La paysannerie suisse a tout à craindre d’un futur accord de libre-échange agricole avec l’Union européenne ou l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Pour éviter un choc trop rude, le Conseil national a décidé jeudi dernier de constituer une réserve au bilan des comptes fédéraux de 3 à 4 milliards de francs.
Ce montant serait prélevé sur les taxes des produits importés jusqu’en 2016. Cette tirelire, désormais soutenue par les deux Chambres, devrait être approuvée sans peine vendredi, lors des votes finaux de la session parlementaire.
Seule l’UDC s’y oppose farouchement. Pour elle, accepter une aide, c’est déjà accepter l’idée du libre-échange. Et donc tolérer un pas vers l’Europe. «Cette réserve est un sucre pour une agriculture mourante! C’est une prime à l’euthanasie! lance le conseiller national vaudois Guy Parmelin (UDC). Ce n’est pas avec ça qu’on va maintenir une paysannerie productive.»
Les PDC et les libéraux-radicaux mettent en avant un vision pragmatique: «Ce n’est pas un chèque en blanc au libre-échange agricole, que nous combattons également», précise Jacques Bourgeois (PLR/FR) qui dirige aussi l’Union suisse des paysans (USP). Le Fribourgeois explique qu’il s’agit d’une «question de responsabilité et de gouvernance, au-delà de la politique partisane.»
Une «assurance-incendie»
Plaidant pour cette réserve, le vigneron valaisan Jean-René Germanier (PLR) la compare à une assurance contre les risques d’incendie. «Je peux soutenir cette idée d’assurance, mais alors la couverture n’est pas assez haute!», répond Guy Parmelin. Il prévient «Il faudrait davantage de soutien pour éviter la mort clinique de l’agriculture face au libre-échange. Au moins deux milliards par an.»
Le projet de réserve, plébiscitée par les Etats, avait été refusé deux fois au National avant d’être accepté jeudi dernier. La chambre du peuple l’a voté d’une courte tête - 90 oui contre 87 non et huit abstentions. En cas de libre-échange, cette réserve aiderait les paysans face à la concurrence grâce à un catalogue de 80 mesures. Parmi celles-ci figure une stratégie de la qualité des produits suisses.
Le dossier devrait retourner aux Etats jeudi, pour valider un article rajouté par le National: il précise que les aides seront destinées uniquement à l’agriculture, et pas aux intermédiaires industriels.
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