), président de la Commission de la politique de sécurité.
«Je partage votre impatience», a argumenté Ueli Maurer en listant les améliorations en cours. Mais le conseiller fédéral a aussi réaffirmé sa volonté de reporter l’achat de nouveaux avions de combat, faute de moyens financiers. Une rhétorique qui n’a pas convaincu la majorité bourgeoise des sénateurs.
La «carte secrète» critiquée
Cette passe d’armes autour de l’armée – son rôle, ses moyens et ses objectifs – s’inscrit dans un contexte controversé. L’UDC Ueli Maurer est soupçonné de freiner les réformes en cours pour favoriser le retour à une armée de fantassins à «la grand-papa», telle que la rêve la doctrine de son parti. Au DDPS, c’est la guerre entre modernes et anciens.
Sans compter qu’André Blattmann a récemment suscité un tollé au sein de la classe politique. Après avoir défrayé la chronique avec ses «cours de répétition sur appel», le chef de l’armée a présenté à la Commission de la politique de sécurité du Conseil national une «carte secrète» censée pointer les dangers potentiels menaçant la Suisse. D’après ce document, révélé par la presse dominicale, les pays qui connaissent des désordres sociaux, des attentats terroristes ou des déficits budgétaires tels qu’ils risquent d’être exclus de l’Union européenne sont potentiellement menaçants. La Grèce, mais aussi l’Italie, la France et l’Espagne sont ainsi désignés.
«Il ne fait que se plaindre et quémander de l’argent!»
– Votre interpellation «Halte aux doléances, place à l’action» illustrait un ras-le-bol. Etes-vous satisfait des réponses du ministre de la Défense, Ueli Maurer?
– Non. Je suis clairement insatisfait. Cela fait une année qu’Ueli Maurer nous dit de patienter et d’attendre les conclusions du rapport de sécurité. Aujourd’hui (ndlr: hier) devant les sénateurs, il dit: n’attendez pas trop du rapport de sécurité; il ne peut répondre à tout; les premiers effets des réformes sont à l’horizon 2015. De plus, il nous demande de faire des propositions. Mais ce n’est pas notre rôle. C’est lui le conseiller fédéral et nous attendions plus de sa part. Nous allons continuer à intervenir au parlement.
– Qui est ce «nous»? Et qu’attendez-vous d’Ueli Maurer?
– Nous, c’est moi et le groupe PDC. Sans doute aussi d’autres partis si je me réfère aux interventions de ce matin. Nous exigeons qu’il y ait une cohérence dans l’action et la conduite. Nous n’avons aucune compréhension pour des déclarations comme celle du chef de l’armée, André Blattmann. C’est à Ueli Maurer de mettre de l’ordre, et cela n’a rien à voir avec les moyens à disposition de l’armée. Depuis un an, il ne fait que se plaindre et quémander de l’argent. Il a tout de même 4 milliards à disposition. Et il oublie systématiquement de rappeler que le DDPS a été successivement conduit par trois conseillers fédéraux UDC. Et que c’est toujours le groupe UDC aux Chambres qui refuse des moyens à l’armée.
– L’armée est-elle en meilleur état aujourd’hui qu’à l’époque du très critiqué Samuel Schmid?
– Nous constatons qu’en 2006 Samuel Schmid avait listé les problèmes de l’armée. Aujourd’hui, Ueli Maurer se réfère toujours au même document. Et s’il a apporté quelques améliorations ici ou là, nous sommes à des kilomètres de cette «meilleure armée du monde» qu’il promettait. La critique – notamment celle de M. Schmid – est facile. A Ueli Maurer de prouver qu’il peut faire mieux que ses prédécesseurs Ogi et Schmid. Nous ne voulons pas d’un rapport de sécurité qui plane, mais des propositions concrètes. Les réalisations et améliorations ne peuvent attendre 2015. C’est tout de suite qu’il faut du mieux!